La photophonie : analyse d’une expérience renouvelée

Gilles Bonnet, La Photophonie au musée, Editions Universitaires de Dijon, printemps 2023, 214 pages, 18 €.

Souvenez-vous ! Pour ses dix ans, ArtsHebdoMédias avait été partenaire du Montluçon Art Mobile. L’exposition, dont Marie-Laure Desjardins était la commissaire, présentait des œuvres en lien avec le smartphone ; une série d’articles avaient alors été publiés sur l’évènement. Il n’en fallait pas plus pour s’intéresser au récent ouvrage de Gilles Bonnet, publié aux Éditions universitaires de Dijon : La Photophonie au musée. Nous publions aujourd’hui la recension de l’ouvrage signée Fabrice Thumerel (1), dans le cadre d’un nouveau partenariat avec Libr-critique.com (2). Pour lire la totalité du texte, il vous suffira de cliquer !

Face à l’invasion des musées par des hordes de « stupides touristes » (p. 65) armés de leurs prothèses numériques – comme en leur temps les cow-boys à la conquête de l’Ouest, leur colt au ceinturon –, la posture intellectualiste par excellence est des plus moralisatrices : sauve-qui-peut ! comment ces béotiens osent-ils s’attaquer à ces lieux sacro-saints de la Culture ? La position du chercheur spécialisé dans les interrelations entre numérique et formes artistiques est évidemment tout autre, puisque opposée aux réactions conservatrices : sans craindre de reconsidérer des notions esthétiques fondamentales, voire d’aller à l’encontre des antinomies savant / populaire ou légitime / illégitime, et s’appuyant sur d’illustres penseurs de la modernité (Barthes, Derrida, Foucault, Genette, Perec, Rancière, ou encore Ricœur), mais aussi des travaux plus récents de mobile studies et digital humanities, Gilles Bonnet adopte une démarche pragmatique pour saisir sous ses multiples facettes un phénomène qu’on peut en effet qualifier de révolutionnaire, l’irruption de la photophonie dans les musées, c’est-à-dire des pratiques nouvelles de la photographie qu’a permises l’invention du smartphone.
Il faut dire que, par la multiplication des produits dérivés et la reproduction illimitée sur le net des objets d’art, l’institution ne s’est pas facilité la tâche pour prolonger l’interdiction des photographies au-delà de la première décennie du XXIe siècle.

Lire la suite de l’article en un clic.

(1) Critique et chercheur spécialisé dans les écritures contemporaines (Université d’Artois), Fabrice Thumerel a (co)dirigé plusieurs colloques internationaux et journées d’étude (sur la critique, les avant-gardes, Jacques Prévert, Annie Ernaux, Bernard Desportes, le Cerisy sur Christian Prigent en 2014 et celui sur Valère Novarina en 2018…) ; il est codirecteur de la revue littéraire en ligne Libre-critique.com et a fondé le blog « Autour de Christian Prigent ». Entre autres, il a publié La Critique littéraire (Armand Colin, 1998), Le Champ littéraire français au XXe siècle. Éléments pour une sociologie de la littérature (Armand Colin, « U », 2002), ou encore Bernard Desportes autrement (dir., Artois Presses Université, 2008), Christian Prigent : trou(v)er sa langue (Actes du colloque de Cerisy : B. Gorrillot et F. Thumerel dir., Hermann, 2017) et Valère Novarina. Les Tourbillons de l’écriture (Actes du colloque de Cerisy : Marion Chénetier-Alev, Sandrine Le Pors et Fabrice Thumerel dir., Hermann, 2020).

(2) Libr-critique.com a été créé en 2005 contre les dérives liées à ce nouveau medium qu’est internet et aussi, comme toute véritable entreprise, pour combler un manque : celui d’un no man’s land libre & critique qui, en tant que lieu d’édition et de réception, défende les pensées atypiques et les écritures exigeantes ; d’un lieu alternatif interdisciplinaire qui soit ouvert, indépendamment de toute chapelle et de toute mode, à toute contribution inédite aux plans formel et thématique. C’est dire que, même si nous sommes sensibles à la modernité carnavalesque et nous optons pour une certaine conception du postmoderne (en particulier dans les domaines des créations sonores, visuelles et multimédia), nous n’avons pas d’a priori, et que notre seul refus concerne les formes usées, qu’elles soient « traditionnelles » ou « modernes », voire « postmodernes ».

Print Friendly, PDF & Email