Jusqu’au 30 novembre, celle que les afficionados nomment la Bit.20, pour Biennale de l’Image Tangible, nous fait courir sur la rive droite d’une réjouissance à l’autre. L’événement initié par des artistes à la croisée des arts plastiques et du médium photographique a su trouver l’interstice propice, entre l’amphigouri des foires d’art parisiennes et Paris Photo, pour nous délivrer lors de cette 4e édition, une belle sélection d’œuvres inspirées par les esthétiques mouvantes de leur temps, autant que par les transmissions et hybridations de techniques plus traditionnelles.
Le coup d’envoi fut donné à L’atelier néerlandais, ambassadeur d’un nouvel écrin dédié au médium photographique qui d’emblée confère à l’événement un statut international, tandis que l’initiative de la Bit.20 émane d’une petite galerie associative aux programmations prospectives, Plateforme, chapeautée par François Ronsiaux, artiste photographe et plasticien dans le 20e arrondissement de Paris. Le 100ECS rue de Charenton, ouvert au commissariat d’artistes, avec son espace bar ou salon de thé selon l’heure, qui vient de clôturer une exposition dédiée au Plaisir nous attend pour prolonger le désir avec six artistes de la Bit.20, dès le 7 novembre. « L’artist-run space » Julio, présente les œuvres de deux artistes Clara de Tezanos et Julie Hrnčířová ; le vernissage se tient samedi 8 novembre ; quant à l’incontournable Fisheye gallery, y sont présentées les installations de Flore Prebay et Frédéric Froument.

Le QG de la biennale ouverte à tous les publics prend ses quartiers le 6 novembre avec près d’une vingtaine d’artistes présentés dans la demi sphère conçue par l’architecte Oscar Niemeyer (1907-2012) pour le siège du PCF dans les années 1960 : un signal esthétique fort, place du colonel Fabien, où se jouent pour le vernissage deux vidéo-concerts propulsant l’image mutante par la voix, les algorithmes et le son : InLAND d’Hugo Arcier, Annabelle Playe et Marc Siffert, une déambulation crépusculaire débutant dans les entrailles de la terre et l’enchevêtrement de ses racines jusqu’à son incandescence, sur une partition noise aux percées lyriques sidérantes dont la plasticité visuelle et sonore poussée à l’extrême nous avait laissé coi lors de sa présentation au festival Vidéoformes. On en redemande !
Le deuxième vidéo concert Vidéopolis est une première en France de l’inaltérable duo – dont nous avions récemment commenté le premier opus, Tempest, créé 13 ans plus tôt. Il s’agit bien d’Antoine Schmitt, artiste visuel aux commandes de l’image en mouvement dialoguant au pixel prêt avec la composition musicale de Franck Vigroux – « celle-ci sera plus radicale que toutes ! » nous aura prévenu le compositeur, lors de son récent vidéo-concert avec l’artiste vidéaste belge, Kurt D’Haeseleer en ouverture de la Biennale NEMO au 104.


Plus d’une cinquantaine d’artistes au total ont été sélectionnés sur dossier par leur pairs et le regard d’un jury* professionnel exigeant, parmi les membres duquel nous citerons s’il en faut un, Vincent Fournier, photographe emblématique de facétieuses mutations entre le réel et l’imaginaire à qui nous avons récemment consacré une interview pour sa belle présence, aux « Conversations sous l’arbre » du Bois des chambres au Domaine de Chaumont-sur-Loire, Les bêtes au futur.
Six lieux partenaires d’exception investis par le médium, un prix offrant au lauréat, une exposition de trois mois à l’Atelier Martel, des parcours proposés au public dans l’Est parisien et des lectures de porte-folios par le réseau Lux, qui rassemble des festivals et foires d’échelle, d’ampleur, de territoire et de moyens différents souhaitant se réunir autour de la photographie et de la place de l’image dans les enjeux contemporains.

« C’est un décloisonnement des disciplines, un mix technologique dans lequel chacun puise et combine ses ressources, souligne Dominique Clerc l’un des membres fondateurs du collectif à l’initiative de la Biennale de l’image tangible. La photographie n’y échappe pas et expérimente avec une infinité de moyens disponibles. C’est ainsi que se mêlent photo, 3D, vidéo, internet, art numérique et même performances aboutissant à de multiples formes jusqu’à l’installation. Que reste-t-il de la technique ou de l’intention photographique initiale ? Toujours un regard sur le monde mais un regard augmenté et beaucoup plus complexe à déchiffrer. La somme des techniques mises en œuvre favorise une démarche conceptuelle et c’est là tout l’apport des plasticiens qui ont investi en masse la discipline. Celle-ci s’éloigne irrémédiablement d’une pratique pure et classique à l’heure où paradoxalement chacun peut se proclamer photographe par le simple usage de son smartphone. La seule issue pour la photographie dite créative consiste donc à accepter un peu d’impureté, cette dernière enrichit considérablement le champ de recherche et ouvre de nouveaux horizons tant sur la forme que sur le fond. Quant à L’IA reste à espérer qu’à trop remettre en cause le rôle du créateur, les nouvelles technologies n’enfantent pas un retour néoconservateur vers des pratiques plus classiques »

S’exprimant en volume, en 2D, par un transfert sur fil de soie, sur la toile ou du papier machine ; qu’elles surgissent de l’écran ou bien figées dans du plexiglass, ou de la pâte de verre, ou dès lors qu’ elles sont convoquées pour mémoire par les captations du regard à l’horizon d’apocalyptiques soleils générés par des hommes insensés, les images de la Bit20-2025 sont toutes mues par d’étranges et hypnotiques lumières.
A suivre…

Informations complémentaires>
Biennale de l’image tangible, du 30 octobre au 30 novembre à Paris.
Commissariat et coordination : Dominique Clerc, Vidya-Kelie Juganaikloo, Nadia Rabhi, Marta Russoli, Francois Ronsiaux, Mariem Thabet, avec le généreux concours de Sung Mok, Luce, Fabio, Heechan, Justine, Gabrielle, Jiwoo et Jessica, étudiants en art à l’Ecole du Louvre, à l’Université Paris 8 et à la Sorbonne nouvelle.
*Les membres du Jury : Paul Ardenne, Benoit Baume, Thierry Bigaignon, Natacha Duviquet, Viencent Fournier, Michel Poivert, Laura Sérani, Ericka Weidmann
Lieux d’exposition :
Atelier Néerlandais, 22 Av. Victoria, Paris 01. Exposition du 30 octobre au 9 novembre 2025. Vernissage le 30 octobre de 18h à 21h. Horaires : du mardi au vendredi de 11h à 17h30 et le samedi/dimanche de 11h à 19h. Artsites invités : Esmee Van Zeeventer / Popel Coumou / Marleen Sleeuwits / Laurent Lafolie / Leyla Cardenas.
Galerie Plateforme, 73 rue des Haies, Paris 20. Exposition du 1 au 23 novembre 2025. Vernissage le 1 novembre de 18h à 22h. Horaires : du mercredi au dimanche de 15h à 19h. Artsites exposés : Céline Guillerm / Florence Pinson Ynden / Olivier Gain / Ming Pang.
Fisheye Gallery, 2 Rue de l’Hôpital Saint-Louis, Paris 10. Exposition du 5 novembre au 30 novembre 2025. Vernissage le 5 novembre de 18h à 21h. Horaires : du mercredi au vendredi de 14h à 19h Et le samedi de 11h à 18h. artistes exposés : Flore Prebay / Frédéric Froument
Espace Niemeyer, 2 Pl. du Colonel Fabien, Paris 09. Exposition du 6 au 23 novembre 2025. Vernissage le 6 novembre de 18h à 22h. Horaires : du mardi au dimanche de 12h à 19h. Artistes exposés : Marine Pistien / Màté Dobokay / Sandra Matamoros / Morvarid K / Mihai Grecu / Géraldine Wilcke / Richard Pak / Gabriele Engelhardt / Matthieu Boucherit / Sarkis Torossian et Elise Morin / Pooya Abbasian / Thomas Leon / Sandrine Elberg / Johan Parent / Tami Notsani / Anouk Kruithof / EncorStudio.
Concerts : Hugo Arcier/ Annabelle Playe / Marc Siffert, Antoine Schmitt et Franck Vigroux
Le 100 ECS, 100 Rue de Charenton, Paris 12. Exposition du 7 au 27 novembre 2025. Vernissage le 7 novembre de 18h à 21h. Horaires : du lundi au samedi de 9h à 23h. Artistes exposés : Ivan Murit / Kia Sciarrone / Maxim Zmeyev / Dora Tishmann / Alice Pallot et Jonàs Forchini.
Julio artist-run space, 13 rue Juillet, Paris 20. Exposition du 8 novembre au 29 novembre 2025. Vernissage le 8 novembre de 17h à 21h. Horaires : du mercredi au samedi de 15h à 19h. Artistes exposés Clara de Tezanos / Julie Hrnčířová.
Image d’ouverture> WHERE THE SUN NEVER SETS. Installation vidéo interactive avec système d’eye-tracking, 2025. ©Elise Morin avec Sarkis Torossian.

