Villa Noailles : un festival peut en cacher un autre !

Matriphagie de Noémie Ninot, lauréat du Grand prix du jury Photographie, du 40 ème festival international de mode, de photographie et d’accessoires  DR © Noémie Ninot

Derniers jours pour découvrir les expositions de la 40e édition du Festival international de mode, de photographie et d’accessoires qui s’est tenu à Hyères du 16 au 18 octobre 2025, et déjà les acteurs de la Villa Noailles lancent le (r)appel à candidature – jusqu’au 1/02/2026 – pour Design Parade, un autre festival international de la jeune création qui lui-même compte double avec cette année à la clef en juin, les 20 ans du concours du design d’objet et les 10 ans du concours d’architecture d’intérieur en capsule à découvrir en juin à  Hyères et en orbite dans différents lieux partenaires à Toulon !

Cette année, le grand prix du jury de la mode, doté de 20 000 euros par la maison Chanel, fut décerné à Lucas Emilio Brunner (Chili/Suisse) pour sa collection homme, A bout de souffle !, réalisée à partir de la matière élastique dont sont fait les ballons de baudruche. Hommage involontaire à Godard qui tournait dans la baie de Hyères « Pierrot le fou » ou pied de nez par synchronicité, à la démesure des dépenses qui furent reprochées au fondateur du festival, aussi cruellement que sagement écarté – pour d’autres raisons encore non élucidées –  des célébrations anniversaires d’un festival qu’il avait pourtant fondé 40 ans plus tôt ?  Toujours est-il que la symbolique du défilé de Lucas Emilio Brunner, porté par de jeunes mannequins issus d’une diversité salvatrice, drapés dans d’élégantes tenues façonnées à partir de la matière dégonflée, déambulant sur la bande son pour le moins déconcertante du chanteur français Serge Lama : « je n’ai pas eu de ballons rouges dans ces provinces où rien de bouge… », résonna dans le cœur des professionnels et du public, comme la déflagration d’une bombe à eau dans un salon de thé : un crève-cœur d’ironie, d’empathie gênée, de justesse engagée, bref un acte d’une puissance émotionnelle partagée à vous couper le souffle, que peu de projets ou d’expositions d’art contemporain bien lissés de nos jours n’arrivent à produire.

Le grand prix du jury « accessoires de mode » fut décerné à Amaury Darras (France) pour Essences, une collection réalisée à partir de matériaux naturels tels que des sabots de bois, dont l’exigence de la marqueterie embrasse le classicisme écologique dans un retournement pour le moins cynique – assumé ou juste dans l’air du temps ? – transformant la galoche du gueux en pompe du VIP. Le jeune styliste fut récompensé d’une enveloppe de 20 000 euros pourvue par Les Métiers d’art à investir dans un nouveau projet de collaboration à découvrir l’année prochaine, dans les élégantes vitrines de la Villa, aux côtés d’une paire de gants développée avec la maison Hermès, par Luisa Olivera également lauréate d’un prix similaire offert par la marque dédiée à l’artisanat d’art.

Quant au festival de la « jeune » photographie, fondé dans le sillage de la mode dix ans plus tard avec pour but de stimuler celle-ci par de l’image documentaire, c’est Noémie Ninot diplômée de l’école Duperré en Mode et image, puis d’un master à L’Ensad qui remporta le Grand prix du jury 7L Chanel, doté de 20 000 euros, pour la réalisation d’une belle édition à la clef : sa série « Matriphagie » est troublante ; le titre renvoie à une forme de cannibalisme, généralement observé au cours des premières semaines de vie chez certains insectes, vers ou arachnides, lorsque la mère est consommée par sa progéniture.  Pour la lauréate qui met en scène des petites filles au regard triste, voire désabusé, déguisées selon la projection fantasmée de leur vie d’adulte,  il s’agit clairement d’un sacrifice maternel. Noémie Ninot a rencontré et questionné des fillettes entre 4 et 11 ans sur la beauté, sur le genre et puis sur la façon dont « elles se perçoivent aujourd’hui et se projettent dans leur vie d’adulte », puis elle leur a demandé de se dessiner. Maquillées par une amie de l’artiste, habillée avec des parures qu’elles ont choisies avec elle mais légèrement décalées – tirant d’avantage vers le « réel désenchanté » que le « sublimé princesse » –  près d’une vingtaine d’enfants ont posé devant la caméra de Noémie Ninot depuis 2021 qui travaille actullement  sur de nouvelles prospections à l’esthétique tout aussi étrange, entre sociologie féministe et plasticités documentaires.

De cette belle édition du festival  quelque peu ternie par le rattrapage du réel, on soulignera c’est dommage, que l’exposition des dix lauréats photos – en principe déployée dans tous les sous-sols de la Villa, fut dans la précipitation du changement de direction, cette année concentrée dans la salle de squash  : une vision panoptique resserrée qui montre – c’est peut-être là son seul avantage – la qualité et la force des neuf autres projets proposés par les jeunes talents internationaux sélectionnés.

Informations pratiques > 47 Montée Noailles, du 22 octobre 2025 au 1er février 2026 . Ouvert du mercredi au dimanche de 13h à 18h
Visites guidées à 15h tous les jours d’ouverture
entrée payante Pour prendre vos tickets, cliquez ici 👈