Laura Caron fait de son corps le lieu de la création, de la mémoire et de la transformation. Réalisés à partir de sang menstruel déposé directement sur le papier, ses dessins accueillent l’aléa autant qu’ils revendiquent un geste conscient de réappropriation. Entre rituel intime et acte artistique, la matière organique devient trace, figure et langage. La série Dé-monstruer et le texte qui l’accompagne sont publiés dans le cadre des festivités textuelles déclarées pour les 17 ans d’ArtsHebdoMédias sur le thème « La matière en sait plus que nous ».
Il s’agirait de faire quelque chose de cette matière perdue, de cette partie de nous qui se désagrège, coule, s’échappe. La matière est détruite puis reconstruite chaque mois, rythmiquement, matière pariétale accueillant le possible, cavités créatrices. Se réapproprier son corps et ses cycles, se défaire des représentations taboues autour des menstruations, dé-monstruer ou affirmer l’état de monstre comme « être fantastique et terrible, créature dont l’apparence, voire le comportement, surprend par son écart avec les normes d’une société. » Trouver fantastique ce qu’on nous disait sale, puis accueillir solennellement et joyeusement le sang. Faire de ce moment, à chaque cycle, ma mémoire et mon matériau. Ce n’est que moi, ma matière et ma chair, ça me rappelle combien je suis organique. Je me réjouis et je vous le dis.
Les formes sont livrées au hasard et s’inscrivent dans une pratique temporelle et rituelle.
Au premier matin de chaque cycle, je laisse le sang couler sur le papier. L’épaisseur du sang, sa quantité et l’orientation de la page déterminent les figures qui se dessinent. Le sang s’éclaircit ou s’assombrit en séchant, il entre dans le papier ou reste à la surface, il est vivant.





Laura Caron vit et travaille à Aubervilliers. Après des études consacrées aux lettres et aux arts de la scène, elle écrit et met en scène sa première pièce « Oui c’est une jolie balançoire » au théâtre Antoine Vitez d’Aix-en-Provence. De 2022 à 2026, elle est l’assistante de Valère Novarina. Elle conçoit des expositions et des performances avec la maison LÀLÉ fondée en 2022 aux côtés de l’artiste Léa Merlhiot. Sous l’alias Nora Clau, elle donne des lectures musicales et sort un album de poésie sonore sur le label Antimateria sonora avec le compositeur ORORA. En 2026, elle publie son premier recueil de textes : « La route est longue avant le jour ».
Image d’ouverture> Trois dessins de la série Dé-monstruer, de gauche à droite, octobre 2024, septembre 2024 et octobre 2023. © Laura Caron
Les autres textes de la série>
Entrer en matière avec Valère Novarina de Marie-Laure Desjardins
Poétique de la corde raide de Nathalie Delprat
Ce que la matière prépare de Fabien Zocco

