Le temps qui passe de Marie-Laure Mallet-Melchior

Chaque année, Corridor Eléphant sort une douzaine d’ouvrages et met en ligne plus de cent cinquante expositions. Une fois par mois, ArtsHebdoMédias vous invite à entrer dans l’univers photographique auquel notre partenaire a consacré une exposition ou un livre. En décembre, nous vous proposons de vous laisser emporter par les souvenirs de Marie-Laure Mallet-Melchior.

« Depuis une quinzaine d’années, Marie-Laure Mallet-Melchior tire parti des possibilités de la photographie numérique pour transfigurer les espaces urbains en constante mutation – grands chantiers de destruction-rénovation, zones portuaires, friches industrielles, gares, moyens de transport –, ou les hommes dans la diversité de leurs activités. Cette transfiguration permet de créer des univers surréels qui renvoient au travail du temps qui passe. En effet, il s’agit pour elle de sauvegarder la trace de ces épaves du temps à un moment de leur existence et de les sublimer.
La transfiguration s’opère par l’hybridation de plusieurs techniques dans l’enchaînement suivant. L’artiste utilise le montage numérique pour assembler et/ou modifier des images réalisées principalement au cours de ses voyages. Dans un deuxième temps, après transfert manuel de l’image sur les supports en aluminium, la peinture prend le relai avec ses couleurs, ses transparences ou ses épaisseurs. Ensuite, la gravure du métal produit des effets de lumière selon un jeu de lignes choisies qui structurent les espaces ; le polissage, quant à lui, fait vibrer la lumière que le métal réfléchit.

Vestiges Kochi 2021, photo transférée à la main encre sur aluminum et plexiglas. ©Marie-Laure Mallet-Melchior

Fidèle à son « exigence de l’invention », pour reprendre les mots d’Aragon, l’artiste poursuit sa recherche plastique sur la combinaison des matériaux et des techniques, en amplifiant cette vibration grâce à la juxtaposition en décalé d’une partie de l’image sur le plexiglass. Ce qui a pour effet immédiat d’introduire du mouvement et de troubler le regard. L’ajout d’une entretoise entre l’image sur aluminium et le plexiglass permet de créer une perspective avec plusieurs plans successifs.
Le regard est ainsi conduit à passer du fond au premier plan ou inversement pour appréhender l’image et tenter de lui donner une homogénéité. C’est en se déplaçant devant l’œuvre que le spectateur ajuste sa focale et s’approprie l’image. Les émotions surgissent alors car les univers créés font écho à des souvenirs d’une époque révolue enfouis dans notre mémoire. C’est par cette réactivation d’événements et de situations oubliés que s’opère ce que C.G. Jung appellerait la séduction de la nostalgie. »
Texte extrait du catalogue Optico-narrative, L’art de la vision/The art of vision, édition Art-scènes, Paris, 2021.

La plage-Kochi 2021, transfert photographique acrylique sur aluminium et plexiglas. ©Marie-Laure Mallet-Melchior

Suite de l’exposition, en un clic !

Image d’ouverture> Souvenirs en devenir N1-Sotteville-lès-Rouen, 2020. ©Marie-Laure Mallet-Melchior

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