L’hymne à l’eau et à la vie de Kurkdjian et Toma

Jusqu’au 23 novembre, le Palais de Tokyo accueille une rétrospective célébrant la démarche créative et artistique du parfumeur français Francis Kurkdjian. Véritables « sculptures de l’invisible », ses créations sont des œuvres dont la matière se respire. « Francis Kurkdjian a ouvert le parfum à des formes et à des destinations nouvelles, en le sortant du flacon », explique le commissaire d’exposition Jérôme Neutres. Parmi les œuvres présentées, figure L’Or bleu, eau parfumée en Ouest-Lumière créée en 2012 avec l’artiste Yann Toma.

Yann Toma et Francis Kurkdjian se rencontrent à New York le 26 février 2009 au Four Seasons Bar situé dans l’immeuble légendaire imaginé par l’architecte Mies Van Der Rohe, symbole par excellence de l’alliance entre modernité et classicisme. Dès leur première rencontre, les deux artistes inventent le cadre de leurs créations futures et débutent un voyage en Ouest-Lumière. Francis Kurkdjian endosse une fonction nouvelle au sein de l’entreprise fictionnelle, celle de Grand ICHIMI (Ingénieur en Chef de la Mémoire Indicible et Impalpable), tandis que Yann Toma renouvelle sa propre fonction de Président à Vie de Ouest-Lumière ! Sensibles à la question du croisement des énergies et des arts, les deux créateurs décident de mener de concert une réflexion sensible et poétique, sociale autant qu’éthique. C’est lors de leur deuxième rendez-vous, qu’ils envisagent de créer en commun une « eau parfumée magique ».

Flacon lor bleu. ©Francis Kurkdjian et Yann Toma

L’Or bleu se veut une eau de jouvence à boire, une eau aromatisée faisant appel aux forces secrètes de l’eau de la reine de Hongrie – parfum composé au XIVe siècle réputé pour ses fonctions revitalisantes – et à celles de Belle Haleine de Marcel Duchamp, un ready-made sous forme d’une bouteille dessinée par Lalique censée contenir une « eau de voilette » signée par une mystérieuse Rrose Sélavy, qui n’est autre que l’alter ego de l’artiste. Cette alliance improbable donne naissance à L’Or bleue, missionnée par Kurkdjian et Toma pour pénétrer au plus profond des visiteurs et transformer leur perception du monde.
Au Palais de Tokyo, la renaissance de cette œuvre de 2012 est mise sous le signe de la préciosité de l’eau, invitant chacun à s’interroger sur la manière qu’il a de consommer cette dernière. Souhaitant participer à la mobilisation de la communauté internationale en faveur de l’accès à l’eau pour tous, les deux artistes se sont associés aux travaux et actions menés par l’ONU, notamment à l’occasion de l’Année mondiale de l’eau. « Chacun porte en soi de l’énergie artistique. Une telle énergie prend sa source dans une pensée anticipatrice et annonciatrice. Elle s’incarne par une charge singulière mise au profit de tous. L’Or bleue s’entend aussi comme source d’énergie et de vie. On la boit, on s’asperge avec, et on s’en imprègne. Sa composition est 100% naturelle. Elle véhicule l’idée de l’existence d’une eau magique, purifiante, guérisseuse, régénératrice. C’est l’eau que tout le monde attend. Elle appelle à un autre avenir pour notre planète. Elle ne peut se résumer à elle-même parce qu’elle engage de nouvelles forces de transcendance à travers l’art », conclut Yann Toma.

La formule secrète de L’Or bleue. ©Francis Kurkdjian et Yann Toma

Infos pratiques> Francis Kurkdjian- Parfum, sculpture de l’invisible, du 29 octobre au 23 novembre 2025, Palais de Tokyo, à Paris.

Image d’ouverture> L’Or bleue. ©Yann Toma et Francis Kurkdjian