Répartie dans les principaux sites patrimoniaux de la ville, la 11e Biennale internationale d’art contemporain de Melle rassemble une cinquantaine d’artistes autour du thème « Bruissements patients », imaginé par Jan Kopp. Parmi les nombreuses propositions présentées, ArtsHebdoMédias a retenu plusieurs créations conçues spécialement pour cette édition. Elles témoignent de la richesse du dialogue entre création contemporaine et territoire mellois.
Сet été, la Biennale de Melle nous invite de nouveau à repenser la relation entre l’humain et son environnement, naturel comme social, à travers la création artistique, où le vivant devient porteur de messages silencieux qui témoignent des bouleversements de notre époque. Cette idée d’une résonance persistante mais discrète est au cœur du thème « Bruissements patients » proposé par le commissaire de la 11e édition de la Biennale, Jan Kopp. À une époque où les écosystèmes apparaissent particulièrement fragiles, l’humain est invité à trouver un compromis avec son environnement, tout en ralentissant pour prêter une attention renouvelée au vivant. Cinquante-trois artistes, émergents comme confirmés, français et internationaux, créent à travers leurs œuvres une expérience partagée autour de questionnements devenus universels. Après avoir participé à l’édition 2024 en tant qu’artiste, Jan Kopp conçoit un parcours artistique riche qui investit plusieurs espaces de la ville, certains déjà dotés d’installations pérennes inaugurées lors des éditions précédentes.
Des sites patrimoniaux jusqu’aux jardins à ciel ouvert, les œuvres réactivent ainsi les églises médiévales, les anciens lavoirs, ainsi que l’Hôtel de Ménoc, autrefois tribunal, permettant à la fois de s’immerger dans les récits portés par le thème de la Biennale et de redécouvrir l’architecture qui a façonné l’identité de Melle. La rédaction d’ArtsHebdoMédias a le plaisir de vous faire partager les propositions artistiques de cette année qui l’ont particulièrement marquée. Parmi ces créations, nous mettons en avant celles qui ont été réalisées spécifiquement pour l’édition 2026, en lien avec le territoire mellois, et qui permettent de découvrir les démarches singulières des artistes invités.
Un aperçu choisi du parcours

Le premier artiste à mettre en lumière est François Dufeil, dont l’installation, conçue pour la Biennale, prend place dans le lavoir de Villiers. Cofondateur de l’atelier collectif Le Wonder à Bobigny, en Île-de-France, il présente l’œuvre Deux béliers chantent sous la pluie, qui séduit par son ingéniosité et sa capacité à mêler art et ingénierie.
En s’approchant du lavoir de Villiers, le visiteur entend les sons d’un orchestre insolite qui anime ce lieu niché au cœur du paysage mellois. Les tambours atypiques, fabriqués à partir de souches recouvertes de métal ou de caoutchouc et reliées par des cordes, reçoivent l’eau qui tombe d’en haut. La circulation de l’eau, activée par une cuve, un compresseur et une bouteille de plongée, met en mouvement l’ensemble et génère une composition sonore qui varie en fonction des flux de la rivière, du vent et de la pluie.
Cette œuvre, qui s’active seule, sans intervention humaine, semble faire écho aux créations mécaniques de Tinguely, où une vitalité est insufflée à des objets inanimés. Ainsi, le mouvement continu de l’installation diffuse des vibrations, donnant une nouvelle vie au lavoir : une rencontre entre la mécanique et la force de l’eau, entre la technique et le poétique.

Une autre manière de donner vie à l’objet et de faire dialoguer une œuvre avec l’esprit d’un lieu se découvre dans l’église Saint-Savinien, d’abord consacrée au culte, puis transformée en prison. Le passage des prisonniers est attesté par des graffitis gravés sur les portes et les murs, et se prolonge aujourd’hui à travers la proposition de Bertille Bak, une artiste qui développe un regard décentré. Connue pour son immersion dans ce que l’on considère comme les marges de la société, elle en saisit les codes, les mœurs et les rites afin de proposer une réflexion sur le vivre-ensemble.
Pour l’église melloise, Bertille Bak a créé, en collaboration avec le sculpteur Charles-Henry Fertin, un dispositif métallique se déployant dans la nef jusqu’au chœur. Trois structures d’acier aux formes minimalistes dessinent dans l’espace des trajectoires cycliques qu’empruntent des boules, témoins d’un passé qui continue de hanter les lieux. Ce mouvement, sans présence humaine, fait surgir les fantômes de ceux qui ont connu l’expérience de l’emprisonnement. Ainsi, le duo d’artistes réactive la dimension sensible et méditative de l’édifice.

Pour poursuivre dans cette atmosphère de tensions invisibles, le parcours mène à l’église Saint-Pierre. Projeté à l’intérieur comme dans une salle de cinéma, le film Étoiles, éteignez vos feux, réalisé par Marie Reinert pour la Biennale de Melle avec les élèves du lycée agricole Jacques-Bujault, entraîne le visiteur dans une atmosphère étrange où, à travers la brume, des silhouettes végétales avancent lentement vers lui. Métamorphosés en êtres hybrides, mi-végétaux, mi-humains, elles font écho aussi bien au Macbeth de Shakespeare qu’au Château de l’araignée de Kurosawa, deux références revendiquées par la réalisatrice.
Ce film trouve un écho particulier dans l’église Saint-Pierre, qui abrite la sépulture du fondateur de la Bachelerie, ancienne fête des jeunes hommes célébrée à Melle du XIIIe siècle jusqu’en 1974. Sans l’illustrer directement, le film semble prolonger cette mémoire locale à travers la présence énigmatique de cette jeunesse en marche.

Une approche à la croisée des sciences, de la poésie et de l’exploration du vivant est proposée par Laurie Dall’Ava. Son installation Chronoplast occupe la façade de la serre de l’esplanade Goirand, espace étroitement lié au monde végétal. Travaillant avec des chercheurs de Clermont-Ferrand qui étudient la proprioception des plantes (leur capacité à percevoir leur forme et leur mouvement dans l’espace), l’artiste révèle la manière dont ces dernières réagissent aux changements climatiques. Pour cette recherche, elle a réalisé une série de photographies consacrées à la dissolution de la chlorophylle, imprimées sur des verres soufflés à la bouche, créant ainsi une œuvre où les nuances de vert évoluent tout au long de la façade vitrée.
Le spectateur est invité à observer ces effets tout en réfléchissant à la fragilité du végétal, à sa lente croissance, voire à sa disparition. Comme l’a confié l’artiste, l’esthétique de la photographie spirite a accompagné cette création. L’œuvre de Laurie Dall’Ava répond ainsi à la dégradation naturelle de la couleur et des vertus pharmacologiques du pigment vert, en cherchant à mettre au point un pigment plus stable, extrait de chlorophylle et de cyanobactéries, qu’elle a nommé Emerald Green Pigment. Le projet se prolonge, dans le grenier de l’Hôtel de Ménoc, avec une œuvre olfactive.

Pour conclure notre sélection, nous vous invitons à l’Hôtel de Ménoc, qui réunit les créations des figures importantes de l’art contemporain, comme Jeremy Deller avec son film English Magic, comme celles de jeunes artistes récemment diplômés, comme Théophile Peris, dont les sculptures de laine ouvrent une réflexion sensible sur le monde pastoral.
Au deuxième étage, le collectif Suspended Spaces offre une belle occasion de découvrir sa manière indépendante d’observer le monde contemporain et d’interroger l’histoire des lieux à travers des questions écologiques, historiques, architecturales, politiques ou esthétiques.
Pour celles et ceux qui apprécient l’œuvre de Christian Boltanski (1944-2021), rendez-vous dans la prairie du parc de la Maladrerie, où est réactivée son installation Animitas. Une ultime étape qui prolonge avec poésie les « Bruissements patients » imaginés par Jan Kopp.
Informations pratiques> Avant de commencer le parcours de la Biennale, nous vous recommandons de consulter les différents lieux et les œuvres qui y sont exposées, disponibles sur le site de la Biennale. 11e Biennale internationale d’art contemporain de Melle, du 27 juin au 27 septembre 2026. Lieux : Hôtel de Ménoc, Eglise Saint-Savinien, Eglise Saint-Pierre, Eglise Saint-Hilaire, Temple, Médiathèque, Lavoir de Villiers et la prairie du lavoir, Serre de l’espace Goirand, Salle Jeanne d’Arc, Rue de la Traverse, Cinéma le Méliès. Entrée libre. Du mardi au dimanche de 11h à 13h et de 14h à 19h ; septembre : du vendredi au dimanche de 11h à 13h et de 14h à 19h.
Image d’ouverture> Marcel Dinahet, Flotille, 2025-2026, installation de douze maquettes de bateaux ex-voto suspendus, divers formats, bois, peinture, acier. © Photo Polina Tkacheva.

