Rodolphe Huguet | Pour rêver une liberté retrouvée dans une maison sans murs.

« L’art de Rodolphe Huguet consiste en un pragmatisme poétique du “faire avec”. Faire avec la Terre et ses habitants. Faire avec la jubilation de la trouvaille, de l’invention et de la débrouille. Faire avec les rêves et le hasard heureux. Faire avec la vie. Le travail de l’artiste, c’est de créer des formes qui disent le monde dans lequel elles apparaissent. Mieux qu’un ouvrage de théorie culturelle : une œuvre de Rodolphe Huguet – un tissage, un pliage, un bricolage. Extension du domaine de l’activité artistique : la vie continue. Un shoot de réel, c’est ce qui donne une bonne pièce. Le voyage est pour lui une impérieuse nécessité. Le globe est son atelier. Pour maintenir une continuité entre l’art et la vie, il déplace constamment le territoire de son activité. C’est un art vagabond, qui se reformule en fonction de son environnement. Etre artiste pour lui, c’est se situer au cœur des multitudes et interagir avec elles. Devenir un artisan, un colporteur, un hurluberlu, un stagiaire du réel, un apprenti du monde, un réenchanteur de la vie. Son éthique de l’indépendance l’amène à travailler hors des lieux institutionnels, au large de l’Empire. Pour être un parmi les autres et trouver les moyens de communiquer à travers l’activité artistique. Quand l’art fait lien, à la recherche d’un dialogue interculturel. Et toujours, derrière l’humour qui naît de l’incongruité, de l’improbable et de la magie, affleure une conscience politique sans illusions. (…) Le sens plastique de l’artiste réside dans sa capacité à inventer des formes qui découlent d’une rencontre avec le réel. Son activité est un trait d’union entre des êtres et des cultures. L’art est un véhicule. Un import- export d’objets poétiques de contre-bande. Une coproduction de richesse symbolique. L’art est un lieu pour l’utopie. Pour rêver une liberté retrouvée dans une maison sans murs. Il s’agit de faire du monde sa demeure, en comprenant l’asymétrie entre local et global. Comme avec cette minuscule tente de camping, qui peut tout juste abriter la tête de l’artiste pour lui permettre de rêver son art au coeur de la mégapole. Rodolphe Huguet habite le monde en poète. Le tapis des nomades se transforme chez lui en une route, façon de résister à l’enclos de la domestication. Manière de dire qu’il est chez lui dans le déplacement. L’art est une trajectoire dans la vie. Un voyage toujours recommencé. » Pascal Beausse, commissaire d’exposition. Visuel : © Rodolphe Huguet / courtesy CACN.