Des détails à l’essentiel avec Basim Magdy

Initiée en 2001 dans le but de mettre en lumière la jeune création artistique européenne, la biennale « Mulhouse 00 » réunit lors de chaque édition les œuvres d’artistes diplômés depuis moins de deux ans. Quelque 80 d’entre eux, issus d’une quarantaine d’écoles d’art françaises, suisses, allemandes, italiennes, belges et roumaines, seront exposés lors de sa prochaine édition qui se tient du samedi 8 au mardi 11 juin au Parc Expo de la cité alsacienne. Mulhouse 019 est organisée en partenariat avec les lieux culturels de la ville, dont le Musée des beaux-arts, La Filature, Le Séchoir et La Kunsthalle Mulhouse. C’est dans ce cadre que cette dernière accueille Basim Magdy, plasticien d’origine égyptienne né en 1977, installé à Bâle, juste de l’autre côté de la frontière avec la Suisse. Imaginée spécifiquement pour le centre d’art, l’exposition Un Paon et un Hippopotame se Lancent dans un Débat Existentiel témoigne du regard singulier, à la fois grave et empreint d’humour, porté par l’artiste sur le monde.

Our Prehistoric Fate, Basim Magdy, 2011.

Dessin, peinture, collage, vidéo, photographie, installation sont autant de médiums utilisés par Basim Magdy pour élaborer un tissu narratif où s’entremêlent fiction et réalité. S’articulant autour de deux films, 13 Essential Rules for Understanding the World (13 Règles Essentielles pour Comprendre le Monde) et New Acid, son exposition à La Kunsthalle Mulhouse invite à pénétrer un univers insolite, empli de références scientifiques, historiques et culturelles et source de questionnements multiples. « Son travail est assez difficile à saisir en une seule fois, souligne Sandrine Wymann, directrice de La Kunsthalle Mulhouse et commissaire de l’exposition. On pourrait dire qu’il superpose des calques de réflexion, de questionnement ; tout tourne autour de quelques idées majeures, très philosophiques, sur l’existentialisme, le futur, l’échec, ou encore sur comment nous vivons nos liens entre humains*. » S’appuyant notamment sur une banque d’images collectées au quotidien, via la photographie ou sur Internet, l’artiste se fait chercheur, manipulateur, « chimiste », pour bâtir des histoires comportant toutes différents niveaux de lecture. « Bien que je crée de la fiction, tout ce que je fais s’enracine dans les réalités, petites ou grandes, de ma propre expérience, explique-t-il dans un entretien conduit par Sandrine Wymann. J’ai appris qu’il n’y avait pas de certitudes dans la vie. Ces dernières années, je me suis intéressé à la façon dont une multitude de petits événements aléatoires, en apparence insignifiants, sont des détails essentiels d’un ensemble plus large, que ce soit l’histoire de l’humanité ou celle d’un individu. J’essaye d’explorer ces détails, de les observer sous différents angles, d’exhumer ceux qui ont été oubliés ou négligés. »
Ses œuvres sur papier, mêlant gouache, peinture acrylique, spray et collage, proposent la plupart du temps des scènes rétro-futuristes d’un monde en mutation, où l’avenir de l’homme semble tout sauf prévisible. Le texte y fait des incursions régulières, l’humour aussi, telles deux matières supplémentaires. « L’humour souligne l’absurdité inhérente à notre réalité quotidienne, explique Basim Magdy. C’est aussi une porte d’entrée vers un travail qui traite souvent de sujets lourds. Mon film 13 Règles Essentielles pour Comprendre le Monde est un bon exemple. C’était la première fois que je réalisais combien l’humour est un outil de communication efficace quand il s’agit de sujets douloureux comme la mort, ou l’insignifiance de la vie, dans un monde peuplé par sept milliards d’individus. (…) Cela dit, l’humour peut aussi être sarcastique ou ironique, et souligne alors l’hypocrisie de la société ou celle de l’histoire telle qu’elle est racontée. »
Dans ses films, le son, provenant d’enregistrements spécifiques sur le terrain ou d’échantillons trouvés en ligne, est aussi important que les images. Au fil du temps, l’artiste a développé un langage dans lequel les éléments visuels, textuels et sonores ne se répondent pas, ni ne s’illustrent, mais forment un tout cohérent, multidimensionnel, et participent à créer ce récit fictionnel, souvent absurde, qui favorise selon lui l’appréhension d’une réalité plus large. Une autre caractéristique de sa démarche est de faire repeindre les lieux où il expose. A La Kunsthalle Mulhouse, les murs arborent ainsi différents dégradés de couleurs : « Je trouve souvent que des murs blancs donnent trop l’impression que l’œuvre est un objet isolé, détaché de la réalité qu’il représente, fait-il valoir. Les dégradés dans l’exposition font allusion au passage du temps, au mouvement subtil de la lumière, aux couchers de soleil et aux frises historiques. » La poésie, elle aussi, fait partie intégrante du travail de Basim Magdy.

* Extrait d’une interview vidéo diffusée sur le site du quotidien L’Alsace.

Contacts

Un Paon et un Hippopotame se Lancent dans un Débat Existentiel, jusqu’au 25 août à La Kunsthalle Mulhouse.
Le site de l’artiste : www.basimmagdy.com.

Crédits photos

Image d’ouverture : New Acid (capture d’écran), 2019 © Basim Magdy, courtesy La Kunsthalle Mulhouse – 13 Essential Rules for Understanding the World (13 Règles Essentielles pour Comprendre le Monde) © Basim Magdy – New Acid © Basim Magdy, courtesy La Kunsthalle Mulhouse – The Only Memory I Have of my Past Life is the Uniformity of the Circumstances © Basim Magdy – Our Prehistoric Fate © Basim Magdy – Someone Tried to Lock Up Time (Generation S) © Basim Magdy – Pingpinpoolpong © Basim Magdy