Résurgences totémiques en mer écossaise

 

© Francesca Piqueras, Photographie, Territoire 12 – cibles de Luce Bay, construites en 1937.

Exposés du 18 février au 31 Mai  2020, à la galerie de l’Europe à Paris, « Les territoires tranquilles » de Francesca Piqueras soulèvent  des émotions paradoxales. Ses clichés de plateformes pétrolières et dispositifs militaires en ruine qui longent les côtes de l’Ecosse, la force tellurique qui s’en dégage dans la lumière photographique, font apparaître ces vestiges laissés à l’abandon comme des totems érigés à la gloire de quelques divinités marines autant qu’ils questionnent la destinée humaine au travers de ses artefacts. Au moment où le Brexit relance le débat sur l’indépendance de l’Ecosse, la photographe, nous invite à faire cap sur ses troublants rivages, dans une exposition désormais en ligne :  les cibles de béton et d’acier de Luce Bay, construites en 1937 pour l’entrainement des bombardiers de la Royal Air Force (cf : l’illustration de l’article) ou encore les barrières anti sous-marins édifiées pendant la Seconde Guerre mondiale face à l’Ile de Cramon, sont autant de mémoires résurgentes des relations d’appartenance du territoire au Royaume-Uni, qu’elles renvoient  à ces pierres levées du mégalithique, visibles à l’intérieur des terres… prolongeant ici par la mer, le mur qu’Hadrien fit édifier pour isoler de l’Empire Romain cette terre de l’antique Calédonie. Fermée  dans le cadre de la crise du covid-19 la galerie a réouvert ses portes le 11 Mai et l’exposition s’en trouve  prolongée jusqu’à la fin du mois.