L’idée germait depuis la Renaissance, avec la création d’une remarquable galerie de peinture et d’un cabinet de curiosités par la dynastie des Gouffier au château d’Oiron. Elle fut reprise dans les années 1990 sous le « ministère Jack Lang » – pourquoi ne pas créer une collection d’art contemporain dans ce lieu d’exception restauré par l’État au milieu du Poitou ? Le 14 juillet 2023 ArtsHebdoMédias était convié au vernissage de l’exposition Matrimoine, qui célébrait les 30 ans de la collection Curios & Mirabilia, conçue tel un vaste cabinet de curiosités ! Pendant ce temps-là dans le champ du documentaire, a.p.r.è.s Production, notre partenaire, œuvrait à la diffusion de l’art, témoin de ses acteurs, de leurs actes et de ces lieux inspirants qui font résonner la création contemporaine avec le patrimoine, tissant des liens entre les hommes et les femmes sur leurs territoires. La réalisation d’un film, qui puisse s’inscrire au sein de cette inventive collection audiovisuelle « Quand l’art … » créée par Gilles Coudert, s’est concrétisée au printemps, sous la forme d’un DVD, d’un lien VOD et d’une diffusion sur France TV !

Le 7 mai dernier « Quand l’art abolit les frontières » le film de 52’ réalisé par Véronique Godé et Damien Faure avec les habitants de Oiron, les intervenants du château et six acteurs majeurs de la collection était projeté en avant-première, salle comble au Musée de la chasse et de la nature à Paris où sa nouvelle directrice Alice Gandin a évoqué non sans une certaine émotion combien l’expérience singulière de la collection Curios & Mirabilia avait illuminé et inspiré le début de sa carrière. Son fondateur, le conservateur Jean-Hubert Martin, dont les faits d’arme – ne serait-ce que l’exposition, Les magiciens de la terre, en 1989, exemplaire et pourtant controversée à l’époque – a rappelé sur la « scène » du musée, le contexte, les enjeux et les positionnements de l’aventure d’Oiron développés dans le film documentaire : il s’agissait en outre d’ouvrir l’art contemporain aux cultures extra occidentales par des invitations faites à des artistes internationaux, sans faire fuir, bien au contraire, les publics locaux pour lesquels le château fut une terre d’expérimentation.

Ainsi parmi plus de 67 actes artistiques sensoriels et/ou manifestes que compte la collection, les réalisateurs du film – produit par a.p.r.è.s Production, vous l’aurez compris -, soutenu par France 3 Nouvelle Aquitaine, le CNC, le Cnap et le Cmn, décidèrent d’articuler le scénario autour de trois œuvres majeures qui au cours des années ont fédéré les gens du village mais aussi du Thouarsais autour de leur château : l’œuvre collective de l’artiste Christian Boltanski – une série de plus de 150 portraits d’écoliers, photographiés à l’école de Oiron dès les années 1990, tisse des passerelles entre passé et présent, tandis qu’une œuvre participative de l’artiste Raoul Marek propose aux Oironnais de se retrouver pour un dîner rituel annuel dont les assiettes à leur effigie ont été réalisées à la manufacture de Sèvres à partir de Polaroïds shootés par l’artiste chez l’habitant. Enfin, l’artiste et peintre Laurent-Marie Joubert y célèbre les 30 ans de Curios & Mirabilia créant in situ, avec des femmes muralistes sud-africaines en résidence au château (Maria Motang, Joyce Ndimande), le compositeur Mo Laudi sonore et des habitants du Thouarsais, une œuvre collaborative qui abolit les frontières de territoire, d’espace, de genre ou de hiérarchie en art. Lire notre article paru à ce sujet en 2023, ici

Ce qui aujourd’hui peut nous paraître assez naturel, voire banal, n’aurait jamais pu se faire sans l’impulsion de l’Etat ni la volonté et l’investissement de deux institutions qui se sont rapprochées à l’époque : le Centre des Monuments Nationaux, incarné dans le film par sa présidente actuelle, Marie Lavandier, et le Cnap, Centre nationale des arts plastiques, dont la directrice, Béatrice Salmon, nous rappelle à l’écran combien « Oiron fut un laboratoire autant qu’une machine à rêve ». D’autres paroles rapportées par la voix off de Charles Berling, conteur de cette singulière aventure souligne, que c’est « par un acte révolutionnaire, en 1791, que l’Etat décidait de soutenir des artistes vivants et de leur passer commande. » Un rappel essentiel quand aujourd’hui, certains élus régionaux entendent réduire à néant des années de tissage, d’engagement, de transmission et de joie, par des coupes budgétaires insensées, sans même en avoir évalué les conséquences économiques !

L’expérience unique du château d’Oiron montre à quel point les artistes* ont contribué à abolir les frontières psychologiques, locales, territoriales ou internationales, tout en faisant résonner l’art le plus contemporain avec le patrimoine. Le film est une traversée des œuvres rythmée par la musique de Xavier Roux, accompagnée par les interventions du magicien Mehdi Ouazzani qui s’en nourrit pour créer des spectacles ; on y retrouve les lumières du directeur du château, Jean-Luc Meslet qui vit naître la collection, des guides et conférenciers Catherine Duvals, Agathe Génié et Corentin Letang mais aussi l’émotion et l’engagement quotidien des instituteurs, des professeurs et des bénévoles investis au château. Une projection se tiendra dans les lieux le 28 juin prochain à 14h30 dans le cadre du vernissage de l’exposition temporaire estivale dédiée cette année à Yona Friedman.

Infos pratiques> « Quand l’art abolit les frontières », un film de Véronique Godé & Damien Faure de 52’, raconté par Charles Berling, produit par Gilles Coudert pour a.p.r.è.s production, avec la participation de France Télévisions et du Centre national du cinéma et de l’image animée, avec le soutien du Centre des monuments nationaux et du Centre national des arts plastiques. Le film est visible depuis le 7 mai et encore quelques jours sur ce lien. Et disponible en DVD sur le site d’a.p.r.è.s Production
Pour en savoir plus sur le château et la collection cliquer ici !
Visuel d’ouverture> Image capturée du film « Quand l’art abolit les frontières », fondu entre l’œuvre de Philippe Ramette et celle de Thomas Shannon.

