Prix du design à l’IMA, entre tradition et innovation

Alors que la Paris design week se déroulait du 4 au 14 septembre, à Paris, l’Institut du Monde Arabe célébrait la troisième édition de son Prix du design, une cérémonie qui a rassemblé les lauréats sous l’égide d’un jury d’excellence, empreint de bienveillance. La soirée s’est prolongée par le vernissage d’une exposition offrant au public un dialogue fécond entre héritage artisanal et innovations contemporaines.

Pour cette troisième édition, l’Algérie, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, l’Égypte, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Palestine, le Qatar, la Tunisie sont à l’honneur ! Mercredi 3 septembre, l’IMA accueillait créateurs et délégations du monde arabe pour sa remise de Prix du design récompensant le talent émergent, l’artisanat contemporain, le Prix Impact par l’Arab Bank Switzerland et un(e) architecte ou un(e) designer confirmé(e) pour le Grand Prix récompensant une réalisation exceptionnelle inscrite dans une carrière reconnue.
En ouverture de la cérémonie, Jack Lang, le Président de l’IMA, a rappelé que les enjeux du Prix du design répondent aux missions cardinales de l’Institut : rendre visible la culture arabe parfois encore méconnue et créer des passerelles intellectuelles, économiques et culturelles avec la région concernée. Les co-créateurs du Prix, François Leblanc di Cicilia et Ismail Tazi ont quant à eux indiqué que le nombre des candidatures s’est démultiplié cette année et qu’un nouveau prix a été mis en place, celui de l’artisanat. Chawki Abdelamir, directeur général de l’IMA souligne justement que « le design doit défendre les particularités des cultures en générale et en l’occurrence celles du monde arabe notamment à une époque où les disparités ont tendance à se diluer dans la mondialisation qui a tendance à tout uniformiser ».
Durant cette cérémonie, le public a été invité à voyager à travers des matériaux comme le verre soufflé ou des tissages raffinés, le tout entre tradition et modernité. Cela résonne tel « un message d’espoir », souligne Talel Sahmim, chef du projet Creative Tunisia, car par le prisme de « la créativité et du dialogue entre les cultures, le design peut contribuer à bâtir un avenir plus durable et inclusif ».

Vue de l’exposition, Creative Tunisia. ©Photo ABK

En parallèle du Prix du design, une place particulière a été offerte à Creative Tunisia mettant en relief la richesse de l’artisanat tunisien, dans le but de protéger des savoir-faire vulnérables. Creative Tunisia est un projet soutenu par le programme Tounes Wijhetouna de l’Union Européenne et la Coopération Italienne œuvrant au rayonnement et à la préservation de ce patrimoine en péril. Dans la salle hypostyle, la scénographie déploie les créations de sept designers, parmi lesquelles deux pièces soufflées par Sadika Keskes, artiste engagée et maître-verrier formée à Murano, cheffe de fil d’un courant artistique réunissant environ 200 artistes panafricains.

Sadika Keskes photographiée à l’occasion du Prix du design à l’IMA. ©Photo ABK

Le Prix du talent émergent a été attribué à Bahraini-danish de Bahreïn-Danemark pour Surface!, datant de 2024. Danish est un bureau d’architecture sensible à l’histoire, la culture et l’environnement à travers des projets allant du design d’objets aux bâtiments, en intégrant recherche, écriture et photographie. Leur œuvre Surface!, conçue en résidence à AlUla, est un système modulable de demi-tubes en acier inoxydable, à la fois écran-rideau, mobilier et cloison, qui s’adapte aux contextes pour relier espaces, matériaux et publics.

Vue de l’exposition, Prix du talent émergent. ©Photo ABK

Le prix de l’artisanat contemporain a été attribué à Studio Saffar du Koweït pour Dual Domes, 2022-2025. Fondé par la designer koweïtienne Kawther Alsaffar, Studio Saffar explore le moulage au sable pour créer des œuvres enracinées dans l’artisanat local dessinant une nouvelle définition du luxe. Réalisées grâce à une technique de double coulée, mêlant deux métaux, développée en 2015 par l’artiste, les Dual Domes célèbrent à la fois le savoir-faire artisanal du Moyen-Orient et une économie circulaire reliant plusieurs ateliers et matières premières régionales.
C’est Creative Space Beirut du Liban qui a reçu le Prix de l’impact, par Arab Bank Switzerland. Fondé en 2011 par Caroline Shalala-Simonelli et Sarah Hermez, Creative Space Beirut est une école de mode gratuite qui offre à de jeunes talents issus de milieux défavorisés un programme de trois ans, basé sur le mérite plutôt que sur les moyens financiers. Son approche mêle préservation culturelle, durabilité et impact social, formant une génération de designers arabes à la fois compétents, conscients et responsables.
Et la lauréate du grand Prix est Ala Tannir du Liban pour And from my heart I blow kisses to the sea and houses, datant de 2024. Le Prix du Jury revient à Elias Khuri, architecte palestinien basé à Haïfa, qui explore dans son travail le lien entre architecture, nature et mémoire, en s’inspirant de l’héritage vernaculaire des villages palestiniens. Lauréat du Prix Arabe des Architectes 2022 pour la Maison des Douze Oliviers, il défend une approche éthique préservant le patrimoine naturel et culturel tout en affirmant une identité méditerranéenne et arabe. Architecte et conservatrice basée à Beyrouth, Ala Tannir a travaillé pour des institutions internationales telles que le MoMA, la Biennale de Venise et la Triennale de Milan. Son projet And from my heart I blow kisses to the sea and houses réhabilite une maison côtière des années 1920 en plateforme culturelle, affirmant une résistance face à l’effacement de la mémoire urbaine et aux pressions spéculatives.

Image d’ouverture> Vue de l’exposition, Prix Impact Arab Bank Switzerland. ©Photo ABK