Sebastião Salgado : l’œuvre de vie d’une famille humaniste

Sebastião Salgado, c’est un demi siècle d’une photographie d’art et de reportage portée sur les populations les plus humbles et  les problèmes environnementaux qui les menacent autant que sur notre planète. Or, c’est avec une grande tristesse que nous apprenions vendredi 23 mai, le décès de cette figure majeure de la photographie humaniste. Un hommage lui fut rendu samedi dernier à Église du Sacré-Cœur à Reims* en présence de sa famille, son épouse Lélia, ses fils Juliano et Rodrigo, ainsi que ses petits-enfants Flávio et Nara. Pendant plus de cinq décennies, Sebastião Salgado, a construit, avec son inséparable compagne Lélia Wanick Salgado, une œuvre photographique époustouflante  dont l’exposition est visible jusqu’au 1er juin aux Franciscaines, à Deauville.

Sebastião Salgado Périphérie de Guatemala Ciudad, Guatemala, 1978 Collection MEP, Paris. Don de l’auteur en 1998 © Sebastião Salgado

Né le 8 février 1944 d’un père éleveur, propriétaire terrien d’origine portugaise, et d’une mère dont la famille juive ukrainienne s’était installée au Brésil, à la fin du XIXe siècle, Sebastião Ribeiro Salgado est le seul garçon d’une famille de huit enfants. Il obtient une maîtrise d’économie et d’économétrie à l’Université de São Paulo, malheureusement son militantisme au sein des Jeunesses communistes le contraint à fuir, avec son épouse Lélia, la dictature brésilienne en 1969. Il ne retrouvera son pays qu’en 1979 après l’amnistie politique. Avec Lélia, il a créé l’Instituto Terra, une organisation de reforestation à Aimorés, dans l’État du Minas Gerais (Brésil), qui a planté à ce jour plus de trois millions d’arbres. À travers l’objectif de son appareil, Sebastião s’est battu sans relâche pour un monde plus juste, plus humain et plus écologique. Photographe parcourant le monde, il a contracté une forme particulière de malaria en 2010, en Indonésie, dans le cadre de son projet Genesis. Quinze ans plus tard, si les complications de cette maladie se sont transformées en une leucémie sévère, qui a eu raison de lui, son œuvre construite avec Lélia et leurs enfants ne cessera de nourrir nos espoirs d’un monde meilleur.

Les femmes zo’é se teignent le corps avec un fruit rouge, l’urucum ou roucou, village de Towari Ypy, Etat de Pará, Brésil, 2009 / Collection MEP, Paris. Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018 © Sebastião Salgado

L’exposition d’une œuvre photographique magistrale, toujours en noir et blanc, appartenant aux collections de la Maison Européenne de la Photographie, à Paris, est exposée aux Franciscaines à Deauville jusqu’au 1er juin. Emblématique de son travail, elle met en exergue la résistance des peuples et la beauté des femmes et des hommes dans leurs environnements. N’hésitez pas à aller la voir, vous en sortirez grandi(e)s !

Mouvement des paysans sans-terre, Ferme de Cuiabá, État de Sergipe, Brésil, 1996. © Sebastião Salgado

Infos pratiques > Sebastião Salgado, collection de la Mep, du 1er mars au 1er juin 2025, sur un commissariat de Pascal Noël, responsable des collections à la Maison Européenne de la Photographie, Paris. Les Franciscaines, 145 B avenue de la République, 14800 Deauville. Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h30. Contact : 02 61 52 29 20 et www.lesfranciscaines.fr

*L’ exposition Rodrigo, une vie d’artiste est consacrée au travail de son fils Rodrigo Salgado, composée de 16 vitraux conçus à partir des premières créations picturales de Rodrigo (45 ans aujourd’hui, porteur de la trisomie 21) dans l’ancienne église du Sacré-Cœur à Reims, où est exposé l’atelier des maîtres-verriers Simon-Marq, qui les ont réalisés. Du mardi 27 mai au 10 septembre 2025.

Visuel d’ouverture > Manchots à jugulaire sur un iceberg, Îles Sandwich du Sud, 2009 / Collection MEP, Paris. Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018. ©Sebastião Salgado