La Nuit Blanche, c’est aujourd’hui !

Pas de papier fleuve pour vous expliquer les tenants et les aboutissants de cette nouvelle Nuit Blanche – son site est très clair –, juste l’envie de partager avec vous quelques-uns de nos élans. A l’heure où chaque conversation tourne autour de ce coronavirus qui nous empoisonne la vie, ArtsHebdoMédias ne se laisse pas gagner par la morosité. Oui, les événements doivent s’adapter. Oui, leur voilure doit se réduire. Oui, c’est pénible de se balader avec un masque sur le nez. Oui, on aurait préféré qu’il en aille autrement. Mais, non la Covid-19 n’empêchera pas l’art de nous émerveiller, de nous faire grandir et… de marcher ! La Ville de Paris a souhaité maintenir la Nuit Blanche, profitons-en. Aujourd’hui, à partir de 19 h et jusqu’à demain 2 h, le public est invité à arpenter la capitale à la rencontre de l’expression artistique contemporaine. Plus d’une centaine d’artistes ont imaginé des propositions à expérimenter au fil d’un itinéraire dans la métropole parisienne. De notre côté, nous vous suggérons de ne pas attendre la fin de cette journée pour célébrer la création. Battez le pavé dès ce matin, de nombreuses institutions et galeries vous attendent. Pour vous y inciter, voici quelques idées. Et comme à chaque fois que nous nous lançons dans ce genre d’exercice, il ne peut être que très succinct et très subjectif. Alors que la journée soit belle et sans fin. La nuit prochaine sera blanche ou ne sera pas !

C’est parti pour une journée un peu folle de découverte et d’enthousiasme ! Mais avant de mettre un pied dehors… jetez un œil sur le site Web de la Nuit Blanche car certaines propositions nécessitent une réservation. Crise sanitaire oblige. Il s’agit notamment des projets de Laurent Grasso au Musée Zadkine, d’Anne-Charlotte Finel au Musée Bourdelle, de Mélanie Delattre-Vogt au jardin de la Nouvelle France et de Léonard Salle à la Bibliothèque de l’Arsenal. Psst ! Au lieu de tempêter, réjouissez-vous que tout ne soit pas annulé. Chose promise, chose due. Voici quelques idées pour remplir la journée en attendant 19 h, le coup d’envoi officiel de la Nuit Blanche. Vous êtes prêts ? Foncez ! Foncez à la galerie Christian Berst, qui fêtera prochainement ses 15 ans. En attendant les festivités liées à cet anniversaire, il est possible d’y découvrir les cryptogrammes poétiques de Zdeněk Košek, figure contemporaine majeure de l’art brut. Puis cap sur la galerie Mercier et Associés où vous attend Midi Pile Selon 3. Dans un environnement imaginé par Jean-Max Albert se déploie une collection de X photographiés par Sara Holt et une installation inédite de Jean-Claude Mocik, Midi Pile au carré (notre photo d’ouverture), qui met le visiteur en orbite autour de Paris. Il vous faudra discuter avec l’artiste pour en savoir plus ou cliquez ici !
Dans le 13e arrondissement, l’OpenBach galerie propose de pénétrer dans l’univers pop de Julian Semiao, dont la peinture dresse un panorama ironique et onirique de notre société. L’expo se nomme : Dérive. Et si vous préférez demeurer sur la rive droite de la Seine, direction la galerie Charlot et l’accrochage célébrant les 10 ans de ce lieu consacré à la relation entre l’art, la technologie et la science. Vous y ferez connaissance avec nombre de pointures de ce périmètre de création comme Eduardo Kac, Anne-Sarah Le Meur, Laurent Mignonneau & Christa Sommerer, Quayola, Antoine Schmitt, Eric Vernhes et Zaven Paré.

Exposition Dérive de Julian Semiao. ©Julian Semiao

Oups ! Il est déjà 19 h. Avant de vous jeter dans la Nuit Blanche, sachez que des médiateurs équipés d’un coupe-vent blanc se tiendront à proximité des œuvres pour vous renseigner et qu’il vous sera également possible de vous en remettre à la lecture de cartels géants ou de flashcodes. Cette année, trois grands secteurs sont à explorer : Paris-Rive gauche, Paris-Rive droite et Grand Paris. Si le collège des Bernardins a choisi de diffuser, sous ses voûtes cisterciennes, les classiques de la musique électronique du XXe siècle, de Messiaen à Stockhausen, d’autres lieux inspirés ont préféré se tourner vers l’art pictural. Ainsi, l’église Saint-Pierre de Chaillot accueille, jusqu’à 1 h, les 14 stations de Laurent Saksik, un ensemble de quatorze toiles en résonance avec l’œuvre de Barnett Newman et celle du Caravage. Attention, l’artiste est forcément en embuscade… S’il vous « attrape », il vous demandera ce que vous voyez. Ce n’est pas un piège, seulement une introduction au dialogue. Il y a des lumières qui rendent plus volubiles que d’autres.

Laurent Saksik à la galerie Bellem. ©Laurent Saksik, photo MLD

Non loin du Châtelet, le CNES vous accueille dès 13 h et jusqu’à 1 h également. Ici, les amateurs de grand écran peuvent se laisser aller à Condition d’élévation d’Isabelle Prim et à Ecouter le battement de nos images d’Audrey & Maxime Jean-Baptiste, films qui revisitent deux lieux essentiels de l’activité spatiale française et européenne : le Centre de lancement de ballons d’Aire-sur-l’Adour, dans le sud de la France, et le Centre spatial guyanais, à Kourou, actuel port spatial de l’Europe. ArtsHebdoMédias est partenaire de l’événement. Le Musée d’Art Moderne de Paris propose, quant à lui, deux œuvres stars. Celles de Sheila Hicks et de Jimmie Durham. Difficile de résister au travail de la matière sensible et colorée de la première et aux sculptures d’os, de métal, de bois… de l’autre. Au Mahj, c’est Maya Zack la vedette. Cette Nuit Blanche sonne le début de La Mémoire en action qui présente, pour la première fois en France, la trilogie de l’artiste composée de Mother Economy (2007), Black and White Rule (2011) et Counterlight (2016-2017), des films qui conjuguent cinéma, photographie, mais aussi sculpture pour s’interroger sur le risque d’oubli à une époque où disparaissent les derniers témoins de la Shoah.

La Mémoire en action, Maya Zack, au Mahj. ©Maya Zack

A Nanterre, La Terrasse s’anime singulièrement. Le public est invité à un parcours inédit entre l’exposition de Zohreh Zavareh et des installations éphémères au cœur du quartier des Groues investi par huit artistes – Karine Bonneval, Thierry Boutonnier, Teresa Dillion, Elek Ember, Sean Hart X Josèfa Ntjam, la compagnie Fredando et Fabian Knecht. Et si la Terre était au centre ? (19h-1h) est une déambulation « entre champ de coquelicots lumineux géants, sculptures auditives, plantes en révolte, arbres voyageurs, méditations magiques, performances sonores live et intervention street art. Objectif : réfléchir à nos relations avec le vivant », explique les organisateurs. A Saint-Ouen, les noctambules auront aussi leur parcours. Grâce à Mains d’œuvres, ils pourront expérimenter la soupe primordiale de l’univers ! A/Biogenesis est une expérience audiovisuelle interactive monumentale imaginée par le Collectif Ascidiacea.
Voilà, voilà ! Et pour ceux qui n’auraient pas envie de se lancer dans une épopée urbaine et préféreraient rester dans leur douillet canapé, sachez que la Nuit Blanche s’exprime aussi sur le Web à travers, notamment, des vidéos comme celle où Françoise Pétrovitch parle de Se laisser pousser les animaux . Pour en savoir plus, il vous faudra cliquer ! Impossible de vous quitter sans vous signaler un bonus en provenance d’outre-Manche ! A Londres, à Piccadilly Circus exactement, les promeneurs peuvent chaque jour du mois d’octobre découvrir une œuvre d’Ai Weiwei, diffusée sur un écran géant visible de la rue. Fervent utilisateur d’Internet et de ses réseaux, l’artiste y partage également cette rétrospective pour le moins originale. Infos et programme sur circa.art. Amusez-vous bien !

Le travail d’Ai Weiwei sur écran géant. ©Ai Weiwei