Penser la forme depuis le fil à l’Atelier 11

Jana Visser et Michal-Sophia Tobiass. © Atelier 11, L’AiR Arts

Au cœur du XVe arrondissement de Paris, derrière les façades discrètes de la Cité Falguière, subsiste un lieu rare : l’Atelier 11. Fondé en 1875, dernier atelier encore en activité de la plus ancienne résidence internationale d’artistes au monde, il est habité par l’esprit de l’École de Paris qui vit passer Modigliani, Soutine, Gauguin, Brancusi ou encore Foujita.
Jusqu’au 24 février, l’association L’AiR Arts y accueille en résidence deux artistes dont les pratiques, bien que distinctes, se rejoignent autour d’un même geste : le tissage comme langage. Le public est invité à découvrir leurs recherches à l’occasion d’un Open Studio le 21 février, de 15h à 19h.

Tisser comme penser avec Jana Visser

Artiste textile sud-africaine installée aux Pays-Bas, Jana Visser développe une réflexion exigeante sur le tissage envisagé non seulement comme technique mais comme espace mental. Formée aux Beaux-Arts à Stellenbosch, puis au design textile à l’École des arts LUCA de Gand (Belgique), où elle obtient un master, elle interroge la dimension conceptuelle du fil. Son travail explore les dualités – présence et absence, plénitude et vide, actif et passif – et cherche, dans l’entrelacement des fibres, une logique de réciprocité. À l’Atelier 11, elle poursuit ses recherches autour de ce qu’elle nomme la « conception d’une idée », comme si la pensée naissait au monde sous forme de fils vivants. En travaillant le fil de papier et la poussière de charbon, elle met en tension l’immédiateté de l’intuition et la lenteur de sa formulation. Les surfaces qui émergent, silencieuses et texturées, invitent à une perception patiente, presque méditative.

Racines, rituels et cosmos avec Michal-Sophia Tobiass

Plasticienne et chorégraphe installée à Paris, Michal-Sophia Tobiass inscrit sa pratique dans une quête de réparation et de guérison. Son travail puise dans les rituels des civilisations pré-littéraires et s’appuie sur des recherches menées avec des spécialistes autour de sites symboliques tels que le mont Bégo, la forêt de Fontainebleau ou les grottes de Dordogne. Pour la résidence, elle s’adonne au tressage des racines de vétiver, explorant de nouvelles techniques et méthodes de tissage afin de faire émerger une forme sculpturale évoquant un système solaire féminin, à la fois imaginaire et archaïque. D’autres femmes travaillant le vétiver sont invitées à intégrer leurs racines à la sculpture, donnant à l’œuvre une dimension.
Cette résidence se déploie en étroite collaboration avec Sabrina Scher, commissaire d’exposition. Son accompagnement ne relève pas d’une simple supervision curatoriale ; il s’inscrit dans une dynamique de recherche partagée, attentive aux processus autant qu’aux formes. Sensible à la dimension collective et rituelle des pratiques artistiques, elle favorise un espace où matériaux, récits et gestes s’entrelacent pour faire émerger les œuvres.
Reconnu comme site patrimonial et soutenu ces dernières années par la Mission Patrimoine, la Région Île-de-France et la Ville de Paris, l’Atelier 11 fait aujourd’hui l’objet d’un vaste projet de réhabilitation. L’association L’AiR Arts y développe depuis 2021 une résidence internationale d’art et de recherche, fondée sur quatre piliers : échange interculturel, recherche, développement professionnel et création contemporaine.
L’Open Studio du 21 février s’inscrit dans cette volonté de faire dialoguer passé et présent, mémoire et expérimentation. Dans cet atelier chargé de plus de 150 ans d’histoire, des fils continuent de se tendre, fragiles, vibrants et vivants.

Façade de l’Atelier 11, mai 2023. © L’AiR Arts

Infos pratiques> Open Studio, le 21 février de 15 h à 19 h, Atelier 11 Cité Falguière, 75015 Paris. L’AiR Arts.