Ad Ultimam ou l’inexorable disparition

Ad Ultimam signifie en latin « jusqu’à l’extrême limite ». Titre de la série présentée par Jean-Guy Lathuilière, l’expression rend compte d’une altération qui mène progressivement à l’effacement, à la perte. Cette méditation sur la disparition est publiée dans le cadre du partenariat d’ArtsHebdoMédias entretient avec TK-21-La Revue.

Des portraits, frontaux, presque calmes, apparaissent d’abord comme des visages familiers. Mais l’effritement les gagne, la lumière se fragmente, les contours se dissolvent, les traits se perdent dans une lente dégradation de matière et de temps. Chaque image semble retenir un instant qui déjà se retire.
La série Ad Ultimam explore ce point fragile où l’identité cesse d’être stable. Les visages ne disparaissent pas brutalement, ils se transforment, pixel après pixel, couche après couche, comme si la mémoire elle-même se désagrégeait. Les regards deviennent flous, les peaux se fragmentent, et les figures glissent vers une forme d’abstraction.

Série Ad Ultimam, Anno Dei MCMXCII. © Jean-Guy Lathuilière

Ce processus n’est pas une destruction mais une transition. Les portraits se déplacent du reconnaissable vers l’indéterminé, du vivant vers une trace. L’image devient alors un lieu de passage : entre présence et absence, entre souvenir et oubli.
À mesure que la série progresse, le spectateur assiste à une forme d’érosion silencieuse, l’identité se dissout, se disperse dans la texture de l’image, comme si le temps, patient et inévitable, travaillait la surface même des visages. Ce qui subsiste n’est plus un portrait reconnaissable, mais une mémoire visuelle, presque fantomatique. Les figures se transforment en signes : fragments de peau, ombres de regards, vestiges de l’humain. La photographie, traditionnellement conçue pour lutter contre l’oubli, révèle ici sa limite : elle ne peut que ralentir l’effacement, jamais l’empêcher.

Série Ad Ultimam, Anno Dei MCMXCII. © Jean-Guy Lathuilière

Ad Ultimam ne montre pas seulement des visages qui disparaissent. Elle révèle ce qui reste lorsque la figure s’efface : une empreinte, une vibration, la mémoire fragile d’avoir été là.

Lire la suite de l’article sur le site de notre partenaire TK-21.

Plus d’infos> Site de Jean-Guy Lathuilière

Image d’ouverture> Série Ad Ultimam, Anno Dei MCMXCII. © Jean-Guy Lathuilière