À l’occasion de son dixième anniversaire, De Mains De Maîtres Luxembourg s’invite pour la première fois à Venise, alors que la Biennale d’art est encore à l’affiche jusqu’au 22 novembre. Présentée à la Casa Sanlorenzo dans le cadre d’Homo Faber 2026, Fiat Lux réunit 27 artisans d’art et une soixantaine d’œuvres. Sous le commissariat de Jean-Marc Dimanche, la lumière y révèle autant la matière que le geste qui la façonne. Une manière d’affirmer, face à la reproductibilité chère à notre époque, la singularité de la main et le temps nécessaire à la création.
À Venise, la lumière est. Réfléchie par l’eau, fragmentée par les façades des palais, absorbée par les ruelles, elle transforme continûment la perception de la Cité des Doges. Difficile d’imaginer meilleur territoire pour Fiat Lux, l’exposition conçue par Jean-Marc Dimanche pour De Mains De Maîtres Luxembourg. Présentée jusqu’au 30 septembre à la Casa Sanlorenzo, elle réunit 27 artisans d’art autour d’un élément qui, loin de constituer un simple thème, devient un véritable outil de lecture.
L’événement possède une résonance particulière. De Mains De Maîtres Luxembourg fête cette année ses dix ans et franchit pour la première fois les frontières du Grand-Duché. Cette ouverture internationale intervient alors que la quatrième édition d’Homo Faber, placée sous la direction artistique d’Es Devlin, fait elle aussi de la lumière son fil conducteur. Intitulée An Island of Light, la manifestation investit la Fondazione Giorgio Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore, avec quinze installations consacrées aux relations entre lumière, matière et main de l’homme.

Avec Fiat Lux, Jean-Marc Dimanche déplace cependant légèrement la perspective. Ce qui importe n’est pas seulement ce que la lumière éclaire, mais ce qu’elle permet de comprendre de l’objet et de sa fabrication. « Les œuvres que nous avons choisi d’exposer revendiquent le geste comme un acte de résistance », affirme le commissaire. Face à l’automatisation et à une reproductibilité potentiellement infinie, ce dernier revendique singularité, défauts et lenteur d’élaboration. La lumière devient alors critique. Elle révèle les tensions et les aspérités de l’objet autant que les zones d’ombre qui en préservent le mystère.
Verre soufflé ou fondu, céramique, porcelaine, albâtre, bois tourné, marqueterie, feutre, broderie, vannerie de paille, papier mâché, macramé, tissage ou crochet composent ainsi un cabinet de curiosités contemporain où la virtuosité ne cherche jamais à faire oublier la matière. Au contraire. Chaque pièce conserve quelque chose de sa fabrication, du temps passé à transformer, assembler, modeler ou tresser. Même les matériaux les plus ordinaires peuvent entrer dans ce jeu : Charlotte Payet, par exemple, tisse des bouteilles en plastique recyclées, modifiant par l’attention et le temps de la main notre perception de cette matière industrielle.
Certaines œuvres nouent avec Venise un dialogue plus intime encore. Marie-Isabelle Callier s’est intéressée aux arbres invisibles qui soutiennent la cité. Ses kakemonos de papier ciré évoquent les milliers de pilotis enfouis sous la ville comme une immense « forêt inversée ». Ils convoquent le komorebi, mot japonais désignant la lumière du soleil qui traverse les feuillages et fait naître leurs ombres. Une œuvre entre mémoire et apparition. L’artiste poursuit cette plongée avec un diorama inspiré des Tegnue di Chioggia, formations de roches calcaires immergées dans l’Adriatique, qui abritent flore et faune préservée. Surgit alors tout un monde organique aux tonalités de rouge vénitien.

Chez Yanis Miltgen, la lumière retrouve plus directement la dimension originelle évoquée par le titre de l’exposition. Textile, broderie, crochet et maille donnent naissance à des formes végétales entièrement réalisées à la main. Feuilles, mousses et fleurs semblent croître dans l’espace tandis qu’une fois encore le temps patient de leur fabrication demeure perceptible. Herbarum Liber, Les Éthérées ou Scriptura Florens ne reproduisent pas la nature mais en dévoilent la capacité à faire lentement apparaître une forme. La céramiste Ellen van der Woude travaille elle aussi cette frontière entre immobilité et mouvement. Ses sculptures semblent prises dans un processus inexorable de croissance. Leurs plis et leurs courbes font montre d’une telle fluidité que notre œil s’amuse à y reconnaître tantôt des formes végétales, tantôt d’étranges êtres tout droit sortis de l’océan.

À travers l’ensemble des œuvres présentées, Fiat Lux défend une conception très affirmée des métiers d’art. Il ne s’agit ni de célébrer nostalgiquement des techniques anciennes ni d’opposer la main à la technologie, mais de rappeler ce que le geste introduit d’irréductible dans la fabrication d’un objet : du temps, de l’expérience et parfois de l’inattendu. À Venise, où la lumière transforme tout, elle rend visible la présence de la main derrière la matière.

Infos pratiques> Fiat Lux jusqu’au 30 septembre 2026, Casa Sanlorenzo, 170 Dorsoduro, 30123 Venise, Italie. Entrée gratuite. Ouvert tous les jours de 10h à 19h.
Image d’ouverture> Vue de l’exposition Fiat Lux, Casa Sanlorenzo. A gauche devant les fenêtres, Komorebi – La Majesté des arbres de Marie-Isabelle Callier. © Photo Massimo Pistore, Circuit

