Mobiliser le monde de l’art et proposer des lots d’exception pour financer l’aide médicale d’urgence à l’Ukraine, voici le challenge que relèvent de concert la Maison Daguerre, l’Hôtel Drouot, et le Comité d’Aide Médicale (CAM) Ukraine le 2 juillet prochain, lors d’une vente aux enchères caritative. Alors que le CAM Ukraine ne ménage pas ses efforts au quotidien pour venir en aide aux victimes de la guerre qui bouleverse les vies, détruit les infrastructures et épuise les ressources des populations civiles depuis 2022, artistes, galeristes et mécènes manifestent leur solidarité en offrant des œuvres et autres pièces prestigieuses, afin d’aider à financer actions humanitaires et achat de matériel médical vital. Dans le catalogue de la vente à Drouot, les œuvres de nombreux artistes, dont celles d’Ivan Marchuk et de Plantu, témoignent d’un engagement profond face à l’urgence de la situation en Ukraine. Par un refus commun du silence, ces artistes proposent une série d’œuvres aux langages plastiques multiples. Graffiti, dessin, peinture augmentée, photographie et sculpture se croisent ici à la faveur de cette belle action caritative. En voici un aperçu.
Le jeudi 2 juillet, dans la salle 9 de l’Hôtel Drouot, la vente aux enchères caritative en faveur de l’aide médicale en Ukraine s’ouvrira dès 19h. L’une des présences les plus marquantes de cette vente est sans conteste celle d’Ivan Marchuk, monument de la peinture contemporaine et fondateur de l’avant-garde ukrainienne. Né dans les années 1930, le maître, classé parmi les « 100 génies vivants » par The Daily Telegraph, continue d’incarner l’extraordinaire vitalité de la création picturale ukrainienne dans le monde. Son œuvre, immédiatement reconnaissable grâce à son invention d’un langage pictural conçu telle une sorte de dentelle composée d’entrelacs de lignes fines superposées, le pliontanisme, qui semble tisser la matière autant qu’il peint la lumière. Une trame rayonnant au point qu’en 2024, la Banque nationale d’Ukraine a célébré cette contribution artistique en émettant des pièces de monnaie commémoratives dédiées à son style unique.

De nombreuses et nombreux artistes d’Ukraine, tels qu’Oksana Mas, Nikita Kravtsov et Olesya Trofymenko, de France et d’ailleurs soutiennent l’opération en offrant des œuvres pour cet évènement. Parmi les autres signatures majeures qui répondent à cet appel, Yann Toma, artiste-chercheur et observateur auprès des Nations Unies, propose un Portrait onirique de Volodymyr Zelensky (2026), témoignant de son engagement profond pour la lumière et l’énergie collective. Avec son trait unique et une approche poétique, Jacek Wozniak, célèbre dessinateur de presse autant que peintre franco-polonais, témoin de l’histoire polonaise, signe une aquarelle, qui s’impose comme un cri silencieux aux couleurs de l’Ukraine, autant qu’un hommage puissant.


Dans une approche réflexive sur les mutations de notre monde, Valéry Grancher, pionnier de l’art en ligne, présente trois œuvres emblématiques dont Scientifiques au Pôle Nord. À travers l’aquarelle ou l’huile, augmentées par la RA, il interroge avec acuité la saturation numérique de notre environnement face aux paysages naturels, nous laissant vivre des expériences immersives où la matière physique dialogue avec le flux numérique.

La technologie, comme prolongement du vivant, est au cœur de la démarche d’ABK (Alexandra Boucherifi-Kornmann), fondatrice de « l’augmentisme », courant pictural aussi appelé peinture augmentée, hybridant le pigment au pixel à travers diverss outils tels que la RA, l’IA, le mapping, le QR code, etc. Pour l’anecdote, ce courant pictural a littéralement voyagé sur Mars à bord d’un Rover de la NASA en 2020. Ses pièces Bio Circuit, peinture augmentée d’une vidéo que l’on peut relier à la toile par RA ou QR code, et Après l’explosion explorent les mondes naturels et synthétiques.

Cette pratique se prolonge sous une forme physique et magnétique chez TEURK. Issu de l’art urbain et membre du mouvement des Augmentistes, cet artiste expérimental utilise limaille de fer, fluides et aimants dans son œuvre Mirage magnétique, afin de révéler les forces invisibles structurant la matière. Bien plus qu’une représentation du réel, son travail met en exergue les processus chimiques et physiques qui le gouvernent, offrant ainsi une expérience picturale élargie.

De son côté, L’Atlas, issu de la scène graffiti, apporte sa rigueur géométrique avec Sweet life (2025), une œuvre à l’aérosol sur vitre de métro. Figure incontournable de la scène urbaine depuis les années 1990, l’artiste a construit son langage visuel autour de l’écriture, de la géométrie et de l’abstraction. Aujourd’hui, il poursuit une recherche exigeante centrée sur la ligne et la structure, qu’il érige en fondements d’un langage formel qu’il continue de questionner.

Ernest Pignon-Ernest, figure tutélaire de l’art urbain français, est présent avec une estampe (en ouverture de l’article) issue du Parcours Mahmoud Darwich au Checkpoint Qalandia (2009). Pionnier de l’art éphémère, il investit la rue, depuis 1966, pour exalter la mémoire et les mythes. Ses interventions, devenues des icônes mondiales à l’image de ses portraits de Rimbaud ou Pasolini, témoignent d’une volonté constante de confronter l’art à l’espace public et à l’histoire des luttes, interrogeant sans cesse notre humanité.
Artiste graffeur, Crey 132, présente Peace & Love n°5, pièce maîtresse d’une série initiée en 2020, en plein mouvement Black Lives Matter, en réaction à la violence et au racisme décomplexé de notre société. À la bombe, l’artiste grime des visages aux regards envoûtants, transformant les traits humains en véritables « fenêtres de vie » qui interpellent directement la conscience et l’humanité du spectateur.

Enfin, c’est à travers la poésie minérale de la plasticienne tunisienne Sadika Keskes que se clôture cette sélection. Maître verrier formée à Murano dans les années 1980, elle présente Au-delà d’Euclide : L’Équation du Souffle. Composée de ses célèbres modules géométriques rectangulaires façonnés entre air et feu, cette œuvre porte en elle toute la force de Sadika Keskes, « artiste guerrière » dont l’engagement fait la renommée internationale. Connue pour ses Tombeaux de la dignité, elle déploie son travail à partir d’une tension entre esthétique pure et urgence géopolitique. À travers cette sculpture en verre soufflé, elle expose la fragilité de notre condition et réaffirme, avec une constance admirable, son engagement indéfectible envers la dignité humaine.

L’ensemble des pièces proposées transforme cette vente aux enchères en élan de solidarité. Le 2 juillet prochain, à l’Hôtel Drouot, le marteau de la Maison Daguerre ne se contentera pas de sceller des transactions mais résonnera comme un acte de soutien vital à l’aide médicale d’urgence pour le peuple ukrainien.

Infos pratiques> Jeudi 2 juillet 2026, 19h. Exposition des lots : mercredi 1er juillet de 11 h à 18 h, jeudi 2 juillet de 11 h à 17 h. Hôtel Drouot, Salle 8 et 9, 9 rue Drouot, 75009 Paris. Maison de ventes : Daguerre. Tél. : 01 45 63 02 60 et e.d@daguerre.fr
Image d’ouverture> Port-au-Prince (Haïti). © Ernest Pignon-Ernest

