OVNI, un objectif vidéo à Nice, de plus en plus identifié !

La 9e édition du festival international dédié à l’art vidéo en région Sud émet depuis le 17 novembre à partir de la grande Halle de la Station 109 à Nice, une vibration cosmique, dont les premiers signaux,  envoyés des chambres du WindsoR en 2015, se sont propagés sur tout un territoire : en 2023, grotte, château, école d’art, ateliers, centres d’art, galeries, chapelle et musées, vibrent au diapason jusqu’au 3 décembre.  Au Hublot, la 6e édition d’Artifice, l’exhaustif festival niçois dédié aux arts numériques – pluggé cette année sur les énergies du futur –  fait écho au « murmure des étoiles, the whisper of the stars » thème d’OVNi qui réunit à lui seul près de 25 artistes vidéastes issus du vaste monde au 109 (Sang neuf), pour une déambulation audiovisuelle tendue par le fil invisible mais ténu d’une résistance humaniste tangible. D’autres artistes en résidence, embarqués par « les vaisseaux satellites » dans des relations art-science (Justine Emard, Giulia Grossmann, Stéphanie Solinas…) s’attarderont dans joyaux et bastions des Alpes-Maritimes, tandis que les forces vives de l’Emergence sud se rejoignent du 1er au 3 décembre dans l’ancien Palace West-End en bord de mer ou encore dans les hôtels Le Deck, Le Grimaldi, ou La Villa Victoria, à quelques enjambées des instituts étrangers dont les réalisateur-trices invités prendront leurs quartiers à bord du WindsoR pour l’imprédictible RDV « Cosmopolis », dont les chambres sont ouvertes à toutes et à tous.

OVNi c’est depuis 2015 : 800 artistes, 1100 vidéos diffusées, 35 lieux de diffusion fédérés par édition, plus de 70 pays représentés, 500 partenaires et plus de 30 000 visiteurs. Mais c’est aussi une famille qui s’agrandit et tente de garder son ADN curieux engagé – jusqu’à la folie en 2022 – avec à la tête de sa direction artistique depuis deux ans, Nathalie Amae, épaulée par une équipe de bénévoles, de coordinateurs (trices), d’artistes scénographes acharnés dont Lili-Jeanne Benente qui accompagne non seulement les vidéastes dans la mise en scène de leurs chambres mais signe cette année au 109, la scénographie d’un parcours particulièrement soigné. Ce sont aussi des curateurs(trices) invité(e)s telles que Mathilde Roman dans un nouveau lieu à découvrir, la galerie La Gaya Scienza. Et puis une marraine, Laure Adler dont l’abduction par la philosophie ou les extra-terrestres eut déjà lieu ! Avec ses parcours à pied ou en bus, ses dédales en chambres, dans l’esprit assagi (peut-être) des déambulations dionysiaques antiques, OVNi est un événement dont la poïesis émane des œuvres comme des rencontres entre artistes, badauds, collectionneurs et professionnels…. C’est ainsi qu’hors du temps, au sortir de la chapelle de la Providence où se joue le parcours souterrain filaire en vision stéréoscopique, In-Urbe, dessiné et réalisé par Ugo Arsac, nous avons rencontré Mélanie Drouère*, une inconditionnelle du festival depuis 2016, qui nous proposa d’ouvrir cette colonne par un billet de cœur sur l’OVNi, un retour sur sa genèse.

© Laure Prouvost, Every Sunday, GrandMa-2022  exposée à la Gaya Scienza dans le cadre de l’exposition Faire, nager et s’envoler avec la video de Laëtitia Bourget, Above Front Tears Oui Float, 2022- et les oeuvres de Marcelle Cahn, Hélène Bertin … Commissaire Mathilde Roman, du 25 novembre Exposition du 4 novembre au 16 mars 2024, de 13h à 18h.

« En ce week-end d’ouverture de la neuvième édition du festival niçois, c’est toute une tribu de férus d’arts de l’image en mouvement, d’amateurs, de simples curieux, d’habitants, de professionnels, de journalistes spécialisés et de personnalités institutionnelles qui déambulait de lieu en lieu, dans l’énergie et la joie de la découverte : de lieu en lieu, des plus insolites et des plus hétérogènes – car c’est aussi là le but l’OVNI, redonner à voir des lieux méconnus par le biais de rencontres esthétiques, à regarder autrement son paysage familier –, dans une Nice élargie à ses environs, depuis la somptueuse exposition « Des choses qui sont parfois et accidentellement vraies » proposée dans la grande Halle de la friche industrielle du 109, jusqu’à la Grotte du Lazaret en passant par la Villa Ephrussi de Rothschild et ses neuf jardins de rêve (aujourd’hui académie des beaux arts, ndlr) ou encore au Château de Carros, jusqu’au centre-ville, notamment au Centre culturel de la Providence, – il n’y avait pas qu’un pas ! Mais une navette que l’équipe du festival avait pris soin de mettre à la disposition des curateurs et artistes invités, permettant de prolonger à bord, bon nombre d’échanges, rencontres et débats, dans les interstices entre visites d’installations et d’expositions.

© Martha Atienza Tigpanalipod, 2022, The Protectors 11° 02’ 06 .4” N 123° 36’ 24.1” E (2) – 37’41 », loop – Noir et blanc capture vidéo, DR. Depuis trois à cinq ans, l’œuvre de Martha Atienza « Tigpanalipod (The Protectors) 11°02’06.4 « N 123°36’24.1 « E » est apparue en même temps que les actes de mémoire nécessaires et les demandes de participation. Fièrement debout sur le bateau de pêche, le « nong » Antonio Dacomos Turib et sa famille sont venus des îles environnantes de Cebu et de Negros au siècle dernier. Ils sont venus à Mambacayao Dako pendant la saison de la pêche et ont décidé de s’installer définitivement sur l’île il y a plusieurs générations.

©Bani Khoshnoudi, El Chinero, un cerro fantasma 2023 – 11’00 » – Noir et Blanc. Capture video DR. El Chinero se situe dans le désert de la Basse-Californie au Mexique. Malgré son nom, il n’y a aucune trace du drame qui y eut lieu en 1916. Des centaines de migrants chinois sont morts en fuyant la violence du pays. Comment combler le vide avec des images, construire une archive là où il n’en existe pas ?

©Thierry de Mey, Dom Svobode, 2000 – 06′ – Noir et Blanc. Chorégraphie par Yztok Kovak. Film & music : Thierry De Mey. Production En-Knap. Capture video DR . « Dom Svobode » a reçu le « Prix du Meilleur Montage » (2000 – Lublijana) et le « Main Price » (2000 – Budapest). Ce film est une véritable prouesse technique puisque les danseurs (et la camera) défient les lois de la pesanteur en évoluant grâce à un système de cordage les retenant par la taille, à la verticale d’une paroi de falaise : le versant slovène des dolomites.

L’impulsion initiale de la créatrice du festival, Odile Redolfi-Payen, il y a de cela neuf ans, était de brasser les univers hôteliers et artistiques, une initiative sous-tendue par l’intuition qu’OVNi aurait le potentiel de se développer dans d’autres lieux, petits ou grands, institutionnels ou underground, dédiés ou non à l’art, dans tout Nice. Ce fut vite chose faite : l’édition 2016 rassemblait déjà 30 lieux des plus éclectiques, et c’est le réseau territorial qui se déploie aujourd’hui, formidable levier de production d’installations remarquables sur des terrains vierges d’art contemporain. Directrice d’un hôtel lui-même marqué de plumes artistiques – chaque chambre de cette maison de maître étant désignée par un peintre ou un plasticien, laquelle chambre porte d’ailleurs son nom tel un titre –, la fondatrice du festival désirait, avec le projet OVNi, partager cette sensibilité artistique avec tous les publics, en investissant son propre hôtel et des hôtels partenaires, dans une période assez « creuse » en matière de tourisme, la fin novembre, en mettant en scène des œuvres accessibles à toutes et à tous. Elle a choisi l’art de la vidéo.

©Lamia Joreige, Embrace 2004 – 04’30 » – Couleur, capture vidéo DR. La vidéo Embrace, qui fait partie de L’autre et la temps (exposition et livre), est un plan unique d’un couple dans un paysage urbain. À mesure que la caméra se rapproche, la prise de vue devient de plus en plus abstraite au lieu de fournir des « indications » supplémentaires. L’idée d’ Étreinte repose sur l’ambiguïté et la violence projetées en tout acte, à cet instant singulier où le réel et le non-réel sont indiscernables.

Neuf ans plus tard, les structures qui ont rejoint OVNi dès ses débuts s’en félicitent, tout autant que celles qui s’y associent actuellement se réjouissent de ce canevas partenarial absolument unique dans le paysage artistique français. Si l’hybridation des lieux est à saluer, la convergence de l’intention l’est tout autant, car l’objectif commun dans ce « Grand Nice » fédéré par OVNi, qui consiste à mettre en résonnance des œuvres et des lieux, à trouver pour chaque proposition artistique son juste écrin, que ce soit dans la ville élargie le temps d’un premier week-end, dans Nice intra muros le second, et dans les hôtels le troisième ; et ce, que les signatures soient émergentes ou de renom. Il s’agit de les accueillir pièce par pièce, dans des lieux adaptés.

Vue de l’expostion. Artiste ©Vir Andres Hera, Misurgia Sisitlallan [the afterlife]- 2017-2022 – 27′ – Noir et blanc. Des vues de phénomènes terrestres et de l’univers s’allient à des voix, formant une polyphonie chantée en nahuatl, en français, en fon, en anglais, en espagnol et en créole haïtien. En réunissant différentes temporalités, l’artiste explore la relation entre microscopique et macroscopique, harmonie et cacophonie, précision de l’imagerie scientifique et invocation de divinités précolombiennes ou africaines, entre naissance de l’univers et du parler.©photo Mélanie Drouère.
Vue de l’exposition au musée Fernand leger de Biot © artiste : Pierrick Sorin, Le balai mécanique, œuvre conçue dans le cadre du festival OVNI pour le Musée national Fernand Léger de Biot 
diffusée du 15 avril au 15 décembre 2023. ©photo orevo

Chaque année, OVNi se consolide, s’étoffe, se ramifie, et son arborescence est désormais exemplaire en matière de mixité (privée / publique), un tissu partenarial porté avec entrain et conviction par les institutions. C’était un plaisir en ce vendredi 17 novembre de voir se présenter l’équipe exécutive (de jeunes femmes) du festival à l’invitation d’Odile Reldolfi-Payen aux côtés de grandes personnalités du territoire pour lever le rideau sur cette nouvelle édition. Quelle grâce également dans le propos de la directrice artistique de l’événement, Nathalie Amae, présentant le très poétique fil rouge de l’année : The whisper of the star. Sous la bannière de cette référence mythologique astrale (le murmure des étoiles) au tintement des paroles humaines qui, une fois cristallisées en l’air dans le froid polaire, retombent au sol dans un léger bruissement, sont réunies cette année plus de 100 propositions artistiques, dont trois coproductions exclusives : les œuvres situées de Stéphanie Solinas, Justine Emard et Ugo Arsac. »

 Encore deux  week-end très denses au programme, et des œuvres à découvrir dans les lieux partenaires tout au long de la semaine : embarquez-vous !

Vue de l’installation au 109 où est projetée le film d’Abdessamad El Montassir, Galb’Echaouf 2021 – 18’43 » – Couleur – En enquêtant sur un événement qui a profondément changé le paysage du Sahara, Abdessamad El Montassir est confronté au silence des générations précédentes qui restent hantées par une histoire qu’elles ne parviennent pas à raconter. © Photo Mélanie Drouère
© Giulia Grossmann, Sol antico 2023, capture video. Artiste en résidence de recherche, de création et de transmission, du 8 juillet au 17 décembre 2023. au CIAC – Château de Carros, Terrae Sidera.Vidéos projetées – Sol antico, 2023 – La réponse de la Terre, 2020 – Proxima B, 2017

Compléments d’information>

OVNi – La Grande Halle, Station 109 « Des choses qui sont parfois et accidentelle- ment vraies », du 17 novembre au 3 décembre de 11h à 18h, du mercredi au samedi.

Synopsis : En 2022, un premier volet intitulé « Le monde est tout ce qui est » proposait un point de vue multiple sur notre rapport dichotomique au vivant. Les artistes conviés inscrivaient leurs œuvres dans une perspective organique, terrestre et culturelle jusqu’à la restitution numérique et technologique de l’idée de nature. L’exposition in fine intégrait en filigrane la dimension cosmogonique. Cette dimension est le sujet du second volet.

Production : OVNi, commissariat Nathalie Amae, directrice artistique. Scénographie : Lili-Jeanne Benente, directrice de production, en partenariat avec le Pavillon Bosio de Monaco et le concours de quatre élèves en post-diplôme : Eleonore Kabouche, Sarah Lacueille, Ahmad Reshad, Gabriel-Noé Rosticher.

Visites guidées et médiations  : Exposition OVNi à la Grande Halle du 109 | Pôle de cultures contemporaines : des visites guidées seront organisées pour des associations, scolaires, et groupes. Des médiateurs sont présents. Parcours Hôtels : possibilité de réserver des visites de groupes à raison de 6 inscrits minimum. Contact : marine.ovni@gmail.com

OVNi, parcours villes avec toutes les galeries et lieux impliqués

OVNi, parcours hôtels du 1er au 3 décembre

Horaires : Exposition OVNi à la Grande Halle du 109 | Pôle de cultures contemporaines : 11h-18h. Se référer aux horaires et ouvertures de chaque lieu. Exposition, Parcours Hôtels : 14h -19h.

Parmi quelques rendez-vous  : Pierrick Sorin, Le balai mécanique, œuvre conçue dans le cadre du festival OVNI pour le Musée national Fernand Léger de Biot 
diffusée du 15 avril au 15 décembre 2023. Rencontre avec l’artiste le 3 décembre à 10h30 qui sera aussi l’invité du WindsoR parcours hôtels.

Visite de l’Atelier de l’artiste Christine Barbe les 25 novembre et 2 décembre 2023 de 14h à 19h.

Et bien d’autres RDV  à retrouver dans le parcours pro, dont les lieux sont ouverts à tous les  publics ici !

 

vue de l’exposition au 109 © artiste : Christine Barbe, I don’t know how I can face it, 2014- 2022 -. Installation video 01’24 » Couleur : le visage violemment contraint s’interroge sur « comment y arriver » dans les trois langues dans lesquelles l’artiste évolue. Située dans l’ambiguïté entre conscience brutalisée et rêve libérateur, cette représentation a une force hypnotique, qui entraîne le spectateur, effaré par l’intimité, l’introspection, et l’aliénation, dans un état de fascination. ©photo Mélanie Drouère

OVNi online : conceptualisé par Lili Benente avec Kenny Briolotta, grâce au soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, OVNi online est une plateforme interactive inspirée des jeux cd-rom une création à part entière au dessein drôle et inquiétant comme un thriller qui réunit le travail des artistes ayant pris part aux éditions antérieures du festival : œuvres courtes, extraits vidéo, images à 360°… Elle permet de constituer une base de données d’images, de vidéos et d’installations ayant été produites spécialement pour le festival et en donne le ton !

Capture d’écran du site OVNI online

Soirée de clôture et remise des prix OVNi Emergence sud et Cosmopolis, au Théâtre national de Nice. Salle des Franciscains, le 2 décembre à 20h, ouvert au public.

Le jury OVNi Emergence sud est présidé par la curatrice indépendante Marta Gili, et composé de Stéphanie Airaud, directrice du Mac de Marseille, Anne-Sophie Dinant, curatrice indépendante, Marc Donnadieu curateur indépendant , Muriel Enjalran, directrice Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Raphaëlle Stopin, directrice du centre photographique de Rouen, Matthieu Vabre, co-directeur et directeur artistique de Biennales Chroniques Marseille.

Le Jury OVNi Cosmopolis est présidé par  François Michaud, conservateur à la Fondation Louis Vuitton, et composé de Guillaume de Sardes, chargé du développement du NMNM, François Fauchon, collectionneur , Enrique Ramirez, artiste, photographe, cinéaste, Florence Reckinger, présidente des Amis des Musées d’art et d’histoire du Luxembourg et de Lët’z Arles et Jean-François Retig, co-directeur des Rencontres Internationales Paris/Berlin.

* Autrice Mélanie Drouère : actuellement secrétaire générale du Printemps des Comédiens, festival de théâtre contemporain et de performance à Montpellier, elle œuvre depuis le début de son parcours professionnel dans l’accompagnement de la création contemporaine, notamment en arts vivants (La Ferme du Buisson, Marseille-Provence 2013, le Festival de Marseille, etc.).

Visuel d’ouverture> © Hélène Baillot & Raphaël Botiveau, 400 paires de bottes (Made for Walking), 2020 – 17’00 » – Couleur. Capture Vidéo DR. Quelque part en Italie, dans les montagnes, non loin de la frontière avec la France, une paire de bottes Decathlon premier prix est chaussée par un homme venu d’Afrique de l’Ouest. Ces chaussures aux pieds, il se lancera dans la traversée nocturne de la frontière, à Montgenèvre, la plus ancienne des stations de sports d’hiver de France. Achetées à Turin par des Italiens solidaires de la cause des migrants, ces bottes auront été portées avant lui par des centaines d’autres hommes à la peau noire.

 

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email