Elise Cam | Double Porte

Elise Cam

« Par le dessin, j’arpente l’espace vide que le tracé laisse de côté. Il s’agit de trouver les gestes les plus précis et les plus directs à tracer une forme première, le cerne qui délimite le vide. En cherchant le plus petit déterminant, il s’agit de faire sentir un point d’achoppement dans l’espace. Qu’il soit une ligne d’horizon ou une balise dans l’espace, le dessin ou le volume n’est jamais le résultat conceptuel d’une perspective mentale à chercher. Que ces gestes minimaux soient en lien étroit avec celui qui les rencontre, dans un rapport matériel et empathique, est la condition pour éprouver le vide que les formes cernent. Je tente par le dessin et par des volumes à border ce qui n’est pas la surface. Je dessine le littoral sur lequel nous arpentons la vacance de l’horizon, dans une perspective non géométrale mais subjective. Je trace certaines limites pour l’espace projectif, en cherchant une moindre direction. Je dessine dans la distance entre le regardeur et l’horizon possible, après la surface. (...) La forme s’oriente de l’ornemental. J’orne le vide. Le motif décoratif répétitif nous pousse au-dehors du plan, parce qu’il est anhistorique, il ne donne aucune prise au récit biographique par lequel nous cherchons à expliquer notre rapport au monde. (...) J’amène le spectateur à aborder par le littoral la ligne d’horizon que je lui présente, comme une invitation à inventer un récit : que le vide cerné soit l’occasion d’un espace projectif pour continuer à voir au-delà de la matérialité du monde. Le cerne, la balise sont là pour donner le point d’ancrage au regard. » Elise Cam. Visuel : Pièce signée Elise Cam.