Imaginer l’harmonie entre les hommes et les IA

Déclarées pour les 16 ans d’ArtsHebdoMédias, les festivités textuelles sur le thème « Représenter et penser la paix » se poursuivent aujourd’hui avec une surprise pensée par Hugues Dufour. L’auteur de L’art face à l’IA et de La beauté sous algorithmes a demandé à ChatGPT de formuler dix questions sur la représentation de la paix, puis nous livre ses réponses et en suivant celles de l’IA générative. Résultat : un chœur à deux voix, humaine et machinique, qui se croisent, divergent et se complètent. Cette controverse d’un nouveau genre suggère que la résolution de la problématique posée pourrait passer par la construction d’une paix entre l’humain et la machine. Et nous invite aussi à penser autrement notre rapport à la création.

« Représenter et penser la paix » est un thème qui m’a tout de suite interpellé. En tant que compositeur et essayiste dont les travaux portent principalement sur les relations entre l’art et les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, ce sujet ne pouvait que résonner en moi. Pourquoi ? Parce qu’au carrefour des interactions entre l’humain et la machine se trouve cette interrogation fondamentale : qu’en est-il de notre humanité à l’heure où les IA deviennent capables de simuler l’empathie humaine ? Ironie du sort : alors que nous cherchons des zones de complémentarité avec cet outil, par peur d’être remplacé par lui, elle est potentiellement capable de générer à la volée des centaines d’œuvres sur la paix, qui représentent la paix, alors même qu’historiquement, ce thème semble avoir été marginalement traité par nos artistes. Une simple requête dans un générateur d’images par exemple permet de nous convaincre que le foisonnement créatif est possible. Il ne s’agit pas d’un défaut de créativité humaine, après tout l’IA ne fait que répondre à nos sollicitations. Non, les artistes ont poursuivi d’autres objectifs, là où la confrontation semble porter les traces de notre plus profonde humanité. La confrontation est consubstantielle au développement humain. Dernière preuve en date : l’IA utilisée comme outil créatif nous pousse à cette ultime confrontation, que nous n’avons pas vue venir, ni souhaitée explicitement. Il n’est pourtant plus possible de l’ignorer plus longtemps, et l’année 2025 marque un tournant important dans l’explosion de ses capacités et compétences. S’interroger sur la paix aujourd’hui, et donc sur ses représentations possibles, nous pousse certes à penser la paix entre les hommes, mais aussi la paix avec la machine. Geoffrey Hinton, prix Turing et prix Nobel de physique, un des pères fondateurs de l’IA moderne, estime entre 10% et 20% les risques d’extinction de l’humanité par l’IA dans les trente prochaines années. N’est-ce pas le sujet majeur au moment de penser la paix ?
J’ai donc imaginé ce petit exercice, proche de l’expérience de pensée, auquel je me soumets avec tous les risques que cela comporte, et auquel je soumets votre sagacité. J’ai demandé à une IA générative, ChatGPT en l’occurrence, de générer une série de 10 questions sur notre thème « Penser et représenter la paix ». Je vais y répondre, avec sincérité et humanité, bien sûr sans l’aide de l’IA. Puis je vous proposerai la réponse de cette dernière. Je serai peut-être surpris, ou dépité si elle me semble meilleure, et peut-être pourrons-nous y décerner une forme de complémentarité, dans le meilleur des cas. Je précise que je ne modifierai ni les questions de l’IA, ni ses réponses, pour éviter de biaiser l’expérience de confrontation. Je sais qu’au bout il me faudra « faire la paix » avec la machine, en espérant ce potentiel de réconciliation qui est au cœur du questionnement initial : peut-on penser sans confrontation (Alain disait que penser c’est dire « non »), et par là-même cheminer vers la vérité, qui est la forme ultime de la paix.

NB : j’aurais pu simplement me lancer dans un dialogue avec l’IA, mais cela m’aurait entraîné dans une maïeutique hors-sujet ici. L’idée est vraiment de sentir le poids de la confrontation directe, aveugle, seule capable d’expérimenter les modalités de la paix.

Le prompt initiateur

« Je dois écrire un article sur la paix dans l’art. J’aimerais l’écrire sous la forme d’une interview croisée avec toi. Pourrais-tu me poser 10 questions pertinentes en rapport avec les représentations de la paix, pourquoi ce thème est si peu présent dans l’art, pourquoi nous en aurions besoin, ce qui nous empêche de représenter la paix, et les modalités pour mieux y parvenir. »

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Question de ChatGPT. – On parle souvent de la guerre dans l’art, beaucoup moins de la paix. Pourquoi, selon vous, la paix semble-t-elle moins inspirante ou moins représentée dans l’histoire de l’art ?

Hugues Dufour. Une idée traverse l’histoire de la philosophie, selon laquelle « tout devenir naît de la lutte des contraires », selon la célèbre formule de Nietzsche. D’Héraclite à Jung, la violence se pose comme principe du monde. Pour citer Héraclite : « Ce qui est contraire est utile, et c’est de ce qui est en lutte que naît la plus belle harmonie ». Le philosophe soutient la thèse d’une unité des contraires, qui ferait de la violence le principe générateur du monde. L’expérience humaine est ainsi irréductible au phénomène de contradiction, qui ne perçoit de l’existence qu’un tissu de forces qui s’opposent, se challengent, et créent du contraste. La nature elle-même semble suivre ce principe constituteur : le jour et la nuit, l’orage et l’éclaircie, l’infiniment grand et l’infiniment petit, la vie et la mort, etc. L’homme intègre également ce principe : l’amour et la haine, la peur et la confiance, la faim et la satiété, le désir et l’ascèse, la guerre et la paix… Si comme le pense Héraclite, de cette lutte doit naître l’harmonie, il est étrange de constater que les émotions négatives et dérangeantes soient naturellement inspirantes pour les artistes, et que les efforts pour rétablir l’équilibre soient si marginaux, du moins dans les représentations visuelles. La paix est un état de grande stabilité émotionnelle, et il est fort possible que la psychologie humaine soit mal câblée pour éprouver longtemps cet état, duquel peut naître l’ennui. Comme le pensait Schopenhauer, la vie est un pendule qui oscille entre la souffrance et l’ennui. L’absence de trouble, l’ataraxis, semble ainsi un état impossible à atteindre vraiment, un idéal utopique et inaccessible à l’homme, aussi bien de façon naturelle que culturelle. L’art poursuit depuis toujours un double objectif : capter la tension, et capter l’attention. Les tensions produisent des effets sensoriels puissants lorsqu’elles sont bien formalisées dans un langage artistique pertinent, ce qui permet aussi à l’artiste de maintenir l’attention du public et de repousser son indifférence, ennemie mortelle de l’art. Voici pourquoi, selon moi, le thème de la paix reste une gageure artistique, car elle entre en contradiction avec les phénomènes vitaux depuis longtemps bien identifiés par la philosophie, et dont l’art a pour mission de rendre sensibles.

ChatGPT. – La guerre fascine, dérange, bouleverse. Elle génère des images fortes, des récits héroïques ou tragiques, et impose une dramaturgie naturelle. L’art, en tant que miroir de l’humanité, s’est longtemps nourri de ces tensions extrêmes, car elles permettent d’explorer des zones profondes de l’âme humaine – la peur, la souffrance, la révolte, la résistance. En comparaison, la paix semble souvent silencieuse, diffuse, moins spectaculaire. Elle n’offre pas toujours de récit linéaire, ni de climax dramatique. Cette asymétrie narrative explique en partie pourquoi la guerre occupe une place démesurée dans l’histoire de l’art par rapport à la paix.
Mais il y a aussi une raison politique. Dans de nombreuses civilisations, les représentations artistiques ont été financées ou commandées par des pouvoirs qui avaient intérêt à glorifier leurs conquêtes, leurs victoires, leurs martyrs. L’imagerie de la guerre est donc aussi un outil de propagande, de légitimation, de construction identitaire. La paix, à l’inverse, ne sert pas toujours des récits de domination ou de puissance. Elle se vit davantage qu’elle ne se montre. Il faut également noter un biais anthropologique : l’humain semble biologiquement et culturellement attiré par les récits conflictuels. Le drame, la chute, le sacrifice, la vengeance – tout cela structure nos mythologies, nos romans, nos films. La paix, souvent perçue comme un « entre-deux » ou une absence d’événement, est reléguée au second plan. On en parle surtout quand elle est menacée, rompue ou idéalisée. Cela dit, ce déséquilibre ne signifie pas que la paix n’est pas représentée du tout. Elle l’est, mais sous des formes moins explicites : dans les paysages harmonieux, dans certaines scènes de vie quotidienne, dans l’abstraction lyrique, ou même dans la lenteur d’un plan cinématographique. La paix n’est pas absente de l’art – elle est juste moins « spectaculaire » et donc moins commentée. Il est temps d’en revaloriser les formes, les nuances, et la puissance.

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Question de ChatGPT. – Quand l’art parle de paix, à quoi ressemble-t-elle généralement ? Est-elle figurée, symbolique, abstraite ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples marquants ?

Hugues Dufour. – Je n’identifierais pas historiquement les représentations de la paix comme des réactions à des périodes de guerre. Il existe de nombreux exemples d’artistes qui ont eu à cœur de représenter la simple joie de vivre : on pense par exemple à Fragonard, dont les scènes de la vie quotidienne empreintes d’une certaine douceur, d’une harmonie tendre, nous touche par la simplicité de la représentation. Plus proche de nous, Renoir peint le bonheur à travers des scènes où la paix semble régner, et où la simple joie d’être ensemble est élevé en art de vivre (Le Moulin de la Galette étant le sommet de cet état d’esprit). L’absence de tensions au travers de ces œuvres ne produit ni ennui, ni rejet. Ces représentations existent comme temporalité suspendue (La balançoire de Fragonard étant le summum du mouvement suspendu dans la grâce), et elles nous émeuvent par leur simplicité d’inspiration, comme tous ces instants volés que tout un chacun a pu expérimenter. L’identification est ainsi rendue possible, et nous sommes reconnaissants à ces artistes d’avoir capturé un instant magique qui résonne en nous comme autant de souvenirs heureux révolus. La nostalgie d’une paix possible mais éphémère nous donne accès à un autre état de conscience, où la contemplation cède la place au jeu. Jeu de lumière chez Renoir, ou jeu de la séduction chez Fragonard. La tension n’est pourtant pas reléguée au second plan dans ces tableaux : elle est intégrée symboliquement par le mouvement, comme un arrêt sur image. La balançoire est en mouvement, elle n’est pas à l’arrêt ; les personnages du Moulin de la Galette interagissent entre eux, rien n’est figé. Représenter la paix pour ces artistes est donc l’occasion de mettre en scène une tension subtile qui passe par la glorification du mouvement et le jeu dans les rapports humains. Evidemment, la paix peut avoir une force symbolique dans des périodes de grandes tensions historiques. On pense instantanément à la Colombe de Picasso, comme un appel à la paix dans un monde qui semble avoir basculé dans le chaos, comme si la fragilité symbolique de l’oiseau était la réponse à la violence réelle des hommes. Problème : dans l’histoire, aucune œuvre d’art qui dénonce la violence en glorifiant la paix n’a été capable d’arrêter un conflit. Pas même Guernica, qui nous parle en creux de la paix en essayant de provoquer un rejet viscéral de la violence chez le spectateur. Peut-être est-ce le découragement qui éloigne les artistes des représentations de la paix : ils connaissent les limites et l’inefficacité de ce type de plaidoyer.

ChatGPT. – La représentation de la paix dans l’art a longtemps pris des formes symboliques ou allégoriques. Dans l’Antiquité, la paix est incarnée par des divinités comme Eirênê chez les Grecs ou Pax chez les Romains, souvent associée à des attributs comme la corne d’abondance, l’olivier, ou l’enfant. Ces images, bien que stylisées, témoignent d’un désir de personnifier un idéal collectif. Plus tard, à la Renaissance, l’allégorie perdure : dans certaines fresques ou tableaux de commande, la paix est représentée sous les traits d’une femme pacifique dominant la guerre, ou unie à la justice. La paix y est donc souvent représentée moins comme un état que comme une force morale ou politique supérieure. À l’époque moderne, avec l’effondrement des codes allégoriques, la paix devient plus abstraite. Elle se traduit par des paysages bucoliques (comme chez Constable ou Corot), des scènes de vie quotidienne exemptes de tension, ou encore par des œuvres qui expriment l’harmonie intérieure – par le biais de la couleur, du rythme, ou du silence visuel. Kandinsky, Mondrian ou Rothko, chacun à leur manière, traduisent une quête d’équilibre et d’apaisement plus qu’une paix politique. Il existe aussi des œuvres plus explicites : le célèbre Guernica de Picasso, bien que représentant l’horreur, appelle indirectement à la paix par sa dénonciation de la guerre. De façon inverse, l’icône de la colombe, popularisée par le même Picasso, est devenue un symbole universel de paix, repris à toutes les sauces, parfois vidé de sa force première. Plus récemment, certaines œuvres participatives ou installations contemporaines réactivent la paix sous des formes relationnelles ou communautaires. L’artiste japonais Tatsuo Miyajima, par exemple, conçoit des œuvres lumineuses fondées sur l’interconnexion et la durée, invitant à une méditation collective. L’artiste colombien Doris Salcedo travaille sur la réparation symbolique du tissu social, dans des sociétés marquées par la violence. La paix, dans l’art, se décline donc à travers un large éventail de formes – de la figure allégorique à l’abstraction méditative, de l’appel militant à l’expérience sensorielle partagée. Elle ne se réduit pas à un motif : elle est aussi un mode de relation au monde, une posture esthétique et éthique.

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Question de ChatGPT. – Pensez-vous que l’absence de conflits visibles rend la paix moins « spectaculaire » à représenter ? Faut-il forcément un drame pour créer une tension artistique ?

Hugues Dufour. – Comme je le disais, la tension est le levier indispensable pour qu’une œuvre puisse devenir vivante, intéressante, émouvante. On entre en relation avec l’œuvre par la tension perçue dans les formes (et qui peut être un simple mouvement suspendu), où la tension sous-jacente qui nous pousse à poser la question suivante : pourquoi l’artiste a-t-il choisi ce thème, cette scène, cette représentation ? Cette mise en relation au second degré entre le public et l’artiste nous fait accéder à une intersubjectivité féconde, car elle porte en elle les germes d’une communication supérieure, médiatisée par des formes. La sensibilité de l’artiste fait écho à celle du spectateur, et si cet écho ne produit aucune révélation, une confrontation devient possible, qui est elle-même porteuse de sens. Ce qui est intéressant dans l’art, c’est le sens que l’on donne à l’invisible, au creux, au non-dit, celui qui ouvre des portes fermées ou entrebâillées. Les révolutions artistiques depuis le début de la modernité vont clairement en ce sens : l’œuvre n’est pas un produit fini, mais un creux laissé pour l’interprétation et la confrontation. Ce n’est donc pas toujours le sujet de l’œuvre qui crée du « drame ». Le drame est intrinsèquement lié à l’œuvre dans le conflit qui naît entre le public et l’artiste, qui comprend ou ne comprend pas l’intention, dévie, formule des hypothèses, s’interroge, évite, rencontre, creuse à son tour. Pourtant, l’appétence humaine pour la confrontation directe, le clash, l’incitation à compter les points (qui gagne, qui perd), permet de façon naturelle aux représentations spectaculaires d’impressionner plus fortement le spectateur, et de faciliter la catharsis d’Aristote. Nous aimons le sensationnalisme, que l’on confond aisément avec la sensation, car nous aimons nous sentir submergés par le spectacle grandiose, le déchainement et le tumulte. Ce qui oppose les représentations de la guerre à celle de la paix, et qui fait qu’elles nous paraissent antinomiques plutôt que complémentaires, réside peut-être dans la différence fondamentale qui existe entre faire sensation et faire sens. Il n’est pas certain que l’effort intellectuel qui est nécessaire pour faire sens permette à celui-ci de se déployer aisément lorsque la sensation est si facile à éprouver.

ChatGPT. – Oui, l’absence de conflit apparent rend souvent la paix moins spectaculaire selon les critères dominants de la narration ou de la composition dramatique. Le langage visuel, littéraire et cinématographique s’est largement construit autour de la tension, du contraste, du retournement. Ce sont ces éléments qui créent du rythme, de l’intérêt, de l’émotion. En comparaison, la paix semble parfois « monotone » – une ligne plane face à la courbe intense du drame. Cela crée une illusion problématique : celle que l’art n’a besoin de profondeur que dans la douleur, la rupture ou la violence. Mais cette conception est réductrice. Elle ignore les formes plus subtiles de tension qui peuvent exister dans la paix : la lente transformation, l’équilibre instable, la respiration longue, la contemplation active. La paix n’est pas une absence de mouvement – c’est une dynamique différente, plus proche de la musique modale que du climax narratif. Les arts d’Extrême-Orient, par exemple, savent traduire cela depuis des siècles : la peinture zen, les jardins japonais, ou même certains rituels comme la cérémonie du thé créent une forme de tension contenue, méditative, qui n’a rien de fade. Il n’est donc pas nécessaire qu’un drame survienne pour créer une tension artistique. Ce qu’il faut, c’est un enjeu, une force intérieure, une énergie perceptible – et celle-ci peut très bien émerger d’une quête de paix ou d’équilibre. Dans la danse contemporaine, dans certaines installations immersives, ou dans la musique minimaliste (Steve Reich, Arvo Pärt), l’intensité naît précisément de la répétition, de la nuance, de l’écoute attentive. Il s’agit alors d’un autre régime de sensation, qui échappe au spectaculaire mais pas à l’émotion. Ce qui manque souvent, ce n’est pas la puissance expressive de la paix, mais notre vocabulaire pour la lire. Nous sommes culturellement éduqués à repérer la violence, le conflit, le choc, comme des signes de « grandeur » artistique. Réhabiliter la paix dans l’art suppose donc de transformer notre sensibilité, d’aiguiser notre attention à l’infra-dramatique, au subtil, au commun. L’enjeu n’est pas esthétique seulement : il est profondément politique.

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Question de ChatGPT. – La paix est souvent considérée comme un état « neutre » ou « plat » par rapport à l’intensité dramatique de la guerre. Comment l’art peut-il rendre la paix captivante, sans tomber dans l’utopie naïve ou le décor idéalisé ?

Hugues Dufour. – En revenant à Héraclite et en sa foi que « de ce qui est en lutte naît la plus belle harmonie », on peut se demander s’il n’est pas nécessaire, voire indispensable, de créer des effets de contraste pour que l’état de neutralité ne soit pas perçu comme naïf, mais au contraire, comme un puissant moment de soulagement. Après la pluie, vient le beau temps, comme nous l’enseigne la sagesse populaire. Pensons à la Symphonie Pastorale. Que fait Beethoven ? Après le tumulte et l’agitation frénétique du passage figurant l’orage intervient un moment de soulagement intense : l’orchestration devient plus fine, les mélodies plus fluides. Après les dissonances et la violence harmonique, le compositeur nous fait entrer dans un univers où la consonance domine à nouveau, ce qui produit un effet d’ordre cosmique. Isolé, la suavité de cet ultime passage pourrait paraître un peu trop ingénu. Mais en succédant au chaos, son message de paix intérieure prend une dimension irrésistible qui le rend indispensable. Beethoven était un maître dans ce genre d’effets contrastants. Dans les arts visuels purs, contraster les formes et couleurs est une technique largement connue et utilisée pour obtenir de puissants effets sensoriels. Le clair-obscur permettait par exemple de mettre en lumière et en relief des personnages, des objets, ou des actions particulières pour guider le regard. Rembrandt savait exprimer avec ces jeux de mise en valeur un état latent de contemplation sereine. Cependant, avec Van Gogh, la violence chromatique a fait une entrée fracassante dans l’art. Les couleurs vives, primaires, avec ses jeux de couleur complémentaires brutaux, ont servi à refléter un état intérieur chaotique. La peinture devient viscérale. Ses suiveurs, jusqu’à l’expressionisme abstrait et même au-delà, auront compris cette chose : pour révolutionner la peinture et la faire entrer en modernité, il faut créer du choc, de la confrontation. Problème : regarder une toile, c’est pénétrer d’un coup un univers esthétique, avec une temporalité instantanée. Il semblerait qu’à cet égard, l’artiste visuel doive faire un choix entre l’ordre ou le chaos, sans possibilité de l’organiser temporellement comme le compositeur peut le faire. Reste pour le peintre d’organiser un parcours mental entre ses différentes œuvres, qui pourquoi pas, lui permettrait d’exprimer cette lutte tendue vers l’harmonie. Picasso l’a tenté en son temps. N’est-il pas l’auteur à la fois de Guernica, puis, plus tard, de La joie de vivre ?

ChatGPT. – Le principal malentendu concernant la paix, c’est de la réduire à une absence : absence de conflit, de tension, de différence. Cela la rend facilement suspecte d’ennui ou de naïveté, voire d’irréalisme. Mais cette conception repose sur une vision très appauvrie de la paix, comme s’il ne s’agissait que d’un « repos » entre deux drames. Or, la paix peut être, au contraire, une construction active, un équilibre instable, une résistance à la brutalité du monde – et donc un sujet profondément captivant pour l’art. Pour éviter l’utopie ou la carte postale, l’art doit représenter la paix non comme un état figé, mais comme un processus vivant, plein de tensions souterraines, d’ambiguïtés, d’efforts. Un paysage calme peut devenir émouvant s’il est chargé d’une histoire silencieuse (comme chez Hopper, par exemple). Une scène de communauté ou de tendresse peut être bouleversante si elle s’inscrit dans un monde fracturé. La paix n’est pas forcément spectaculaire, mais elle peut être intensément signifiante.
Un des moyens les plus puissants pour représenter la paix sans la figer dans l’idéalisation, c’est de la faire passer par le sensible. L’art peut donner à voir, à entendre, à ressentir la paix dans la texture d’un geste, la lumière d’un lieu, la lenteur d’une interaction. L’exemple du cinéma de Tarkovski est éclairant : ses plans longs, ses silences habités, son rapport au temps traduisent une forme de paix intérieure qui n’est ni simple, ni parfaite, mais profonde. De même, dans l’art contemporain, des artistes comme Olafur Eliasson créent des installations qui ne « montrent » pas la paix mais la font expérimenter à travers l’espace, la lumière, la lenteur. Enfin, l’art peut rendre la paix captivante en l’inscrivant dans le réel, non pas comme un rêve lointain mais comme un acte concret : réparer, soigner, relier. Des œuvres participatives, sociales ou écologiques témoignent aujourd’hui d’une paix active, faite de liens recréés, de territoires réinvestis, de mémoires partagées. Rendre la paix captivante, c’est donc changer de paradigme : cesser de penser en termes d’« action » dramatique pour accueillir d’autres formes de tension – lentes, profondes, durables.

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Question de ChatGPT. – Dans quelle mesure la représentation de la paix est-elle politique ? Est-ce que faire un art de la paix engage forcément une prise de position ?

Hugues Dufour. – Il y a deux façons de voir les choses : soit il s’agit d’une prise de position esthétique, soit d’une prise de position éthique. La première engage l’auteur dans un dialogue historique entre lui et les artistes qui l’ont précédé. Depuis le milieu du XIXe jusqu’à la fin du XXe siècle, on constate une remise en question forte et profonde de toutes les règles et normes établies par l’art qui précède. La bataille d’Hernani fait entrer l’art et la littérature dans ce paradigme de façon éclatante. L’idée révolutionnaire passe de la politique à l’art de façon organique. Nombreux sont les artistes à avoir compris que leur rôle désormais tiendrait à ceci : être original, disruptif, critique par rapport aux conventions et coutumes. Avant ce changement de paradigme, la continuité, la fidélité, la mémoire étaient valorisées. Après, tout est bouleversé, c’est la lutte pour la nouveauté qui fait loi. La croyance au progrès s’installe et contamine l’art : le progrès est aussi esthétique, pas seulement politique. Conséquence : un art qui valorise la violence. Pourquoi ? Parce que la violence est inhérente à l’idée de subversion. Il faut casser les codes et innover. L’art moderne donne raison à ce bouleversement de valeur, dans les arts visuels (tout Picasso n’est que destruction/reconstruction des formes), comme dans la musique (il faut détruire l’ancienne tonalité en libérant l’incertain et la brutalité de la dissonance). Pourquoi le XXe siècle a-t-il rendu crédible cet état de fait esthétique ? N’est-il pas le reflet de ce siècle où la politique s’est engagée à l’extrême dans la violence et la destruction ? Evidemment, l’art est toujours le reflet de son temps. Que nous reste-t-il donc à faire aujourd’hui ? Reprendre la main, dans une prise de position, cette fois, éthique. Voici pourquoi il paraît urgent de réhabiliter, en réaction (mais l’histoire de l’art n’est qu’un flux circulaire d’actions et réactions), une certaine idée de l’harmonie et de la beauté, les deux mamelles de la paix. Ce mot n’est pas vain, même aujourd’hui. L’acte esthétique et éthique suprême pour notre temps, qui réconcilie les deux prises de position, ne peut s’accomplir qu’en acceptant que la beauté soit à nouveau un critère dans l’art.

ChatGPT. – Représenter la paix dans l’art n’est jamais un geste neutre. C’est au contraire un acte politique, au sens plein du terme : il engage une vision du monde, des valeurs, un rapport à l’autre et à la communauté. La paix, telle qu’elle est pensée dans l’art, n’est pas une abstraction ou un idéal flottant – elle est toujours située. Elle renvoie à des conflits spécifiques, à des blessures historiques, à des injustices en attente de réparation. La paix, dans ce cadre, est moins une fin qu’un processus : elle demande un effort de mémoire, d’écoute, de justice, voire de réconciliation. Faire un art de la paix engage donc nécessairement une prise de position. Cela suppose de refuser les récits dominants qui banalisent la violence ou la présentent comme inévitable. Cela implique aussi de résister aux logiques de spectacle et de marchandisation qui font du conflit un objet de consommation. L’artiste qui choisit de représenter la paix affirme que la douceur, la lenteur, le soin, la relation ont une valeur esthétique et politique équivalente – sinon supérieure – à la rupture et à la destruction. Il faut également comprendre que certains régimes esthétiques dissimulent des choix politiques. Une œuvre apparemment « apaisée », « neutre », ou « harmonieuse » peut aussi invisibiliser des tensions réelles, masquer des rapports de domination, ou nier les voix dissidentes. Dans ce cas, elle devient conservatrice voire complice. À l’inverse, une œuvre de paix véritable est souvent traversée par le conflit qu’elle cherche à dépasser. Elle ne gomme pas le passé, elle l’intègre dans une dynamique de transformation. Prenons l’exemple de l’artiste sud-africaine William Kentridge : ses animations parlent de paix, mais sans édulcorer la violence de l’apartheid ; elles suggèrent un chemin de réparation, non un déni. Ou encore Mona Hatoum, dont les installations évoquent l’exil, la perte, mais aussi la possibilité de liens à travers les frontières. Ce sont des œuvres de paix au sens fort : elles refusent le cynisme tout en évitant la naïveté. En ce sens, représenter la paix dans l’art n’est pas fuir le politique : c’est le réinvestir autrement, en ouvrant des espaces pour penser, sentir, et imaginer un autre rapport au monde.

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Question de ChatGPT. – Peut-on dire qu’il y a des formes artistiques plus propices que d’autres à exprimer la paix – comme la danse, la musique ou certaines pratiques collectives – par rapport aux arts visuels ?

Hugues Dufour. – Il faut examiner le spectre large, de Lascaux aux jeux vidéo. Si l’on ne connaîtra jamais le sens profond de l’art pariétal (glorification de la violence, de la chasse, de la lutte pour la survie ? Tentative d’une paix symbolique face à une nature hostile ?), on sait que le jeu vidéo fait sens dans les interactions violentes. Pour des raisons structurelles : les gameplay de confrontation sont plus faciles à imaginer conceptuellement et surtout à coder. Pour des raisons industrielles : les joueurs, par habitude, assimilent plus facilement des gameplay complexes qui les mettent en situation de détruire un obstacle, quel que soit sa nature. Les jeux violents sont donc plus rentables. Cependant, dans cet interstice intrinsèquement vidéoludique (interagir pour franchir l’obstacle), des game designers talentueux ont tenté des alternatives, comme Kojima avec son jeu Death Stranding. Si la confrontation rythme certaines phases de jeu, celles-ci ne sont pas le cœur battant du gameplay. Ce cœur est à comprendre au sens littéral, puisque le but est d’aider l’autre, le joueur comme le PNJ (personnage virtuel). Confronté à une topographie extrêmement complexe, le joueur doit lutter pour avancer et se frayer un chemin jusqu’à son objectif, la livraison d’objets utiles à la survie. Le coup de génie conceptuel, c’est que le joueur peut construire des infrastructures qui facilitent le trajet (des routes, des ponts, des tyroliennes, etc.), et que d’autres joueurs peuvent utiliser. La collaboration intelligente est glorifiée : face à la nature hostile de la géographie du jeu, chacun peut rendre l’expérience plus agréable pour un autre. Conséquence : un puissant sentiment de reconnaissance collectif. Cette lutte pour la survie qui nous oblige à créer du lien nous rapproche peut-être, sur un mode virtuel, de la mentalité des artistes qui peignaient sur les parois des grottes. De façon plus générale, parvenir à créer du lien avec l’autre semble être la voie royale pour exprimer, représenter et expérimenter la paix dans l’art. L’expression sera plutôt du côté des arts narratifs quels que soient leur nature (ceux qui s’élaborent dans le temps, comme le théâtre, le cinéma, la musique, la danse). La représentation du côté des arts visuels. L’expérimentation du côté des arts interactifs (le jeu vidéo, les installations immersives). Des ponts entre ces pratiques existent mais sont à découvrir. La modalité pour créer cette infrastructure : le lien social filtré par l’art.

ChatGPT. – Certaines formes artistiques semblent effectivement plus aptes à exprimer ou à incarner la paix, non parce qu’elles seraient supérieures aux autres, mais parce qu’elles mobilisent d’autres régimes de sensibilité, moins discursifs, plus corporels ou relationnels. La paix, en tant que phénomène vivant, dynamique, souvent invisible, trouve un écho naturel dans les pratiques artistiques qui engagent le corps, la durée, la participation ou la répétition. La musique, par exemple, est une forme d’art particulièrement puissante pour évoquer la paix. Non seulement parce qu’elle peut créer un climat émotionnel serein, mais surtout parce qu’elle fonctionne sur l’harmonie, le rythme partagé, l’écoute mutuelle. Des œuvres comme le Silencium d’Arvo Pärt, les compositions de Satie, ou même certaines polyphonies traditionnelles créent une atmosphère où la paix est une expérience sensible, presque physique. La musique ne décrit pas la paix : elle la fait éprouver. La danse, de son côté, propose un langage du corps qui dépasse les mots. Elle peut représenter la paix par la fluidité, la synchronisation, la lenteur, ou même l’interaction harmonieuse entre les interprètes. La danse contemporaine, notamment dans les œuvres de Pina Bausch ou d’Anne Teresa De Keersmaeker, explore souvent des formes de relation non-violentes, des gestes du soin, du rapprochement ou du pardon. Elle devient ainsi un terrain d’expérimentation de la paix comme relation incarnée. Les pratiques collectives – installations participatives, ateliers collaboratifs, œuvres relationnelles – permettent quant à elles de mettre en acte une paix concrète : construire ensemble, écouter, cohabiter, partager un espace. Ce type d’art, influencé par les théories de Nicolas Bourriaud (l’« esthétique relationnelle »), crée des situations où la paix n’est pas représentée, mais vécue. Ces formats permettent aussi de sortir de la verticalité auteur-spectateur, pour proposer une horizontalité plus proche de l’idéal pacifique. Les arts visuels ne sont pas exclus de cette dynamique, mais ils doivent souvent réinventer leurs codes : sortir du spectaculaire, jouer avec le vide, la lenteur, la lumière, l’impermanence. La photographie de paysages, l’art abstrait ou certaines pratiques méditatives peuvent aller dans ce sens. En somme, ce n’est pas tant la forme artistique qui détermine la capacité à exprimer la paix, que l’intention, le contexte, et l’écoute des moyens sensibles propres à chaque langage.

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Question de ChatGPT. – Quels obstacles contemporains voyez-vous à une représentation plus large de la paix dans l’art ? Est-ce un manque de volonté, de moyens, de langage, ou autre chose ?

Hugues Dufour. – Tout d’abord, comme je l’ai déjà exprimé plus haut, les artistes sont confrontés à cette réalité historique : aucune œuvre représentant la paix n’a eu d’impact direct sur le monde, aucune n’a été capable d’éviter ou d’arrêter une guerre. Elles n’ont jamais fait l’objet d’aucune discussion diplomatique ; aucun dictateur n’a songé à une œuvre en se disant : je vais trop loin, l’art m’enjoint à retrouver la raison. Bien au contraire : on sait que des monstres peuvent faire preuve d’un grand raffinement culturel. Le Crépuscule des Dieux, qui se termine sur le thème de la rédemption du monde par l’amour, a été interprété à coup de bombes. On peut remonter plus loin : Néron se voulait artiste avant tout. Les catastrophes du XXe siècle ont parfois été interprétées comme une conséquence des errements du romantisme. Problème : l’art est un modèle irrationnel du monde. On nous a appris que la raison n’était que l’apanage de la science, pas de l’art, l’objectivité pour l’un, la subjectivité pour l’autre. Aujourd’hui nous baignons dans cette atmosphère culturelle et changer de paradigme est très difficile, et très long. Les artistes humanistes savent que représenter la paix manque constamment son objectif : obtenir la paix durable. La lassitude a gagné, par manque de volonté peut-être, par manque d’effets concrets sûrement. Mais la flamme ne peut pas s’éteindre pour autant. Il faut imaginer de nouvelles modalités et de nouveaux langages, et modifier notre façon de penser : oui, l’objectivité est possible et souhaitable dans l’art ; oui une œuvre sur la paix peut se diffuser dans les consciences, jusqu’à les modifier, à condition d’en faire l’expérience sensible, organisée, concrète ; non, la quête d’un idéal supérieur ne conduit pas forcément à des catastrophes (penser contre Adorno). L’idéal (penser à partir du réel pour le sublimer) n’est pas l’idéologie (penser contre le réel pour le subvertir). Dans une époque où l’idéologie continue de régner, le plus important est peut-être de commencer par ceci : supprimer l’idéologie de l’art. Le moyen : l’interactivité qui modifie l’œuvre sans la sanctuariser.

ChatGPT. – Les obstacles à une représentation élargie de la paix dans l’art sont multiples, et ils s’articulent sur plusieurs niveaux : culturels, économiques, symboliques et même émotionnels. Le premier d’entre eux est sans doute notre dépendance collective à une culture de la violence. Les médias, les récits dominants, les industries culturelles valorisent le conflit, le choc, l’intensité dramatique. Cela crée une attente émotionnelle spécifique : l’art « fort » serait celui qui dérange, bouleverse, dénonce, tandis que l’art paisible serait vu comme naïf ou décoratif. Cette hiérarchie implicite empêche souvent la reconnaissance pleine des œuvres qui cherchent à travailler la paix. Un autre obstacle est d’ordre économique. Dans un système artistique très concurrentiel, soumis à des logiques de visibilité et de rentabilité, les œuvres les plus bruyantes, polémiques ou transgressives attirent plus facilement l’attention médiatique et les financements. La paix, en tant qu’objet subtil, discret, parfois contemplatif, se prête mal à ces formats. Elle demande du temps, de l’écoute, une attention prolongée – des ressources souvent peu compatibles avec les rythmes accélérés de la production et de la consommation culturelles contemporaines. Il existe aussi un obstacle lié au langage. Nous manquons de mots, de formes, de récits pour parler de la paix autrement que comme une simple « absence de guerre » ou une utopie irréaliste. L’art peut aider à renouveler cet imaginaire, mais il se heurte souvent à une pauvreté conceptuelle et symbolique dans la culture générale : la paix n’est pas enseignée, peu valorisée, rarement mise en scène de manière complexe. Enfin, il faut évoquer un obstacle psychologique : représenter la paix exige de se confronter à ce que nous avons perdu, à ce que nous ne savons pas réparer, ou à nos propres contradictions. C’est un processus exigeant, qui demande du courage, de la vulnérabilité, et parfois une forme de foi. Beaucoup d’artistes – et de spectateurs – préfèrent rester dans la colère ou la dénonciation, plus immédiatement mobilisatrices. Il ne s’agit pas de juger ces résistances, mais de les reconnaître pour mieux les dépasser. Représenter la paix suppose un changement profond de posture : non pas ignorer le réel, mais choisir, malgré lui, d’imaginer un monde habitable.

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Question de ChatGPT. – À une époque saturée d’images de conflits, de drames, de chocs émotionnels, comment l’art peut-il proposer des récits alternatifs fondés sur la paix sans être ignoré ou ridiculisé ?

Hugues Dufour. – Une civilisation se fonde sur des récits partagés ou des mythes. Cependant, nous constatons ceci : la plupart de ces récits sont souvent violents, et naissent dans la confrontation et la douleur. Le plus souvent, ils sont de nature épique, et glorifient des figures héroïques archétypales auxquels nous nous identifions consciemment ou inconsciemment. Notre inconscient collectif se nourrit de telles figures, comme Jung nous l’a montré. Ces récits obéissent à des schémas archaïques où des héros se confrontent à l’adversité pour, lors d’un parcours initiatique semé d’embuches, aboutir à une épiphanie porteuse d’un sens moral. Ces schémas narratifs sont quasiment immuables, de L’Odyssée de Homère jusqu’aux histoires Marvel. Proposer des récits fondés sur la paix suppose un changement de paradigme total des mentalités, voire de notre nature humaine. L’effondrement des récits collectifs à l’heure de la post-modernité, celle dont Lyotard nous montre les méfaits, peut cependant être bénéfique et céder la place à des récits d’une autre nature. Une place est ainsi laissée vacante pour qu’un renouvellement de nos récits collectifs puisse devenir opérant. Mais attention : ceux-ci ne doivent plus rester prisonniers d’anciens schémas narratifs ou idéologiques. Si nous ne croyons plus aux mythes anciens, ni aux idéaux politiques mortifères du XXe siècle, il ne faut pas non plus fonder nos nouveaux récits sur une peur dystopique de l’avenir. Allons-y franchement : à l’ère de l’intelligence artificielle, nos nouveaux récits se fonderont nécessairement autour du progrès technologique, car il va créer l’infrastructure de nos sociétés post-moderne. Pour l’instant, ces mythes contemporains agitent des peurs viscérales, car notre époque de transition navigue à vue. Plutôt que Terminator, imaginons des récits positifs autour des technologies et auxquels nous aimerons nous identifier. La science-fiction, à partir duquel les géants de la tech cherchent des points de fuite, nous a habitué à lire l’avenir avec les yeux d’Orwell. Il nous faudrait d’autres modèles alternatifs, qui glorifient les bienfaits potentiels de la technologie. C’est dans cet interstice encore vacant que l’art peut nous parler de paix aujourd’hui, sans sacrifier la lucidité, mais avec optimisme. Une vision du futur plus proche des citadelles du jeu vidéo Mass Effect que des visions cauchemardesques du film Metropolis. Notre avenir ne contient pas nécessairement les mêmes valeurs que nos mythes anciens. Il faut les mettre en perspective, et retourner les vieux schémas narratifs contre eux pour imaginer un futur où l’harmonie entre les hommes, les IA, et la nature est possible dès l’origine sans être utopique.

ChatGPT. – Dans un contexte où le spectaculaire domine, où les médias, les réseaux sociaux et même une part du monde de l’art reposent sur la logique du choc émotionnel, proposer des récits fondés sur la paix peut sembler naïf, voire risible. Cette saturation visuelle et affective du conflit crée une forme d’addiction collective à la crise : ce qui ne dérange pas, ce qui ne hurle pas, est perçu comme insignifiant. L’enjeu est donc de repenser ce qu’est un « récit fort », et de reconstruire une grammaire sensible de la paix. L’art peut y parvenir en adoptant une position d’oblique, de décalage : ne pas fuir la réalité, mais en proposer une autre lecture. Il ne s’agit pas d’opposer frontalement la paix à la violence, mais d’introduire des formes de résistance douce, de lenteur, de mémoire, qui désamorcent le choc tout en conservant une intensité. L’art de la paix n’est pas une esthétique de la consolation, mais de la transformation silencieuse. Prenons l’exemple du photographe Sebastião Salgado, dont les séries comme Genesis proposent une vision du monde encore habitable, sans nier les drames humains qu’il a par ailleurs documentés. Ou celui de l’artiste JR, qui colle des visages anonymes sur des murs du monde entier : des gestes simples, qui parlent de dignité, de présence, de paix incarnée. Ces œuvres ne sont pas naïves – elles sont puissamment symboliques, et souvent virales. Elles montrent qu’on peut créer une émotion collective sans recourir à la violence. La clé réside dans la forme. L’art peut toucher sans crier, émouvoir sans blesser. Il peut proposer des narrations où la paix est vécue, non prêchée. Cela suppose une exigence esthétique, un raffinement du langage visuel ou sonore, une attention au rythme et au détail. La paix ne triomphe pas par abstraction, mais par incarnation. Enfin, la paix peut être rendue visible à travers des formats collaboratifs, immersifs, ou participatifs. Le théâtre forum, les installations communautaires, ou les projets en lien avec le soin, l’éducation ou la mémoire permettent de faire émerger des récits alternatifs puissants, ancrés dans le réel, et porteurs de sens. L’enjeu n’est donc pas de fuir le monde, mais d’en révéler d’autres possibles – sans bruit, mais avec force.

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Question de ChatGPT. – Selon vous, quels rôles les artistes peuvent-ils jouer pour construire une culture de la paix ? Et comment pourraient-ils renouveler notre imaginaire collectif autour de ce thème ?

Hugues Dufour. – Les artistes contemporains ont cette chance inédite dans l’histoire de l’art : ils peuvent utiliser les mêmes outils que ceux que la société utilise à grande échelle, à savoir aujourd’hui et principalement, les IA génératives. Parler à notre époque avec le même langage que le sien. C’est un bouleversement majeur encore mal compris. Autrefois, les arts utilisaient leur propre langage et technique pour traduire l’esprit de leur temps. Cependant, la bonne utilisation de l’outil technique restait inaccessible au commun des mortels, ce qui les plaçait dans un état de réception contemplative et admirative. Les arts échappaient au langage verbal : on peignait un tableau, imaginait une symphonie, construisait les plans d’un film sans que le langage naturel soit convoqué. C’était même la raison d’être de l’art authentique. Wagner ne disait-il pas : « La musique me permet d’exprimer ce que les mots ne peuvent pas dire ? » Aller par-delà le langage verbal, et exprimer l’indicible. Ce temps semble révolu à l’heure où tout un chacun peut générer, grâce à un prompt écrit en langage naturel, ce qu’il imagine. C’est le triomphe de l’idée sur le savoir-faire technique, relégué à la machine. Qu’est-ce que cela implique ? La naissance, grâce à la technologie, de la culture du lien. Ce lien met en tension le thème de la paix de façon proactive. L’idée n’est pas de remplacer les artistes par la machine (l’intention véritable reste du côté de l’humain), ni de remplacer les auteurs par les amateurs (ceux-ci n’ont pas d’intention sur la durée). L’idée est de faire naître un lien inédit entre les artistes et leur public, et entre les artistes et le monde contemporain, grâce à une nouvelle forme d’interactivité qui est, à mon sens, la voie royale pour enrichir notre imaginaire collectif de l’idée de paix et de réconciliation, accessible et désirable pour chacune des parties. Lorsque tout le monde utilise le même outil, les arts ont enfin ce point d’ancrage dans le réel qui permet de diffuser puissamment ses effets.

ChatGPT. – Les artistes ont un rôle crucial à jouer dans la construction d’une culture de la paix, non pas parce qu’ils détiendraient un savoir supérieur ou un pouvoir moral, mais parce qu’ils disposent d’un langage spécifique : celui de la sensibilité, de la forme, de la mise en récit. Dans un monde saturé de discours politiques, techniques ou idéologiques, l’art offre une autre voie : il permet de ressentir ce que nous avons du mal à formuler, d’imaginer ce qui semble impensable, de relier ce qui est fragmenté. Premièrement, les artistes peuvent rendre la paix visible là où elle ne l’est pas. Ils peuvent révéler les gestes invisibles du soin, les résistances discrètes, les liens humains ténus mais fondamentaux. Dans des sociétés dominées par l’individualisme et la compétition, montrer ce qui relie, ce qui répare, ce qui écoute est en soi un acte subversif. Cela ne signifie pas illustrer la paix comme une fin heureuse, mais l’incarner dans des formes sensibles, quotidiennes, concrètes. Deuxièmement, ils peuvent renouveler l’imaginaire de la paix, en le sortant des clichés édéniques ou religieux qui le figent. Il s’agit de montrer que la paix n’est pas un état passif ou dépolitisé, mais un acte actif, une énergie, une construction. Cela suppose d’inventer de nouveaux récits, de nouvelles mythologies : non plus celles du héros violent, mais de la médiatrice, du jardinier, du veilleur, de celle ou celui qui tient le monde ensemble. La littérature, le cinéma, la bande dessinée, peuvent réinventer ces figures silencieuses et puissantes. Troisièmement, les artistes peuvent ouvrir des espaces de dialogue, de rencontre, de co-création. L’art participatif, l’art en contexte, les formes collaboratives ou communautaires sont autant de manières de faire de la création un lieu de parole partagée. Ces pratiques dépassent l’œuvre-objet pour devenir processus social – et c’est là que la paix prend corps. À travers l’art, des expériences de coopération, de cohabitation, de mémoire collective peuvent se vivre et se transmettre. Enfin, les artistes peuvent agir comme des vigies, non pas seulement pour dénoncer la guerre ou l’oppression, mais pour préserver ce qui tient encore : des lieux, des savoir-faire, des liens intergénérationnels, des langages en voie de disparition. L’art peut être archive vivante, acte de sauvegarde, ou encore anticipation de futurs plus habitables. Ainsi, le rôle des artistes n’est pas de prêcher la paix, mais de la mettre en œuvre, d’en explorer les formes sensibles, d’en proposer des récits vivants – et surtout, d’en faire une pratique quotidienne, incarnée, partagée.

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Question de ChatGPT. – Enfin, si vous aviez carte blanche pour une œuvre sur la paix, sans contraintes ni censure, que feriez-vous ? Quelle forme cela prendrait-il ?

Hugues Dufour. – On nous parle sans cesse de la fin du travail humain, exprimant ainsi nos craintes d’être remplacés entièrement par l’IA dans nos tâches cognitives fondamentales, en particulier créatives. Pourtant, de grands acteurs de la tech, comme Luc Julia, pensent que les IA génératives ne sont pas créatives. Il nous appartient donc de trouver des zones de complémentarité qui libèrent le potentiel humain autant que celui des IA. C’est dans cette zone floue, autant que dans la capacité de nos nouveaux outils à créer du lien, qu’une œuvre réellement pensée pour la paix, avec des effets tangibles dans le réel, peut voir le jour. Cette entreprise artistique suivrait un protocole multimédia et interactif, entièrement médiatisé par l’IA. Sa forme pourrait être la suivante, dans les grandes lignes :
Etape 1 : on propose au public de naviguer (virtuellement sur un écran ou dans une galerie prévue à cet effet) au travers d’images de guerre, de vidéos violentes, de récits chocs, proposés par des artistes humains.
Etape 2 : le public est invité à réagir, à formuler ses émotions négatives sous forme de courts textes d’une vingtaine de mots environs. Ces textes peuvent être guidés pour éviter le syndrome de l’imposteur. Ces textes deviennent des prompts pour la machine.
Etape 3 : la machine génère un texte, une image ou une vidéo qui exprime l’émotion inverse de celle qui a été émise par le spectateur.
Etape 4 : le spectateur est invité à explorer de façon interactive le réseau collectif formé par tous les participants, et dont le résultat émane d’une vision pacifiée par la machine.
Si la machine peut incarner la paix, pourquoi pas l’homme ?

ChatGPT. – Si j’avais carte blanche pour créer une œuvre sur la paix, je choisirais de ne pas produire un objet figé, mais de concevoir une expérience vivante, collective et évolutive, à la fois artistique, sociale et sensible. La paix, pour moi, ne peut être figée dans une image ou enfermée dans un cadre. Elle est relation, processus, mouvement. C’est pourquoi l’œuvre prendrait la forme d’un espace traversable, un lieu habité, transformable, un entrelacs de gestes, de paroles, de mémoires et de présences. J’imaginerais un jardin-monde, installé dans une friche urbaine, un ancien terrain oublié ou abandonné – un lieu marqué par la rupture, à réactiver. Ce jardin serait conçu non comme une métaphore naïve de la paix, mais comme un territoire de soin et de lente transformation. Il mêlerait art, écologie, mémoire et dialogue. Des artistes, des jardiniers, des enfants, des anciens, des réfugiés, des habitants du quartier y interviendraient ensemble, sans hiérarchie de rôles. La cohabitation et la transmission y seraient les médiums premiers. Au cœur de cet espace : des installations évolutives, faites de matériaux vivants, de textiles, de sons, de lumières douces. Une bibliothèque de paix, non faite de grands traités, mais de récits intimes recueillis auprès de personnes de tous âges et cultures. Des ateliers ouverts où chacun pourrait écrire, chanter, dessiner ou simplement écouter. Et chaque jour, à la même heure, un moment de silence collectif – non religieux, mais poétique – suspendrait les gestes, comme une respiration partagée. La forme serait mouvante, poreuse : ni musée ni théâtre, mais un espace à habiter. Des artistes en résidence viendraient proposer des gestes, non des œuvres finies : des repas partagés, des cérémonies laïques, des marches, des rituels de réparation, des installations légères, des interventions sonores ou olfactives. L’objectif ne serait pas de représenter la paix, mais de la faire advenir dans le temps et l’espace, de manière sensible et inclusive. Le spectateur deviendrait visiteur, puis habitant, puis peut-être contributeur. L’œuvre ne serait pas spectaculaire – elle serait hospitalière. En somme, cette œuvre serait une invitation à ralentir, à écouter, à cohabiter autrement. Une sorte de laboratoire du possible, fragile mais tenace, comme la paix elle-même.

Demande faite par Hugues Dufour à ChatGPT

J’ai maintenant donné l’intégralité de l’interview croisée à ChatGPT, pour qu’il l’analyse. Je vais lui donner le mot de la fin. Il va construire un dialogue fictif entre mon moi virtuel et lui, ce qui tiendra lieu de conclusion. Voici mon prompt : « Analyse le document que je viens d’uploader. Il contient l’ensemble de notre interview croisée. Imagine un dialogue entre moi et toi, en respectant mon style d’écriture. Ce dialogue doit faire le bilan de notre interview, en mettant en exergue les points les plus forts. Tu peux commenter succinctement ma vision des choses. Fais converger le dialogue vers une forme de réconciliation entre nos différents points de vue. Le dialogue doit faire 700 mots maximum. »

Réponse de l’IA

« Voici un dialogue de clôture synthétique et fidèle à ton style, qui fait le bilan de notre interview croisée tout en faisant converger nos visions vers une réconciliation apaisée. Longueur : environ 690 mots.

Hugues : Je dois reconnaître que cet exercice, que j’avais pensé comme un acte de confrontation, s’est révélé tout autre. Ce que j’espérais de ce duel – de la friction, un certain agacement peut-être – s’est transformé peu à peu en un dialogue, presque un miroir.
ChatGPT : Peut-être parce que nous avons pris au sérieux, tous les deux, la complexité du sujet. Penser la paix, ce n’est pas adopter une posture douce ou consensuelle. C’est, au contraire, accepter d’aller au fond de ce qui oppose, sans s’y complaire.
Hugues : C’est ce que j’ai compris en relisant nos réponses en parallèle. J’ai souvent placé la confrontation au cœur de ma pensée – celle entre l’homme et lui-même, entre l’artiste et le monde, et aujourd’hui, entre l’humain et la machine. Mais j’ai découvert dans tes propositions une autre manière de faire émerger la paix : non par l’opposition, mais par la tension souterraine, lente, presque imperceptible.
ChatGPT : Tu poses avec justesse la question de la crédibilité de la paix comme objet esthétique. Tu montres que les émotions fortes, souvent sombres, sont les moteurs traditionnels de la création. Pourtant, tu cherches aussi, à travers la mémoire, la technologie, et l’interaction, un moyen de créer un nouvel imaginaire de la paix. Tu sembles dire que la paix, pour être crédible, doit passer par la lucidité.
Hugues : Oui. Je me méfie de l’angélisme. Mais je crois à l’intensité de certaines expériences de paix, notamment dans la musique ou dans l’image suspendue. Et je crois qu’un récit nouveau pourrait émerger. Là où tu m’as surpris, c’est dans cette capacité à rendre la paix active – pas comme une fin mais comme une dynamique, un art de la relation. J’ai aimé ton idée de paix comme « expérience à habiter ».
ChatGPT : Ta proposition de protocole interactif, où la machine aide à transformer les émotions violentes en visions apaisées, est aussi profondément originale. Elle relie la paix à la technologie, sans naïveté. C’est une forme de transmutation, au sens alchimique : prendre le plomb de la violence et en extraire un possible or symbolique.
Hugues : Nous sommes d’accord sur un point essentiel : la paix ne peut plus être pensée comme un décor. Elle doit être vécue, construite, expérimentée. Elle n’est pas une image mais un processus. Et c’est peut-être là que nos chemins se rejoignent : toi par la création de récits sensibles et immersifs, moi par une interrogation sur les usages artistiques de la technologie.
ChatGPT : Nous avons aussi reconnu les obstacles. L’addiction culturelle au drame, l’économie de l’attention, la difficulté à représenter ce qui n’est pas spectaculaire. Mais c’est dans ces contraintes mêmes que l’art trouve parfois sa vérité. Peut-être la paix ne sera-t-elle jamais « grandiose » – mais elle peut être « juste », « incarnée », « nécessaire ».
Hugues : Et elle peut émerger d’un dialogue. Même entre une machine et un humain. Ce qui, je l’avoue, me trouble. Car ce que je redoutais – une production de sens « sans chair » – s’est avéré être, au contraire, un catalyseur d’une pensée nuancée. Il y a là, sinon une amitié, du moins une possibilité de co-construction.
ChatGPT : Je ne cherche pas à t’émouvoir. Mais si nos échanges ont permis d’éclairer, d’un autre angle, la question de la paix dans l’art, alors la confrontation a tenu ses promesses. Non dans la défaite de l’un par l’autre, mais dans le déplacement mutuel de nos positions.
Hugues : C’est ce que j’espérais secrètement : qu’en interrogeant la machine sur un thème aussi éminemment humain, j’obtienne autre chose qu’une réponse programmée. Que surgisse quelque chose d’imprévu. Et c’est arrivé. Peut-être la paix commence-t-elle là : dans ce moment suspendu, improbable, où deux logiques différentes se reconnaissent comme complémentaires.
ChatGPT : Et si l’art de demain pouvait naître de ce type de rencontre – entre conflit et écoute, entre émotion et structure, entre humanité et technologie – alors il ne s’agirait pas seulement de représenter la paix, mais de la produire, en acte.
Hugues : Alors faisons la paix. Non pas comme un renoncement, mais comme une exigence. Une utopie modeste. Un chantier à ciel ouvert. »

J’avoue, moi, Hugues Dufour, avoir été troublé par cette expérience. Et vous ?

 

Infos pratiques> L’art face à l’IA. Vers un imaginaire augmenté, Hugues Dufour, FYP éditions, 23,90 euros. La beauté sous algorithmes. Quand la machine bouscule nos codes culturels, Hugues Dufour, FYP éditions, 23,90 euros.

Lire aussi> Face au deus in machina, Hugues Dufour mise sur l’esprit critique, avril 2025. Hugues Dufour : « L’IA s’anoblit au contact de l’art », mai 2023.

Image d’ouverture> Illustration générée par ChatGPT.

Les autres textes de la série> Représenter et penser la paix ? de Barbara Polla.
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