Bruno Dufour-Coppolani, Vicenta Valenciano | Epiderme

Valenciano

« Lorsque la peau fait signe c'est toujours pour inquiéter ; suspecte elle n'a jamais été une question picturale. Elle est pourtant ce que l'on voit. On a pu parler d'incarnat pour en approcher la teinte, ou de clair-obscur pour en signifier la forme. Mais la peau est un composé, pas une couleur ; elle est un processus, pas une forme. A l'atelier, pour l'aborder, il faut en conséquence s'ouvrir au phénomène. Il faut rendre leur place aux événements et provoquer les accidents. La matière sablée et ses agglomérats, les interactions chromatiques, les glacis, la stratification des couches, la migration naturelle et aléatoire des pigments constituent la base expérimentale. Des protocoles sont ensuite retenus pour que les réactions picturales se fassent réactions cutanées. In fine la surface menacée rend sensible ce qui menace le corps. » Bruno Dufour-Coppolani. « Profondément inspirée de l’idée de Liquid Modernity de Zygmunt Bauman, sociologue qui décrit la métamorphose de la modernité́ passant d'une phase solide à une phase liquide, où les individus ont perdu toutes références solides et doivent devenir de plus en plus et instantanément adaptables, je transgresse physiquement la nature de la peinture pour qu’elle suive la même évolution. Mes Liquid Paintings ont donc perdu la partie qui pourrait leur donner leur “solidité́”, à savoir : le support. (...) Elles sont pures surfaces décollées, fines épidermes arrachées de leur corps, qui nous promènent dans le procèdé d’un tableau, du dessin initial et les premiers coups de pinceau, dévoilés de façon novatrice, jusqu’au tableau fini. » Vicenta Valenciano. Visuel : de gauche à droite The fragmentation of the self, self portrait VI, Vicenta Valenciano (2012) et Après Mapplethorpe, Bruno Dufour-Coppolani (2010).