Au jardin comme au cinéma à Chaumont-sur-Loire

Depuis plus de trente ans, le Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire est un formidable laboratoire de création où paysagistes, architectes, artistes et concepteurs venus du monde entier expérimentent de nouvelles manières d’inventer le jardin contemporain. Chaque édition invite à porter un regard renouvelé sur cet art, à la croisée des enjeux écologiques, esthétiques, culturels et sociétaux. En 2026, son thème consacré au cinéma ouvre un champ d’inspiration particulièrement fécond. À l’image d’un film, chaque jardin devient un espace de narration et d’émotion, tandis que le visiteur se transforme en spectateur attentif et émerveillé. Mises en scène, effets visuels, bandes sonores et jeux de lumière invitent à franchir le seuil de 24 jardins extraordinaires. De l’évocation d’un grand classique du septième art à l’invention de scénarios inédits, les concepteurs ont rivalisé d’imagination pour transformer la visite en une expérience jubilatoire. ArtsHebdoMédias vous propose de découvrir une sélection de jardins parmi les plus inspirants de cette édition.

La planète-jardin Avatar

Avatar : Alexis Tricoire, designer et plasticien, Romain Le Bescond, créateur de paysage aquatique. © Photo MLD

Inspiré de la célèbre saga cinématographique Avatar de James Cameron, le jardin imaginé par le paysagiste Alexis Tricoire et le designer Romain Le Bescond ne cherche pas à reproduire un décor de film, mais à en restituer la puissance d’émerveillement. Un lagon aux eaux turquoise dans lequel s’ébattent des poissons multicolores, des galets polis échoués sur une plage précieuse, une végétation luxuriante et des structures aériennes évoquant une canopée composent un écosystème aussi attrayant qu’apaisant. La bande sonore prolonge cette immersion sensorielle, alors que des assises invitent à suspendre le temps. Derrière la magie du lieu se dessine une réflexion sur les capacités du végétal à répondre aux défis climatiques. En faisant dialoguer imagination, design et écologie, Avatar rappelle que les jardins de demain pourront être tout autant des refuges que des laboratoires d’innovation.

Le recommencement avec Stalker

Stalker : Olga Kisseleva, artiste, Maayane Mouchenik, paysagiste, Alain Ratoret et Savinien Chatel, jardiniers, Philippe Balhadere, architecte. © Photo MLD

Avec Stalker, un jardin de résilience, l’artiste Olga Kisseleva, la paysagiste Maayane Mouchenik, les jardiniers Alain Ratoret et Savinien Chatel, ainsi que l’architecte Philippe Balhadère prolongent l’univers visionnaire d’Andreï Tarkovski. Comme dans le film, le visiteur pénètre dans une Zone mystérieuse où le vivant invente de nouvelles règles. Entre l’eau sombre, les feuillages luxuriants et les structures végétales, le jardin cultive une atmosphère d’étrangeté qui invite autant à l’observation qu’à la réflexion. Mais ici, le véritable sujet n’est pas la catastrophe. Il est la prodigieuse capacité du vivant à faire émerger de nouvelles formes d’existence jusque dans les milieux les plus hostiles. Mousses, lichens, champignons deviennent les acteurs silencieux d’une reconquête patiente. Le jardin ne célèbre pas la fin d’un monde ; il en propose un recommencement.

La Lanterne des profondeurs ou le voyage immobile

La lanterne des profondeurs : Mélanie Laurent, actrice, réalisatrice, scénariste, metteuse en scène et chanteuse française, Philippe Berthomé, créateur lumière. © Photo MLD

Comme dans une salle obscure, il faut d’abord accepter que les yeux s’habituent à la pénombre. Dissimulée sous une voûte végétale, La Lanterne des profondeurs entraîne le visiteur dans une expérience quasi cinématographique. Imaginé par la réalisatrice Mélanie Laurent et le créateur lumière Philippe Berthomé, le jardin joue avec l’obscurité, les reflets et les apparitions pour mieux troubler les repères. Un fauteuil semble attendre son spectateur, tandis qu’une nappe d’eau se fait miroir. Les images se mêlent aux frémissements des feuillages, les scènes se succèdent rythmées par la présence de l’eau. Ce voyage immobile entraîne le visiteur tant au pied d’un pont que sous les flots marins. L’émotion naît autant de ce qui apparaît que de ce qu’il est possible d’imaginer. À chacun la liberté d’inventer son propre récit.

Les évocateurs et malicieux Jardins de Tati

Les jardins de Tati : Ludovic Biaunier, architecte, Rodolphe Chemière, paysagiste, Armelle Gaboret, chargée de projet, graphiste en paysage. Photo MLD

Avec Les Jardins de Tati, l’architecte Ludovic Biaunier, le paysagiste Rodolphe Chemière et la graphiste-paysagiste Armelle Gaboret rendent un hommage plein de fantaisie au cinéma de Jacques Tati. Une façade de bois percée de deux ouvertures, semblables à des yeux, marque le passage entre deux univers. D’un côté, des éléments architecturaux étranges évoquant Mon Oncle ; de l’autre, la liberté joyeuse de Jour de fête, où le jardin retrouve le goût du mouvement, du jeu et de l’imprévu. Les silhouettes, les objets et les mises en scène réactivent avec humour l’univers du cinéaste sans jamais chercher à le reconstituer. Comme dans ses films, le rire naît du décalage entre les êtres, les lieux et les usages. Une création qui rappelle combien Jacques Tati savait regarder le quotidien avec une tendresse aussi malicieuse que critique.

Quand le végétal décroche la palme au Festival des cannes

Le festival des cannes : AC&T Paysages & Territoires, Thomas Secondé et Anne-Cécile Freyburger, paysagistes DPLG. © Photo MLD

Le tapis rouge est bien là. Mais, cette fois, il accueille une distribution inattendue. Imaginé par les paysagistes Thomas Secondé et Anne-Cécile Freyburger, Le Festival des cannes détourne avec humour les codes du plus célèbre rendez-vous du cinéma. De part et d’autre de cette allée d’apparat, un miroir d’eau accueille une étonnante assemblée de cannes de marche, dont les silhouettes répondent à celles des roseaux et des prêles. Derrière ce jeu de mots savoureux se cache une mise en scène raffinée où la nature devient la véritable vedette. Les rideaux écarlates, les projecteurs braqués sur le tapis rutilant, les brumes légères et les reflets estompent la frontière entre spectacle et jardin. Ici, nul besoin de célébrités : le végétal s’empare du premier rôle et décroche la palme !

Le Jardin de Truman vers la liberté

Le jardin de Truman : Louna Rocquin-Geniez, Fanny Suere, Lucas Leblanc, Paul Grimault, étudiants à l’Institut Agro Rennes-Angers. © Photo MLD

Avec Le Jardin de Truman, Louna Rocquin-Geniez, Fanny Suere, Lucas Leblanc et Paul Grimault, étudiants paysagistes à l’Institut Agro Rennes-Angers, rendent hommage à The Truman Show de Peter Weir. Un cheminement de bois conduit le visiteur vers un ciel peuplé de nuages, qui évoque la scène finale du film. Mais contrairement au héros de ce dernier, le visiteur voit qu’il y a une vie derrière cet horizon et qu’il peut sans aucune difficulté s’y diriger. Les lignes du décor s’effacent alors pour laisser place à une végétation verdoyante. Le jardin rappelle que la liberté commence toujours au moment où l’on choisit son propre chemin.

Revivre les grands moments du cinéma avec Rouge-Baiser

Le jardin Rouge-Baiser : Mélanie Tant, paysagiste conceptrice, Bertrand Pigeon, urbaniste, Vianney Bera, programmiste. © Photo MLD

Difficile de résister à cet horizon flamboyant où le ciel semble se fondre dans la terre. À lui seul, il convoque ces instants suspendus dont le cinéma a le secret. Réalisé par la paysagiste Mélanie Tant, l’urbaniste Bertrand Pigeon et le programmiste Vianney Bera, Le Jardin Rouge-Baiser invite à parcourir quelques-unes des scènes immanquables du septième art, celles où l’émotion prend le pas sur le récit. Quai de gare, pluie battante ou coucher de soleil deviennent autant de leviers pour l’imaginaire. Chaque objet mis en scène agit comme un fragment de mémoire et laisse affleurer des images que l’on croyait oubliées. À vous d’y retrouver votre film, votre souvenir… ou votre premier baiser.

Du cosmos à l’infiniment petit avec Planètes

Planètes : Momoko Seto, réalisatrice. © Photo MLD

Avec Planètes, Momoko Seto invite à changer d’échelle. Ici, le végétal devient matière à fiction. De gigantesques sphères évoquent des planètes en suspension, tandis qu’un tapis végétal dessine une galaxie miniature où étoiles et pissenlits semblent dialoguer. En face, le regard bascule dans un univers microscopique : des colonnes d’eau effervescente font naître un paysage en constante métamorphose. Entre cosmos et abysses, l’infiniment grand répond à l’infiniment petit, dans un jeu de correspondances. Réalisatrice autant qu’artiste, Momoko Seto transforme le jardin en une fiction où chaque plante semble provenir d’un monde encore inexploré.

Jurassic Plantes, un hommage aux survivantes du Jurassique

Jurassic Plantes : Corentin Pfeiffer, paysagiste, metteur en scène végétal, Romain Maire, auteur et formateur sur le thème des orchidées. © Photo MLD

Le voyage commence dès le portail franchi. De l’autre côté, le temps recule de plusieurs centaines de millions d’années. Pensé par le paysagiste Corentin Pfeiffer et l’auteur Romain Maire, Jurassic Plantes entraîne le visiteur dans un monde où les véritables héros ne sont pas les dinosaures, mais les végétaux qui leur ont survécu. Fougères arborescentes, cycas, ginkgos ou prêles composent un décor luxuriant peuplé de silhouettes en métal rappelant les grands reptiles disparus. Le clin d’œil au célèbre film de Steven Spielberg, Jurassic Park, est évident, mais le propos est ailleurs. Le jardin explique que ces plantes, toujours bien vivantes, sont les témoins d’une histoire commencée bien avant l’apparition de l’humanité. Sous leurs frondaisons, le cinéma rejoint la paléobotanique pour rappeler que le vivant est le plus extraordinaire des scénaristes.

Les Racines du rêve, un jardin qui trouble les certitudes

Les racines du rêve : Cecilia Zamponi et Sara Ferraro, architectes-paysagistes, Lorenzo De Faveri, étudiant en architecture. © Photo MLD

Avec Les Racines du rêve, les architectes-paysagistes Cecilia Zamponi et Sara Ferraro, accompagnées de Lorenzo De Faveri, proposent un jardin où le regard perd peu à peu ses certitudes. De grandes parois réfléchissantes déforment les perspectives, fragmentent les silhouettes et brouillent les repères. Au centre, un miroir d’eau capte le ciel tandis que les arbres semblent s’y prolonger à l’infini. Inspiré d’Inception de Christopher Nolan, le parcours entraîne le visiteur d’un niveau de réalité à un autre, sans que la frontière entre le réel et l’imaginaire ne cesse de se déplacer. Les feuillages argentés, les jeux de lumière et les reflets composent un paysage en perpétuelle métamorphose. Entre illusion et réalité, le jardin laisse chacun décider de ce qu’il voit et de ce qu’il croit voir.

Regarder le monde avec des yeux d’enfant grâce au Cinemazema

Cinémazema : Sabine Azéma, actrice et réalisatrice. © Photo MLD

Pour Cinemazema, Sabine Azéma imagine un cinéma à ciel ouvert où le jardin devient une invitation à la rêverie. Le tapis rouge se transforme en un ruban de géraniums écarlates, tandis qu’un toit végétalisé prolonge la nature et protège la salle de projection. À l’intérieur, les arbres, les nuages suspendus et les images projetées composent un décor où le réel se mêle à la fiction avec une joyeuse simplicité. Ici, nul effet spectaculaire : le cinéma retrouve le pouvoir des histoires racontées, des souvenirs partagés et de l’imagination réveillée. Cinemazema cultive une fantaisie discrète qui donne envie de regarder le monde avec des yeux d’enfant.

Le temps retrouvé du Jardin de Minâb

Le Jardin de Minâb : Golshifteh Faharani, actrice et musicienne. © Photo MLD

Avec Le Jardin de Minâb, Golshifteh Farahani imagine un refuge inspiré des jardins persans, un lieu de respiration à l’écart du tumulte du monde. L’eau conduit à un pavillon central, tandis que la végétation et ses diverses senteurs composent une atmosphère propice à l’apaisement. Avec ce sanctuaire qui célèbre les quatre éléments, l’actrice franco-iranienne invite les visiteurs à retrouver leur « feu intérieur ». En suspendant le temps, son jardin offre l’occasion d’habiter pleinement l’instant présent. Une parenthèse précieuse où l’on redécouvre le plaisir d’être simplement là.

Infos pratiques> Festival international des jardins, Le jardin fait son cinéma, du 22 avril au 1er novembre 2026, au Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Image d’ouverture> Festival international des jardins. © Photo MLD