A l’heure où le monde sonne faux et bruyant, il est plus que jamais nécessaire de s’intéresser à l’art. Celui qui nous transporte et nous emmène au loin dans des contrées inexplorées. Celui capable, encore aujourd’hui, de nous faire rêver. L’exposition La cinquième essence, que propose Jean-Marie Appriou (1986) au MO.CO. Panacée, est de ces voyages fantastiques qui dépassent de loin notre triste réalité, en nous renvoyant avec éclat le reflet d’une humanité où règne encore une palpable beauté.
Artiste tout autant qu’alchimiste, Jean-Marie Appriou nous invite à une insolite odyssée, qui après avoir navigué à travers les quatre éléments, conduit tout droit au cœur de l’éther, cette cinquième essence qui dans d’autres temps nommait cet invisible remplissant le vide et nous reliant au cosmos. Dès l’entrée le ton est donné, avec la première œuvre La barque, étrange et fière embarcation sur laquelle un explorateur, véritable passeur de bronze vêtu, semble scruter l’horizon. Ainsi commence un long voyage à travers une myriade de sculptures composites se jouant des reflets de l’aluminium et du verre, qui se déploient dans les nombreuses salles et espaces successifs de la Panacée. Une vague roule devant nous, laissant découvrir quelques grottes mystérieuses d’où émergent des bouquets de mains, gestes incantatoires ou suppliques venues tout droit d’un enfer digne de la Divine Comédie.

Plus loin ce sont quelques bas-reliefs qui nous attendent et nous plongent littéralement dans de vastes paysages marins, avant que de mettre pied à terre, pour découvrir une nature fantastique d’où jaillissent ronces et maïs géants, peuplée d’insectes et de masques au regard lenticulaire. Ensuite viendra l’air que l’artiste a choisi de traiter en mélangeant les astrologies chinoises et occidentales, constellation d’animaux fantastiques et démesurés, où le dragon côtoie le coq, le lièvre, le scorpion ou le bélier… espace au cœur duquel l’astronaute, qui y est représenté, semble destiné à y flotter pour l’éternité. L’éther est partout bien sûr, mais ici représenté par de petites saynètes en pâte de verre qu’une lumière traversante vient activer en projetant au mur les ombres de personnages aux contour flous et évanescents. Quant au feu, il est présent à deux endroits, judicieusement placé tel qu’à travers un miroir entre l’intérieur et le jardin, capable de sceller les éléments précédemment traversés, et de clôturer tout à la fois l’incroyable périple.

Avec cette fiction poétique, voyage mystique et initiatique, mêlant histoire, mythologie et astrologie, Jean-Marie Appriou s’inspire une fois encore de l’histoire de l’art, comme de la littérature classique, de la science-fiction, ou encore de la bande-dessinée, matières qui nourrissent son travail depuis sa sortie des Beaux-Arts de Rennes en 2010. Œuvre narrative s’il en est, cette Cinquième essence nous entraîne, a contrario de ce que ce titre laisse entendre, dans une expérience bel et bien matérielle, en nous confrontant à la sculpture dans sa forme la plus noble et la plus traditionnelle, issue de la taille et du modelage, quoique de représentation tout à fait contemporaine. C’est là toute la puissance de cet artiste désormais incontournable sur la scène française, capable de nous faire traverser les siècles pour passer des temps les plus archaïques aux villes imaginaires et futuristes de civilisations à venir.

Son étonnante capacité aussi à faire surgir sous nos yeux un monde peuplé d’êtres hybrides, chimères mêlant animal et végétal, qu’il aime à créer et animer tel un démiurge en travaillant la terre, l’aluminium, le bronze ou encore le verre, matériaux tous issus des forces telluriques qui ont façonné la croute terrestre et nous rattachent indiciblement au vivant. Loin d’être légère et éthérée, l’expérience qu’il nous donne à vivre nous incite peut-être à toucher de plus près notre réalité. Une réalité que Jean-Marie Appriou n’a de cesse de réenchanter.

Infos pratiques> Jean-Marie Appriou-La cinquième essence, jusqu’au 28 septembre, MO.CO Panacée, Montpellier. En parallèle et à ne pas manquer au MO.CO. : Sur un Os, exposition de Françoise Pétrovitch, jusqu’au 2 novembre 2025.
Image d’ouverture> Vue de La cinquième essence, MO.CO Panacée, 2025. ©Jean-Marie Appriou, photo Pauline Rosen-Cros/MO.CO. Panacée

