Maurice Blaussyld et Samuel Richardot | Duographie

« Maurice Blaussyld et Samuel Richardot sont deux artistes a priori si différents qu’on ne saisit pas ce qui les réunit. Disons-le d’emblée, tous deux ont un rapport au silence. Celui du premier est hiératique, celui du second est coloré. Lorsque la Fondation d’entreprise Ricard m’a proposé de les réunir dans une exposition, j’ai imaginé cette Duographie comme la rencontre contrastée de deux silences dont la cohabitation semble inattendue. (...) Formes épurées, tonalités neutres de gris, noir et blanc : les œuvres de Blaussyld (installations, sculptures, dessins) dénotent une économique esthétique maigre et itérative, l’artiste travaillant en outre un corpus restreint d’œuvres, depuis 30 ans. (...) L’artiste conçoit ses œuvres comme des apparitions reproduites lors de chaque exposition. Chaque apparition est donc unique, l’idée coïncidant avec sa réalisation : cette pratique semble pour le moins platonicienne. Blaussyld définit en effet son art comme une ontologie tandis que son vocabulaire est celui d’une mystique, néanmoins sans dieu : “vision”, “apparition”, “être”, “un ”. (...) L’art de Richardot nous emmène vers un tout autre horizon de silence auquel les grands fonds blancs de ses peintures renvoient. Celles-ci se caractérisent par une composition éclatée : le silence est parsemé d’apparitions fragmentaires, palpitantes. Des figures flottent et se détachent dans un espace indéfini, sans profondeur, neutre ; leur répartition éparse semble aléatoire. (...) Récurrents d’un tableau à l’autre, les motifs colorés et graphiques composent un vocabulaire, comme une grande famille d’individus tous différents – rayures, zébrures, losanges arlequinés, marbrures, ronds, lignes droites, bouclées ou erratiques. Maigre et sans matière, la peinture de Richardot, qui affirme sa condition de surface, est plate comme une image, jouant aussi des effets illusionnistes.  (...) La rencontre des deux artistes est pour le moins stimulante, deux silences communiquent : l’un, métaphysique, opère à distance et lentement ; l’autre, plus spontané, associe l’instant présent et une mémoire esthétique. Quoique très différents, ils se retrouvent néanmoins dans un art non représentatif, suggestif bien qu’incisif, un art du seuil qui fait place au silence, à une diversité de silences… Car, faire silence est “extra-urgent”. » Anne Bonnin, commissaire de l’exposition. Visuel : De gauche à droite, Sans Titre (2008/2009/2010) par Maurice Blaussyld (photo Francis Dubuisson) et Mojave (2016) par Samuel Richardot.