Marlène Mocquet : une ogresse en toute liberté à la Fondation GGL

Pénétrer dans l’Hôtel Richer de Belleval situé place de la Canourgue à Montpellier, est la promesse d’un voyage à travers les arts. Bâtie sur les ruines d’un palais du Moyen Âge, l’imposante demeure datant du 17e siècle est le cœur de la Fondation GGL qui depuis déjà quelques années a ouvert ses portes aux artistes contemporains. Après une première installation pérenne dévoilée en 2021, la céramiste et peintre Marlène Mocquet y fait son retour avec une exposition haute en saveurs et couleurs à découvrir jusqu‘au 27 avril 2024.

Après quatre ans de travaux, la Fondation d’entreprise GGL* a ouvert ses portes au public le 26 juin 2021, au sein d’un bâtiment exceptionnel du XVIIe siècle, l’Hôtel Richer de Belleval. L’édifice inscrit au titre des monuments historiques regorge de décors anciens et de surprises architecturales – fontaine, bustes en pierre, sculptures, escaliers à vis, voûtes de différentes époques et fresques du XVIIe, rythment la composition de ce palais labyrinthique.

Vue générale escalier – Marlène Mocquet. ©Photo Jean-Marc Dimanche

Lors de la restauration du bâtiment historique, cinq artistes avaient été invités à créer une œuvre in situ qui fasse véritablement corps avec l’architecture du lieu. L’américain Jim Dine avait alors travaillé avec la manufacture de Sèvres pour réaliser une mosaïque monumentale, qui accueille les visiteurs dès le hall, tandis qu’Abdelkader Benchamma avait choisi de compléter les décors peints des salles voûtées du rez-de-chaussée d’une fresque à l’encre évoquant l’Alchimie. Dans le boudoir du 1er étage, Olympe Racana-Weiler y déploya une mystérieuse et énigmatique forêt peinte des murs au plafond, et plus loin, dans l’ancienne salle des mariages, Jan Fabre réalisa une série de blasons en élytres de scarabées. Marlène Mocquet avait, à l’époque, choisi le grand escalier pour y semer un magnifique jardin d’Eden peuplé de joyeuses créatures en céramique, à la fois ode aux oiseaux migrateurs de la région et à la nature environnante en hommage à Richer de Belleval, premier botaniste français, à l’origine de la création du jardin botanique de Montpellier. Elle revient aujourd’hui en la demeure avec une exposition foisonnante : un étonnant dialogue entre peintures et céramiques, qui célèbre les hommes ayant rendu à l’Hôtel Richer de Belleval ses lettres de noblesse. A chacun d’eux est attribué un double portrait en miroir, inspiré selon l’artiste des douze bustes de César qui ornent le plafond d’honneur et qu’elle a pu apprécier quelques années plus tôt, lors de son intervention pérenne. Y figurent les fondateurs du groupe GGL, dédié depuis 40 ans à l’aménagement urbain : Alain Guiraudon, Jacques Guipponi, Jean-Marc Leygues et le promoteur immobilier des lieux Thierry Aznar, sans oublier les frères Pourcel, maîtres incontestés de l’art culinaire, installés dans cet écrin hors du temps… On y découvrira également un cocasse portrait de « césar en marmite » figurant le premier directeur artistique de la Fondation GGL, Numa Hambursin, bel et bien illustré avec humour et tendresse.

Vue générale de l’exposition Numa Différent parfois, libre toujours, 2023 salle 2 – Marlène Mocquet ©Photo Aloïs Aurelle
Marlène Mocquet, Numa Différent parfois, libre toujours, 65x50x80 cm. Grès émaillé, lustre or et platine. 2023- ©Photo Aloïs Aurelle

Différent parfois, libre toujours tel est le titre de cette épique exposition, épopée de terre et de feu, de matières et de formes qui transcendent les frontières du figuratif et de l’abstrait. L’accrochage en est impressionnant par ces sculptures hautes en reliefs et en couleurs, enrichies d’attributs liés aux illustres personnages, figés dans le grès et l’émail, face à des tableaux reliefs alignés sur les murs tels des reflets sans fond et sans fin. Marlène Mocquet nous offre à voir ici, une vision – ne serait-ce que de l’art de la céramique ou de la peinture –  totalement différente et libre au-delà de tout comme l’exprime le titre qu’elle a choisi. Ses œuvres, réalisées en moins de neuf fois, n’ont jamais été aussi vivantes, criantes, exubérantes dans la contorsion même de leurs formes ou encore dans l’accumulation – jusqu’à l’excès – d’autant de détails rapiécés telle une tapisserie d’argile et de feu.

Peuplée d’animaux, de végétaux et d’objets anthropomorphes, cette noble et distinguée famille nous donne la curieuse impression d’être là depuis toujours à nous attendre pour mieux nous étonner. Il est indispensable de s’arrêter sur chaque sculpture pour pouvoir en apprécier l’incroyable maîtrise tant du modelage que de l’émaillage : les pièces sont toutes travaillées à trois feux, grand, petit, suivi d’une reprise pour l’or ! Il suffit d’en suivre les méandres, comme pour chaque tableau : en observer les ajouts d’élytres et les excroissances de toutes natures qui s’amusent de la peinture pour y créer à la surface, de précieux et oniriques paysages.

Vue de l’exposition Numa Différent parfois, libre toujours, 2023 salle 3 – Marlène Mocquet. ©Photo Jean-Marc Dimanche

Dans la dernière salle, plus surprenante encore par sa théâtralisation, se dresse un buffet imaginaire totalement surréaliste, duquel débordent de chaque assiette, des créatures fantastiques ou objets insolites tout droit sortis d’un conte aux accents gargantuesques. Un jardin des sens et des plaisirs, aussi opulent qu’extravaguant jusque dans le papier peint créé en tache de Rorschach par l’artiste…, pour mieux nous enfermer dans ce palais dédié à la haute gastronomie. Le monde selon Marlène Mocquet est totalement envahi et envahissant, pétri d’une réalité sans arrêt sublimée ou bien pourrait-on dire augmentée, jusqu’à l’obsession et bien au-delà, jusqu’à l’épuisement d’une exubérance joyeusement assumée. D’une petite histoire elle en fait une grande, et d’un fait de gloire une véritable odyssée qui déroule sans peur et sans fin un voyage enchanté, parcouru de poésie et de fantaisie. Une échappée belle ou un vrai pas de côté ! C’est tout le talent de cette conteuse, brodeuse d’argile et de feu, que de nous transporter – quitte à parfois se jouer de la vérité. Certains peut-être pourraient craindre d’y plonger, mais une fois passé derrière le miroir grand teint que cette artiste hors du commun ne cesse de nous tendre, il nous apparaît très difficile de revenir à notre bien triste et fade actualité. Un, deux, trois… Marlène. Difficile de vous attraper !

*A propos de la Fondation d’entreprise GGL : Acquis en 2017 par des investisseurs privés, l’édifice a été restauré par l’Atelier d’Architecture Philippe Prost pour accueillir un hôtel cinq étoiles de 20 chambres, Le nouveau Jardin des Sens, restaurant gastronomique des chefs étoilés Jacques et Laurent Pourcel, ainsi qu’une fondation dédiée à l’art contemporain, la Fondation GGL, avec pour objet d’encourager la création contemporaine et de valoriser le dialogue entre art et patrimoine par des expositions temporaires et des rendez-vous culturels, des interventions monumentales et pérennes.

Contact> Marlène Mocquet, Différent parfois, libre toujours. Du mardi au samedi de 14h à 18h en accès libre, jusqu‘au 27 avril 2024. Fondation GGL, Hôtel Richer de Belleval, place de Carnourgue 34000 Montpellier. www.fondation.ggl.com

Fondation GGL –  l’Hôtel Richer de Belleval ©photo DR

Image d’ouverture > Marlène Mocquet, vue générale salle 3, de l’expostion  Numa Différent parfois, libre toujours, 2023. ©Photo Aloïs Aurelle

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