Damien Cadio | Murailles

"J’avoue n’avoir à l’égard des philosophies mystiques qu’un intérêt sans équivoque, analogue, pratiquement, à celui qu’un psychiatre porterait à ses malades : il me paraît sans portée de se confier à des instincts qui, sans coup férir, ont pour but les détournements et les carences les plus pitoyables. Mais il est difficile de rester aujourd’hui indifférent aux solutions même en partie faussées apportées au début de l’ère chrétienne à des problèmes qui ne paraissent pas sensiblement différents des nôtres (qui sont ceux d’une société dont les principes originels sont devenus, dans un sens très précis, lettre morte, d’une société qui doit se mettre en cause et se renverser elle-même pour retrouver des motifs de force et d’agitation). C’est ainsi que l’adoration d’un dieu à tête d’âne (l’âne étant l’animal le plus hideusement comique mais du même coup le plus humainement viril) me paraît susceptible encore aujourd’hui de prendre une valeur très capitale et que la tête d’âne tranchée de la personnification acéphale du soleil représente sans doute, pour imparfaite qu’elle soit, l’une des plus virulentes manifestations de la Muraille." D’après G. Bataille. Visuel : Damien Cadio, I built myself a metal bird, 2012 (25 x 30 cm, huile sur bois) © galerie Eva Hober.