Julie Polidoro | L’air que je respire n’a pas de bord

C’est presque un sentiment de terreur qui sourd des deux dernières séries de travaux de Julie Polidoro, d’autant plus insidieux que leur raffinement chromatique et l’éclat précieux de certaines teintes exercent une attraction sensuelle, voire jubilatoire, sur l’œil. Si les motifs divergent – les « Invisibles » d’une part, des êtres condamnés à l’exil et parqués par les autorités des pays qu’ils tentent de rejoindre, les tempêtes de sable de l’autre – ces deux corpus s’articulent tragiquement. Ils sont parcourus par la même urgence. Car malgré la simplicité de leur support (toiles sans châssis pendues sur un mur), ces œuvres actualisent, loin de toute dramatisation, la catastrophe, dérèglement climatique ou déplacement forcé de populations, deux symptômes inextricablement liés d’une crise d’ampleur planétaire. Le décalage temporel induit par les images dont Julie Polidoro s'inspire, installe son geste dans l’incertitude et soumet le regardeur à l’attente, que ce soit celle de migrants incertains de leurs sorts ou celle qui précède les déchaînements de la nature. Visuel > Parking-People, 2022,pigments sur toile de lin suspendue, 120 x 165 cm. Photo G. Benni. @Adagp.