Thomas Demand | Le bégaiement de l’histoire

L’artiste (né en 1964 à Munich) a passé la majeure partie des trois dernières décennies à explorer les imbrications de l’histoire, des images et des formes architectoniques. Dans ses objets photographiques grand format, l’histoire se présente comme un fac-similé, aussi banal que perturbant, d’épisodes médiatiques que l’on ne reconnaît jamais tout à fait. Bien que ses images paraissent représenter le monde réel, on constate, en les examinant de plus près, qu’elles n’entretiennent avec lui qu’un fragile rapport de ressemblance. Il s’agit en vérité de photographies de sculptures éphémères recréant des images que l’artiste a prélevées dans les médias, puis reconstituées en papier et en carton dans le but précis de les photographier. La clé de l’œuvre de Thomas Demand réside dans la boucle de rétroaction formée par les histoires effectives que nous habitons, les documents photographiques empruntés aux médias, les sculptures qui les recréent et leur remise en circulation dans notre monde, via ces inquiétantes versions para-photographiques. L’exposition couvre l’ensemble de sa carrière en quatre grands volets. Il y a tout d’abord les histoires inquiétantes, photographies de grande dimension de scènes anonymes, dont la banalité apparente dissimule l’importance historique. Les Dailies, de plus petit format, explorent les mystères de la vie quotidienne à partir d’images photographiées par l’artiste avec son téléphone. Sa fascination pour les formes architectoniques transparaît dans les Model Studies, qui documentent les maquettes en papier créées par des architectes et les patrons réalisés par de grands couturiers, mais aussi dans les papiers peints de sa propre conception, qu’il utilise pour doter d’une dimension spatiale sa pratique de la photographie et de la sculpture. Visuel > Thomas Demand, Refuge II, 2021, C-Print / Diasec, 160 x 200cm.