A la Fondation Van Gogh comme à Arles il n’est jamais d’hiver, mais toujours des histoires à conter et à exposer… Tournent les tournesols, et s’embrasent déjà les ciels, ici c’est une vingtaine d’artistes contemporains qui nous adressent leurs œuvres, correspondance imaginaire et hommage affiché au maître néerlandais. Force est de constater que l’art, tout comme le soleil, est éternel. Ou presque.
Tant dans sa prolifique correspondance avec son frère Théo durant son séjour en Arles, que par sa volonté de faire venir Paul Gauguin à la fameuse maison jaune qu’ils occupèrent tous deux durant seulement quelques mois, Van Gogh a clairement affiché sa volonté de représenter « un anneau dans la chaîne des artistes ». C’est de cette ambition, que l’on pourrait aujourd’hui facilement affirmer de visionnaire, que sont partis les deux commissaires, Jean de Loisy et Margaux Bonopera pour choisir quelques artistes de plusieurs générations, connus comme méconnus, se référant chacun à leur façon au peintre incompris. Mais la force de l’exposition, au-delà du sublime héritage qu’elle nous offre à voir, tient aussi dans la diversité des médiums qu’ils ont retenus, qui bien loin de s’arrêter à l’évidente et consacrée peinture, aborde le dessin, la sculpture, l’installation… jusqu’à la photographie et l’écriture. Comme dans toutes les bonnes histoires, il y a bien un commencement, « il était une fois »… mais pas vraiment de fin, seul cet incessant recommencement, cet émerveillement que nous propose l’art depuis la nuit des temps.
Ainsi, dès l’entrée traversons-nous quelques paysages fantasmatiques, d’Harold Ancart (1980), peintre belge dont les toiles nous accompagneront tout au long de cet épistolaire voyage, contrastant de par leur format généreux avec les deux œuvres de Van Gogh prêtées pour l’occasion par le Musée Van Gogh d’Amsterdam. Question d’époque, peut-on s’interroger, ou peut-être plus simplement de moyen quand on se rappelle les conditions dans lesquelles le peintre flamand vivait, ou plutôt survivait ? Mais peut-être la confrontation fait-elle ici apparaître, et sans le vouloir, une certaine dilution dans la peinture contemporaine du premier, quand la nécessité de s’exprimer du second explose et déborde jusqu’à nous traverser, s’affranchissant de la restriction et de la sévérité du cadre. Plus loin, les peintures de Nathanaëlle Herbelin (1989), ou encore les intenses et noirs dessins à la suie de James Castle (1899-1977), artiste rare et longtemps oublié, viendront nous conforter et nous rassurer sur le fait qu’une œuvre peut être grande par ce qu’elle nous révèle, davantage que par ce qu’elle veut nous montrer. Les fusains d’Anselm Kiefer (1945) l’attestent également, œuvres réalisées en Provence à une période où l’artiste, âgé de dix-sept ans, voyageait sur les traces de Van Gogh. Une véritable pépite à découvrir que cette petite et méconnue série de portraits et paysages vivement croqués, qui illuminent de leur présence cet incroyable parcours arlésien.

Mais bien d’autres découvertes, ou redécouvertes, nous attendent, des aquarelles de Gustave Fayet (1865-1925), peintre, céramiste et grand collectionneur, ami d’Odilon Redon et Paul Gauguin, aux puissantes et bouleversantes sculptures de Hans Josephsohn (1920-2012), auquel le Musée d’Art Moderne de Paris vient tout juste de consacrer une rétrospective l’hiver dernier, sans oublier quelques petites peintures de Dominique Ferrat (1954) qui développe, elle, un travail singulier resté à l’écart des regards depuis plus de quarante ans. Au nombre des raretés, figurent également les créations hypergraphiques d’Isidore Isou (1925-2007), initiateur du mouvement lettriste, et les toujours étonnantes sculptures-compositions de l’artiste néerlandais Mark Manders (1968) qui semblent plus que jamais ici se déplacer dans l’espace en jouant insidieusement avec notre regard. Pour finir, sans pouvoir ou bien vouloir être exhaustif, arrêtons-nous encore sur les installations immersives, audacieuses « sculptures de photographies » réalisées in situ par Jacopo Benassi (1970), les iridescentes Gaufrettes d’Ann Véronica Janssens (1956), incontournable artiste de la lumière, et les délicates gouaches sur carton, semées çà et là par la toute jeune peintre Louise Sartor (1988), petites natures mortes envoyées telles de fragiles missives à l’hôte célébré de ces lieux.
La boucle est bouclée de tant de belles correspondances, et le voyage s’achève, sans vouloir véritablement finir, sur un insolite et subtil catalogue, ou devrait-on dire livre d’art où se mêlent et s’emmêlent les mots et les images. Un carnet d’une autre époque, ouvrage rare et contrarié offrant ses pages une par une à découper avant que de bien vouloir s’ouvrir et se révéler, comme pour mieux prolonger le plaisir de cette longue et picaresque traversée. Un conte d’hiver incontournable, ici en Arles… sous le soleil exactement !

Infos pratiques> à Vincent : un conte d’hiver, jusqu’au 21 avril 2026, Fondation Vincent Van Gogh, Arles.
Image d’ouverture> Vue de l’exposition à Vincent : un conte d’hiver. © Fondation Vincent Van Gogh, Arles.

