Regarder au présent avec Sarkis

Nathalie Obadia accueille actuellement Sarkis dans sa galerie parisienne de la rue du Bourg-Tibourg. Après les expositions Il Grido, en 2016 à Bruxelles – imaginée en hommage au film éponyme de Michelangelo Antonioni et autour du Cri d’Edvard Munch –, et Intérieurs, en 2018 à Paris – conçue comme une conversation avec la peinture d’Eugène Leroy –, Vitraux Mobiles met en lumière une part spécifique de l’œuvre de l’artiste née de la technique du vitrail. Au mur, une soixantaine de pièces forment une seule et unique installation orchestrée par leur créateur. A découvrir jusqu’au 21 décembre.

Vue de l’exposition Les Vitraux Mobiles de Sarkis à la galerie Nathalie Obadia, Sarkis, 2019.

La nuit plonge par la verrière et auréole l’installation d’une lumière bleue d’automne. Au mur, une soixantaine d’images font face à un cercle de verre marqué d’empreintes dorées surmontant un banc simple en bois recouvert de feuilles d’or. Sarkis a l’art des mises en scène ésotériques. Placé devant l’assise, sans toutefois oser s’asseoir, le visiteur s’abîme dans la contemplation de cette proposition unique pensée pour faire corps et sens avec le lieu. A force de regard, la relation s’établit et le voyage commence. Les vitraux créés indépendamment les uns des autres forment désormais un tout prenant en compte leur singularité. Les images scindées par la main de l’artiste ont été réassemblées par celle d’un maître verrier. Le métal les traverse comme une cicatrice rhizomique. Le plomb innerve le monde, l’or l’illumine. C’est au début des années 2000 que Sarkis associe la technique du vitrail, très prisée à l’époque médiévale, à des prises de vue contemporaines réalisées pour la plupart par lui. Elles agissent dès lors comme des flashs mémoriels aux évocations universelles.
Unies par le mot allemand « kriegsschatz » (trésor de guerre), les pièces tissent un réseau inépuisable de liens, qui explorent tant l’histoire de l’art que l’actualité des villes, donnent à voir des objets de culte ancien comme des effigies contemporaines. Dans la galerie, le Christ, la déesse mère, des héros de science-fiction côtoient des paysages comme des scènes de rue, établissent des ponts entre les géographies, les époques, les styles… Un foisonnement saisi et maîtrisé par une même esthétique. Cohérence d’un art ouvert. Le visage d’une danseuse indienne vient secouer la mémoire et voilà que se fait entendre le souvenir du chant choral des 72 vitraux installés en 2012 dans des chambres de bonnes désaffectées du château de Chaumont-sur-Loire. L’œil se souvient de l’ardente lumière de midi réchauffant des cerisiers en fleurs et l’architecture caractéristique d’un temple hindouiste. Plus loin, un arc-en-ciel le transporte à Venise. C’était en 2015 pour le pavillon de la Turquie à la Biennale ; l’artiste en avait imaginé deux face-à-face se reflétant dans deux immenses miroirs diffusant le vert, le jaune, le rouge… et teintant jusqu’à l’air.
En convoquant nos souvenirs, Sarkis les renouvelle. Ses images traversées de lumière et tenues par le plomb semblent restaurées comme quand l’artiste utilise la technique du kintsugi pour réparer un objet. Son travail invite sans cesse d’autres techniques, d’autres artistes à s’exprimer. Une silhouette s’avance. Christian Boltanski salue Sarkis. Peut-être pense-t-il encore à l’invitation lancée par son aîné, en 1970, à exposer avec lui au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Dans l’espace de la galerie Nathalie Obadia, les vitraux, en s’associant, enrichissent le langage de l’œuvre, tandis que le présent offre aux images une lecture renouvelée. Un showroom à l’écart accueille deux autres invités de marque : Vermeer et Cézanne. Trente-cinq photographies, à manipuler avec délicatesse et attention, proposent les rapprochements imaginés par l’artiste entre les deux maîtres de la peinture. Sarkis ne cache jamais ses amours. Il les exprime.

Contacts

Les Vitraux Mobiles de Sarkis, jusqu’au 21 décembre, galerie Nathalie Obadia, 18, rue du Bourg-Tibourg, 75004 Paris. Le site de l’artiste : www.sarkis.fr

Crédits photos

Image d’ouverture : Vue de l’exposition Les Vitraux Mobiles de Sarkis à la galerie Nathalie Obadia © Sarkis, photo MLD – L’étude Vermeer-Cézanne © , photo MLD – Toutes les autres photos sont des détails de l’exposition Les Vitraux Mobiles de Sarkis et sont créditées © Sarkis, photo MLD courtesy galerie Nathalie Obadia