Bill Viola en partage

Bill Viola, Auportrait, 2013. Galerie des Offices, Florence, Italie. © Photo MLD

Disparu le 12 juillet 2024, Bill Viola laisse une œuvre qui a profondément transformé la manière de penser les relations entre image, temps, espace et perception. Afin de prolonger cette réflexion, un ouvrage collectif, Tribute to Bill Viola, paraîtra en 2027 aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre, dans la collection « Arts dans la mondialisation » dirigée par Myriam Odile Blin. Coordonné par l’enseignant-chercheur (Université Côte d’Azur) Marcin Sobieszczanski, il réunira chercheurs, critiques d’art, artistes et théoriciens à propos de l’influence de l’artiste américain et de sa postérité. Les personnes souhaitant participer sont invitées à répondre à l’appel à contributions reproduit ci-dessous. Les notes d’intention sont attendues avant le 31 août 2026.

Introduction

Figure majeure de l’art vidéo, Bill Viola (1951-2024) a développé durant 50 ans une œuvre qui sollicite non seulement la vision du spectateur mais son corps tout entier. Depuis les années 1970, Bill Viola a su redéfinir les relations entre image, son, espace et perception. A la croisée de la technologie et de la spiritualité, son œuvre convoque une esthétique du ralentissement, de l’intensité sensorielle, de la traversée intérieure. Elle invite à repenser les modalités de l’attention, la présence corporelle face à l’image, et les potentialités de l’immersion comme expérience artistique, cognitive, émotionnelle et mystique.
S’inscrivant dans une tradition à la fois picturale et technologique, il a conçu des environnements sensoriels où l’image en mouvement devient expérience de présence. Loin d’un simple visionnage frontal, ses montages – vastes projections, dispositifs enveloppants, jeux d’échelle et de lumière – placent le spectateur dans une position d’écoute intérieure, de contemplation active, parfois de malaise.
La lenteur extrême, la monumentalité, la présence des éléments naturels (eau air, feu) ont un effet hypnotique. Chez Viola, l’image est un seuil, sorte de membrane poreuse entre visible et invisible, entre vie et mort, entre matérialité et spiritualité. Son œuvre repense le rapport au temps, à l’éveil, à la souffrance. Autant plastique que mentale, l’immersion orchestrée par l’artiste dissout les frontières entre l’image et le monde, l’œuvre et le regardeur.
Nombre de ses installations, comme The Crossing (1996), Five Angels for the Millennium (2001) ou Martyrs (2014), fonctionnent comme des rites de passage. Elles invitent à une traversée intérieure, soumettent les corps aux éléments, pénètrent le visible par le silence. L’immersion est alors un médium spirituel et critique, qui engage une redéfinition des modes de perception à l’ère numérique.

A propos de Bill Viola

Pionnier nord-américain de l’art vidéo, Bill Viola a réalisé à partir des années 1970 des vidéos monocanales, des installations, des musiques électroniques, des performances, des environnements sonores et des œuvres pour des émissions de télévision. Plongé d’abord dans la tradition spirituelle du Zen, notamment sous l’influence du maître Daien Tanaka, son art accueille également des apports du bouddhisme, du soufisme et du mysticisme chrétien.
Sur le plan conceptuel, c’est la théorie de la communication de Marshall McLuhan qui inspire son approche théorique dès le début des années 1970. Mais à partir de la série des pièces sonores et visuelles Red Tape conçues en 1975, l’artiste conscientise et théorise la sphère cognitive s’intéressant à la perception individuelle, non comme une expérience intimiste mais en tant que paradigme fondateur de tout savoir. C’est à travers elle que Bill Viola examine ensuite les expériences humaines universelles.
Il comprend alors que sur le plan de la création artistique, la conscience du dessein humain est formatée aussi bien par l’art oriental qu’occidental, deux affluents esthétiques d’un même fleuve que Viola explore en profondeur. Pour lui, les figures narratives correspondent à la structure du monde perçu, aux sutures du phénomène fluide, l’unité de base de l’information puisée dans l’expérience perceptive. Par conséquent, les schèmes narratifs ont un pouvoir de transcendance et façonnent, tels des reflux centrifuges de la conscience, ce qui est censé parvenir du monde vers l’individu et vers les sociétés.
Ses installations ne se contentent pas de représenter mais orchestrent une rencontre entre le temps, l’espace, les éléments naturels et les arcanes de la psyché humaine. Trouver les technologies capables de soutenir la dynamique complexe des gestes créateurs – gestes qui articulent le percept et le récit, le flux entrant de sensations et le flux sortant d’images – constitue l’un des axes majeurs de la recherche esthétique de Bill Viola. À travers cette quête, menée avec un enthousiasme contagieux, il a su fédérer autour de lui ingénieurs, penseurs et techniciens, mobilisant leur savoir-faire au service d’une œuvre exigeante.

Hommages déjà rendus

Peu de temps après la mort de l’artiste, survenue en juillet 2024, plusieurs institutions ont proposé différentes formes d’hommage : The Museum of Modern Art (MoMA, New York), The Whitney Museum of American Art (New York), Joslyn Art Museum (Omaha, Nebraska), The Indianapolis Museum of Art (Indiana), James Cohan Gallery (New York), The Fondation Giverny (Montréal), l’Opéra national de Paris, Heure Exquise, Syracuse University, St Paul’s Cathedral (London), La Trobe University (Melbourne).
Des articles sont également parus dans la presse : Frieze, The Art Newspaper, Fisheye Immersive, The Guardian, The Telegraph, Apollo Magazine.
En juillet 2025,  Kira Perov, l’épouse et collaboratrice de l’artiste, avec Marek Żydowicz, co-curateur et Bobby Jablonski, designer de Bill Viola Studio, ont organisé pour « Energa CAMERIMAGE festival » une rétrospective « Bill Viola in Toruń: an exhibition that moves the soul ».

Projet éditorial

Dans le cadre d’un hommage consacré à Bill Viola, nous lançons un appel à contributions afin de constituer un ouvrage original portant sur l’influence de l’artiste et sur sa postérité. Publication collective, sous la direction de Marcin Sobieszczanski, prévue pour 2027.

Contributeurs> Théoriciens, chercheurs, critiques d’art, artistes…
Langues de soumission> Français ou anglais
Format> Les participants ont le choix entre deux formats :

Option 1 : un texte de 15 000 à 25 000 signes (espaces compris) accompagné d’images libres de droits (maximum 5). Pour les images, une autorisation de reproduction devra être remise par l’auteur à l’éditeur (un modèle sera fourni). Il est attendu des auteurs-trices un texte d’analyse explorant l’impact de l’œuvre de Bill Viola dans leur domaine d’expertise (histoire ou théorie de l’art, esthétique, sciences cognitives, ingénierie de l’image, etc.).

Option 2 : un format libre. Lettre ouverte, témoignage, poésie, portfolio commenté (jusqu’à 6 images maximum) ou autre. Toutes les images doivent être libres de droits de reproduction. Une autorisation de publication devra être remise par l’auteur à l’éditeur (un modèle sera fourni). Il est attendu des auteurs-trices un témoignage personnel ou réflexif sur l’influence de l’œuvre de Bill Viola dans leur propre démarche créative.

Les notes d’intention> Titre + résumé de 1 500 signes maximum, accompagnés d’une courte biographie sont à envoyer à Marcin Sobieszczanski (Marcin.SOBIESZCZANSKI@univ-cotedazur.fr).

Date limite pour les notes d’intention> 31 août 2026.

Date limite pour les contributions complètes> 31 décembre 2026.

Rédaction académique> Marcin Sobieszczanski est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Côte d’Azur habilité à diriger des recherches (HDR). Il est impliqué depuis la fin des années 1980 dans la vie artistique de plusieurs pays européens ainsi qu’au Canada. Membre de l’AICA, il développe une activité en tant que critique d’art et organisateur d’expositions. Il dirige le Master Media Design à l’Université Côte d’Azur et mène des recherches sur l’évolution des technologies créatives, notamment dans le cadre du projet REBOOT Europe Horizon 2022. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, entre autres sur l’approche cognitive et épigénétique des arts et de la culture, sur les technologies immersives et sur la spatialisation.

Comité scientifique> Andréa Pinotti est professeur d’esthétique, de la représentation et de la théorie de l’image à l’Université de Milan. Il a été chercheur invité à l’Italian Academy for Advanced Studies de l’Université Columbia de New York, à l’EHESS, à la FMSH, à l’Institut Warburg de Londres et au ZfL de Berlin ainsi que professeur invité à l’Université Jean-Moulin Lyon 3 et directeur de programme au Collège international de philosophie de Paris, de 2010 à 2016. Parmi ses publications, on compte : Estetica della pittura (2007), Cultura visuale. Immagini sguardi media dispositivi (en collaboration avec A. Somaini, 2016) et L’empathie. Histoire d’une idée de Platon au posthumain (2016).
Matteo Treleani est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Côte d’Azur habilité à diriger des recherches (HDR). Sémioticien et analyste des médias, il est titulaire d’un doctorat en histoire et sémiologie des textes et de l’image de l’Université Paris Diderot (2012), financé par l’Institut national de l’audiovisuel (convention CIFRE) et dirigé par Bruno Bachimont et Marc Vernet. Il est diplômé en sémiotique de l’Université de Bologne depuis 2007. Ses recherches portent principalement sur l’utilisation et la numérisation du patrimoine audiovisuel. Il a été chargé de cours à Paris Est, à la Sorbonne Nouvelle, à l’Université du Luxembourg et à Sciences Po. Il a été maître de conférences à l’Université de Lille et professeur invité à l’Université de Turin (2022), à l’Université catholique de Milan (2023) et à l’Université de Montréal (2025).
Céline Masoni est maitresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Côte d’Azur, rédactrice en chef de la revue (In)Disciplines, membre du comité de rédaction de la revue Cahiers de Narratologie et co-fondatrice de l’ORC Observatoire du récit Criminel / Osservatorio del Racconto Criminale.
Michaël La Chance est professeur de théorie esthétique à l’Université du Québec à Chicoutimi. Chercheur CELAT, membre de la rédaction de la revue Inter art actuel, il a reçu un prix d’excellence de la critique 2015 décerné par la SODEP. Il a publié sept recueils de poésie et autant de proses : dont récemment L’archè-originaire, Triptyque 2009 (finaliste prix de poésie de l’Académie des lettres 2010) ; Épisodies, La Peuplade, 2014 (Prix Ringuet de l’Académie des lettres 2015) et Crapaudines, Triptyque, 2015 (Mention d’excellence des Écrivains francophones d’Amérique).

Éditrice> Myriam Odile Blin est sociologue de l’art habilitée à diriger des recherches (HDR) en sciences de la communication, membre du laboratoire MICA, Université Bordeaux Montaigne, directrice de la collection « Arts dans la mondialisation » aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre (PURH).