Jitka Ertelovà, seule à la nuit tombée

Chaque année, Corridor Eléphant sort une douzaine d’ouvrages et met en ligne plus de cent cinquante expositions. Régulièrement, ArtsHebdoMédias vous invite à entrer dans un univers auquel notre partenaire a consacré une exposition ou un livre. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la série After Dark de la photographe tchèque Jitka Ertelovà. « Explorer les périphéries intérieures, élever des objets ordinaires au rang d’objets dignes d’attention, transmettre les émotions que je ressens lorsque je suis derrière la caméra, prête à capturer un nouveau monde, tel est mon objectif. » L’exposition en ligne sur Corridor Éléphant est ici commentée par l’artiste. Belle découverte.

« Je suis un animal nocturne. J’ai toujours trouvé fascinant la façon dont l’obscurité peut transformer les choses, même les plus familières. Se promener dans des quartiers familiers de la ville apporte d’intenses sentiments de liberté et de paix et, en même temps, le besoin de se concentrer davantage sur chaque détail. L’intuition me parle.
Comment est ma ville ? Chodov est petite, mais sa population, d’environ 14 000 habitants, la classe parmi les « plus grandes » de la région de Karlovy Vary, qui est la plus petite, la plus froide et la plus pauvre de toutes les régions de République tchèque. Ma ville est située au pied des Monts Métallifères et est entourée de mines de charbon et d’argile. En aucun cas, une destination touristique de luxe.

Find me, série After Dark. ©Jitka Ertelovà

L’omniprésence des barres d’immeubles avec leurs parkings fait facilement oublier que la ville est née au XIIe siècle. Il ne reste que quelques bâtiments historiques. Mais le but de la série n’est pas d’examiner la transformation de Chodov, son histoire compliquée ou les relations entre les habitants originaires de diverses régions (pas seulement) de mon pays.
Tu te souviens que je suis un animal nocturne ? J’aime les vibrations qui naissent avec le coucher du soleil. Faiblement éclairés par les lampadaires, les itinéraires que je connais par cœur, apparemment ennuyeux, peu dignes d’attention, deviennent mystérieux grâce à l’obscurité.
Presque personne dans les rues. J’ai l’impression de traverser une ville fantôme. Mon attention est à son maximum. La citation de Vincent van Gogh selon laquelle la nuit est plus vivante et plus richement colorée que le jour décrit parfaitement ma perception. Ma série doit renoncer à la couleur. Les nuances, les reflets, les contrastes et le fait de laisser de nombreux détails à l’imagination du spectateur sont mes choix.

Broken but alive, série After Dark. ©Jitka Ertelovà

Comme c’est étrange, un sentiment presque inquiétant est né alors que je me tenais dans le noir, regardant la neige ou la pluie tomber sur une aire de jeux déserte. Y a-t-il des gens qui vivent dans tous ces immeubles ou sont-ils seulement des coquilles vides qui attendent que quelqu’un entre et allume les lumières ?
Bien que prise dans un tourbillon de pensées et de sentiments, je reste calme. Je savoure ces instants magiques qui arrêtent le temps, respire l’air froid qui transforme les poumons en métal. Partout où je vais, mon appareil photo me suit, prêt à capturer l’atmosphère étrange et mystérieuse de la petite ville minière, à la nuit tombée. Participez à mon exploration, rejoignez-moi au pied des immeubles. Je vais vous montrer ce qu’il est impossible de voir en plein jour. »

Hope, série After Dark. ©Jitka Ertelovà

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Image d’ouverture> Magical emptiness, série After Dark. ©Jitka Ertelovà