Réalités Nouvelles entre abstractions et sciences

Fluorescence bleue 1, 2023, 60 x 80 cm ©Hippolyte Dupont

Pour sa 78e édition du 17 au 20 octobre 2024, Réalités Nouvelles maintient son cap de soutien aux artistes, avec le concours du ministère de la Culture et de l’Adagp. Déployé en deux lieux, à Paris – sous la verrière de l’Espace Commines dans le Marais et au Réfectoire des Cordeliers près de l’Odéon –, le Salon réunit chaque année des artistes qui travaillent dans le champ des abstractions et présentent chacun une œuvre : peinture, sculpture, gravure, dessin, ou photographie. Depuis 2014, la manifestation explore également l’intersection Arts et Sciences. ArtsHebdoMédias vous propose de découvrir en avant-première les installations du collectif Percept-Lab, du duo B_Long, de Jean-Marc Chomaz ainsi que les photographies d’Hippolyte Dupont. A noter, qu’un colloque est organisé le samedi 19 octobre (17h30-19h, Espace Commines) à partir des photographies réalisées en 1939 lors de l’exposition Réalités Nouvelles. Une occasion de prendre la véritable mesure de l’événement.

Percevoir le bruit du monde, œuvre collective coordonnée par Jean-Marc Chomaz avec Olivier Doaré et Quentin Benelfoul, et la participation de Elsa Lubek, Audrey Gosset, Marie-Eve Morissette, Antonin Gagnere et Joaquim Pereira de Almeida Neto dans le cadre du Lab1 de l’école d’été Useful Fictions. ©J.-M. Chomaz, photo Julie Everaert

Imaginons un monde où le son ne s’entend pas mais se ressent et devient presque palpable. Les vibrations sonores, qu’elles soient parole, murmure, musique ou bruit, résonnent dans notre corps. Mais le son est aussi la respiration qui permet le chant, les aurores dans la nuit polaire, la genèse des mondes. Ces vibrations représentent un univers de langages sensibles, de calligraphies invisibles. Tous ces instants se perdront dans le temps comme souffle dans le vent. Au-delà des tympans, les muscles, les organes, le squelette entrent en vibration sous le flux des ondes acoustiques. La peau perçoit le contact, la texture et les battements de l’air, d’une surface ou d’un corps. Trois installations proposent des sculptures invisibles de vibrations et de mouvement d’air. Elles explorent la transformation des sons en vibrations, en textures et en souffle, permettant ainsi de les ressentir d’une autre manière, ouvrant la voie à une nouvelle compréhension, à de nouvelles illusions. Au visiteur d’explorer ces Temps–Espaces en regardant par sa peau, en écoutant à travers son corps.

Percevoir le bruit du monde, 2024, œuvre collective coordonnée par J.-M. Chomaz avec O. Doaré et Q.Benelfoul, et la participation de E. Lubek, A. Gosset, M.-E. Morissette, A. Gagnere et J. Pereira de Almeida Neto dans le cadre du Lab1 de l’école d’été Useful Fictions. ©Chomaz, photo Julie Everaert

Le ZONY de l’antimoine de Percept-Lab (Filippo Fabbri, Laurent Karst, Kamran Behnia)

Le ZONY de l’antimoine traduit une approche à la fois poétique, sensorielle et esthétique d’une recherche scientifique sur la caractérisation de la pierre d’antimoine à partir des surfaces de Fermi. Au cœur de ce dispositif sensoriel, la forme sculpturale n’a pas été conçue par l’homme. C’est la nature qui l’a dessinée. ZONY incarne une géométrie complexe, un agencement organique de courbes entrelacées, une sensualité de lignes portées par une rigueur géométrique. Résultat d’un savant processus physique et mental, elle lévite au-dessus de la pierre d’antimoine, en émettant un son. Elle tourne lentement, comme si elle voulait la décrire en un mouvement qui s’oppose à sa statique. Cette installation est une vanité autant qu’un hommage à la science et à la fascination qu’elle exerce sur nos sens.

Le ZONY de l’antimoine, 2024. ©Percept-Lab (Filippo Fabbri, Laurent Karst, Kamran Behnia)

Les photographies d’Hippolyte Dupont

La physique – et plus particulièrement l’optique – offre une grande variété d’effets au fort potentiel esthétique. Utiliser des phénomènes physiques méconnus à des fins de création artistique est devenu l’objet central du travail d’Hippolyte Dupont. Son attention se porte notamment sur la physique des lasers. La série exposée débute par Luma bleu, l’une des premières créations de l’artiste utilisant des lasers. Un faisceau, déformé par un filtre rugueux, y génère des motifs circulaires délicats. Cette technique, inspirée des expérimentations de Thomas Wilfried dans les années 1920, marque le début de sa recherche photographique autour des lasers. Projet qu’Hippolyte Dupont a souhaité approfondir dans le cadre d’un projet plus vaste. C’est ainsi qu’est née sa collaboration avec le Laboratoire de Physique des Lasers (Université Sorbonne Paris Nord), où il a rencontré Sébastien Forget, qui travaille sur le développement de nouveaux lasers à base de colorants. Plusieurs matériaux utilisés dans la fabrication de lasers ont ainsi été photographiés, dont l’un est d’aspect cylindrique (image d’ouverture). Dans ce matériau, des bulles d’air se sont formées, rappelant en miniature l’ensemble de la structure. Lorsqu’il a été éclairé par une lumière ultraviolette, le colorant a restitué l’énergie lumineuse sous forme de fluorescence, produisant une douce lumière bleutée.

Luma bleu, 2022, photographie, 60 x 80 cm. ©Hippolyte Dupont

O’KIFF de B_Long (Carol-Ann Braun, Alain Longuet)

O’KIFF de B_Long conjugue deux approches. L’une, combinatoire, puise dans une base de données de photos d’objets géométriques découpés. La seconde, générative, consiste en des lignes qui surgissent du bas vers le haut de l’œuvre et recouvrent peu à peu les fragments photographiques. Les deux flux se complètent. La combinatoire construit, le génératif recouvre, les deux proposent une réflexion sur la persévérance. L’installation proposée dans le cadre de Réalités Nouvelles est la première itération d’une série de dispositifs artistiques imaginés pour La Station C, destinés aux acteurs de terrain et leurs publics, freinés par des conditions de vie et de travail précaires.

O’KIFF, détail, 2024, installation générative de B_LONG ©Alain Longuet & Carol-Ann Braun, ADAGP Paris 2024

Infos pratiques> Réalités Nouvelles, du 17 au 20 octobre 2024. Espace Commines, 17 rue Commines 75003 Paris. Réfectoire des Cordeliers, 15 rue de l’École de Médecine 75006 Paris. Entrée libre tous les jours 11h-20h.

Image d’ouverture> Fluorescence bleue 1, 2023, 60 x 80 cm. ©Hippolyte Dupont