La récente parution du livre Juger les mots, signé par la juriste et linguiste Anna Arzoumanov, relance la réflexion sur les limites de la liberté d’expression. L’autrice interroge à cette occasion le sentiment, de plus en plus répandu, selon lequel « on ne pourrait plus rien dire ». Dans un espace de parole élargi par les réseaux sociaux, des voix longtemps marginalisées accèdent enfin à la sphère publique. Certains y voient pourtant un recul de leur propre liberté d’expression, dénonçant une censure déguisée. C’est notamment l’un des arguments avancés par les soutiens de Marine Le Pen après sa récente condamnation à cinq ans d’inéligibilité le 31 mars.
En décortiquant les mécanismes judiciaires du « tribunal des mots », Arzoumanov met en lumière les logiques qui gouvernent les usages de la parole publique. Dans la continuité de cette démarche, la juriste dialoguera le 22 mai à la médiathèque Marguerite Duras (Paris) avec le sociologue Arnaud Esquerre du fragile équilibre entre protection du débat démocratique et nécessité de prévenir les atteintes aux droits des groupes ou individus.
Ce questionnement épineux prend un relief particulier dans le contexte actuel. Aux États-Unis, l’administration Trump s’attaque tout aussi bien aux mots assimilés à la pensée woke qu’à l’USAGM, un organisme clé du paysage médiatique international pour l’accès à une information équilibrée et vérifiée. La presse indépendante, déjà sous pression au niveau mondial, risque de s’en trouver fragilisée. Au Burkina Faso, des journalistes sont enrôlés de force par l’armée ; en Algérie, l’ONU vient de qualifier d’arbitraire la détention du journaliste Ihsane El Kadi ; au Soudan, les médias subissent une répression continue dans un contexte de guerre et d’indifférence alarmante. A. L. Visuel > Couverture, Juger les mots, Anna Arzoumanov, Actes Sud, coll. La compagnie des langues, 2025.
Penser et réguler la parole publique à l’heure des tensions

