À Caen, dans l’église du Vieux-Saint-Sauveur convertie en lieu culturel, l’œuvre de Jacques Pasquier s’offre au regard jusqu’au 6 août. Intitulée Matière et énergie, l’exposition réunit dix-neuf toiles réalisées entre 1960 et 2021, accompagnées de quelques céramiques. Pensé par le commissaire Samdi Dinar, l’accrochage non chronologique met en lumière soixante ans d’exploration picturale.
Depuis plus de soixante ans, l’œuvre de Jacques Pasquier, discrète mais pugnace, nous regarde. Traversée par une tension constante entre figuration et abstraction, mémoire et instant, matière et énergie, elle est marquée par le sceau de l’exploration autant que le désir de témoigner de la vie. L’exposition présentée dans l’église du Vieux-Saint-Sauveur, devenu lieu culturel, à Caen, en propose une traversée resserrée mais significative : dix-neuf toiles, réalisées entre 1960 et 2021, ainsi que des céramiques, y dialoguent librement, dans un accrochage non chronologique conçu par Samdi Dinar. Ce choix de ne pas ordonner les œuvres selon une logique historique permet de saisir l’unité souterraine du travail de l’artiste, où les âges de la peinture se mêlent à ceux de la vie.

Peintre des foules anonymes, des silhouettes tout juste esquissées, des gestes suspendus, Jacques Pasquier a développé une écriture plastique reconnaissable entre toutes. Ses figures ne relèvent ni d’une volonté illustrative, ni d’un réalisme descriptif, elles émanent de la matière picturale elle-même, qui les révèle plus qu’elle ne les invente. « Peintre de l’intranquillité du regard », comme le suggère Alexandre Bollengier*, Pasquier n’a cessé d’affiner son geste. Dans cette fenêtre toujours ouverte qu’il propose, réside la force de son art. Espace de suspension, la peinture de Pasquier est une promesse.

Matière et énergie présente ce processus de surgissement, la matière agissant comme un milieu génératif, un réservoir de formes en puissance. L’énergie picturale circule grâce à une recherche inépuisée de la vibration du vivant, des êtres comme des situations. Accrochées sous de très belles voûtes, qui laissent poindre des fresques Renaissance, les toiles de Jacques Pasquier déploient une aura particulière. On sent plus fortement qu’en musée, la dimension existentielle de cette peinture, qui se veut avant tout expérience. Elle ne représente pas tant le réel qu’elle n’en recueille les traces, les persistances, les échos. Les céramiques quant à elles – formes hybrides, archaïsantes, parfois grotesques – prolongent cette approche incarnée de l’art. Mi-pastiches mi-artefacts, elles semblent venues d’un ailleurs indatable, creuset des sentiments humains les plus universels : désir, peur, joie, souvenir.
Cette exposition confirme la place singulière qu’occupe l’œuvre de Jacques Pasquier dans le paysage artistique français. Loin des effets de mode ou des gestes spectaculaires, elle a toujours fait montre d’un rapport direct au monde et à ceux qui l’habitent. Toujours en recherche, elle s’attache à en effacer les images pour en restituer la vie.

*Titre de l’article d’Alexandre Bollengier publié dans L’Est républicain, le 13 août 2011.
Infos pratiques> Jacques Pasquier-Matière et énergie, du 10 juillet au 6 août 2025, Eglise du Vieux-Saint-Sauveur, Caen. Ouvert du mardi au dimanche de 14 h à 18 h 30. D’autres pièces de Jacques Pasquier sont exposées au Prieuré d’Airains, dans la Somme, en compagnie d’œuvres signées Nicolas Alquin, Sergio Ferro et Pierre Fichet. Chemin de croix du 18 mai au 28 septembre 2025. Cliquer pour rejoindre le site de l’artiste.
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Image d’ouverture> Vue de l’exposition Matière et énergie, à l’église Vieux-Saint-Sauveur, à Caen. ©Jacques Pasquier, photo MLD

