Le Palais idéal du facteur Cheval est un lieu résolument hors du temps où désormais différentes époques se croisent. Depuis 2019, son directeur Frédéric Legros y propose régulièrement des expositions-rencontres entre figures du XXe siècle et artistes de la scène contemporaine, afin de faire résonner ce monument-œuvre avec la création d’hier et d’aujourd’hui. Cette année, l’œuvre de Leonor Fini (1907-1996) entre en dialogue avec celle de Florian Mermin.
Dialogue audacieux que de confronter une sélection d’œuvres de la célèbre peintre surréaliste, Leonor Fini, tombée sous le charme de l’étonnante construction de Cheval lors de sa visite première en 1939, avec le travail récent de Florian Mermin, artiste français qui s’intéresse au Palais idéal depuis sa découverte à l’automne 2019, le jour de ses 28 ans. A croiser leurs univers, il est au premier regard évident qu’ils sont tous deux, chacun à leur manière, férus de fantastique, voire d’une certaine théâtralité dans les effets comme dans la mise en scène de leurs sujets respectifs. Leurs mondes semblent ainsi sans cesse se croiser et s’entrecroiser, les céramiques du jeune sculpteur constituant ici une ode délicate autant que baroque à la mystérieuse évanescence des personnages particulièrement ambivalents de Leonor Fini.
Le choix des œuvres y est pour beaucoup, particulièrement pour Le Sphinx et la rose qui a donné son titre à l’exposition, et dont l’essence même de la fleur célébrée, opère depuis quelques années une véritable fascination sur Florian Mermin. Au-delà de sa représentation visuelle, il a souhaité prolonger l’expérience sensorielle en convoquant l’odorat à travers la création d’un parfum de rose que diffusent subtilement de sinueuses et rouges bougies venues orner deux appliques semblant tout droit sortie d’un film de Cocteau, ou de quelque savoureuse nouvelle d’Edgard Allan Poe. Ainsi « la reine des fleurs » devient-elle le personnage principal de la scène qui se joue sous nos yeux, tout autant peinture que senteur, à la fois ornement et motif de sculpture quand l’artiste va jusqu’à lui dédier un flacon inédit, céramique au format impressionnant, réhaussée d’épines de roses et reposant sur des pattes de sphinx. Quelques papillons d’un étonnant bleu électrique s’en échappent, comme pour, d’un vol, rejoindre soudain le fond mystérieux d’une peinture de Leonor Fini. La poésie fait loi, et, d’entrée, la magie opère, celle de tous ces êtres aux contours incertains venus danser au clair-obscur et à la gloire d’un palais aux fastes retrouvés.

A travers ce dialogue hautement visuel et symbolique, l’exposition interroge ce qui persiste de l’énigme, du rite et du merveilleux dans l’art, belle manière de célébrer la folle création, née il y a plus d’un siècle de l’imaginaire d’un seul homme nommé Cheval. Ici, tout n’est que théâtre et métamorphose, et les images s’embrouillent, des murs recouverts d’une tapisserie panoramique, qui nous plonge au cœur de l’édifice tel un miroir grossissant, aux multiples éléments sculptés dans la terre, que Florian Mermin a souhaité disperser partout dans l’espace, constellation à la fois vivante et inanimée prête à nous embarquer bien au-delà de la réalité. Que ce soit dans les détails du modelage, ou par les formes curieuses de ses chandeliers, appliques ou autres objets aux lignes brutes ou semblant même parfois inachevées, l’œuvre du sculpteur contemporain rejoint celle du facteur né au XIXe siècle pour s’y fondre et s’y confondre dans la même et étonnante liberté de création et d’expression. Au fil de ce voyage dans le temps, et devant une telle exubérance assumée, la filiation se révèle de plus en plus évidente. Aussi de cette matière, par les deux hommes à la terre mère arrachée, afin de la transformer, la transcender, en une œuvre revendiquée, ou devrait-on dire dans le cas présent, un rêve simplement réalisé !

Infos pratiques> Leonor Fini & Florian Mermin, Le sphinx et la rose, jusqu’au 30 août, Palais Idéal Facteur Cheval, Hauterives (26). Suivi d’une exposition personnelle de Florian Mermin, Le parfum des absents, du 19 septembre au 11 novembre 2025.
Image d’ouverture> Vue de l’exposition Le sphinx et la rose. ©Margot Montigny

