Jean Le Gac dans le vif de la parole

Tous ceux qui connaissent ArtsHebdoMédias savent à quel point nous sommes attachés à la collecte de la parole des artistes, des personnalités du monde de l’art, des scientifiques qui s’y intéressent… Nos tiroirs sont pleins de bandes magnétiques et nos ordinateurs d’enregistrements numériques. C’est donc naturellement et avec enthousiasme que nous serons partenaires des Conversations sous l’arbre, nouvelle proposition culturelle du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Cette série de rencontres (7 en 2023), qui rassemblera des artistes, philosophes, physiciens, paysagistes, biologistes, et autres auteurs, s’intéressera à des thèmes en lien avec l’art et la nature. Un programme détaillé sera disponible en fin d’année. Et que vive une pensée ouverte et partagée !

En 2022, le Domaine de Chaumont-sur-Loire a redoublé d’inventivité pour fêter les 30 ans de son Festival des jardins et la 15e édition de sa Saison d’art. Après l’inauguration de la Galerie digitale, avec une installation exceptionnelle de Quayola, et le renouvellement des nocturnes, promenades de lumière dans les jardins de création au rythme de musique de film, l’institution annonce le lancement pour 2023 d’un Centre de réflexion Arts et Nature. Depuis plus de 15 ans, elle mène une aventure culturelle originale en lien avec le patrimoine, l’art et la nature. Près de 300 vidéos témoignent de ce travail entrepris par Chantal Colleu-Dumond, qui a incité tant les créateurs de jardins que les artistes à s’exprimer. Mises à disposition sur YouTube, leurs paroles ont enrichi au fil du temps la philosophie du Domaine empreinte d’une exigence artistique et culturelle.

Des choix partagés – l’art contemporain, les artistes vivants, la volonté de collecter leur parole et une vision transversale des savoirs – ainsi qu’une envie de transmettre l’art au plus grand nombre ont d’emblée rapproché votre média et le Domaine de Chaumont-sur-Loire. C’est donc tout naturellement qu’ArtsHebdoMédias sera partenaire des Conversations sous l’arbre, série de rencontres avec des personnalités du monde de l’art, du jardin, de la pensée et des sciences, qui seront organisées à partir du mois de mars 2023, dans les espaces du Bois des Chambres, l’hôtel d’Arts et de Nature inauguré par le Domaine en juin dernier. En attendant de vous y retrouver, nous vous proposerons au fil des mois de découvrir les entretiens déjà menés par Chantal Colleu-Dumond, dans le cadre de la Saison d’art 2022. En guise d’introduction, voici des extraits choisis de celui réalisé avec Jean Le Gac accompagnés par quelques vues d’En plein air, la rétrospective consacrée à l’artiste et visible jusqu’au 30 octobre prochain.

Vue de l’exposition En plein air, 2022. ©Jean Le Gac, photo Eric Sander

Jean Le Gac se souvient du peintre de son enfance

« Quand dans mon enfance je suis tombé sur un peintre du dimanche, ses outils, sa pénétration face au paysage, je ne comprenais pas ce que faisait ce monsieur… Ce qui me séduisait c’était son attirail, son très beau chevalet vernissé, les couleurs qui apparaissaient. Je ne voyais pas la relation entre son geste et ce qu’il peignait. C’était déjà le début d’un mystère pour moi. »

A propos des œuvres constituées de textes, de photographies et de peintures

« Je ne valide pas le terme de collage, je préfère le terme cinématographique de montage. Parfois des œuvres réalisées à 10 ans de distance sont rapprochées. Je pense qu’on est vraiment dans les techniques du cinéma qui permettent de raccourcir le temps d’une œuvre. »

En décapotable, détail, 1994. ©Jean Le Gac, photo Leighton Gough

Comment échapper à la malédiction du lieu de travail

« Mon premier atelier était extraordinaire, rouge sang de bœuf, une ambiance colorée d’une densité effarante. Le lieu était celui des cours municipaux de Béthune. Une dame a installé un grand miroir pour donner des cours de danse. J’étais très bien. Avec ce miroir, j’imaginais un film. Après je n’ai plus jamais eu d’atelier. J’ai échappé à cette malédiction du lieu de travail. »

Que des idées fausses sur l’art

« Quand nous sommes retournés à Paris, j’ai commencé à douter. J’étais armé sur le plan manuel mais c’était tout. Je n’avais que des idées fausses sur l’art. Je me suis aperçu assez vite que je risquais de foncer dans une mauvaise direction. J’ai failli m’arrêter à l’image du peintre de mon enfance par crainte de ne pouvoir aller au-delà. Je suis allé dehors. Il n’y a jamais personne dans la campagne, cela m’attendait, c’était fait pour moi. C’était un grand moment d’émotion de voir cet immense espace qui m’appartenait. Je continue à penser cela. J’ai trouvé un œil neuf en sortant de l’atelier. »

Le Grand Ensemble, ici et là-bas, 2012. ©Jean Le Gac, photo Eric Sander

Là où le spectateur ne va pas

« Le nouveau roman a été une révélation pour moi. J’ai commencé à m’intéresser à l’écriture. Tout est arrivé en bloc… On est dans les années 70 et il s’est passé beaucoup de choses. On ne le souligne peut-être pas suffisamment. Nous avons foncé dans des directions que nous ne connaissions pas. L’écriture, dont je ne savais rien. La photographie, avec mes enfants… Je travaillais dans des endroits où le spectateur n’allait pas. L’extérieur était mon atelier, après il y avait l’exposition. »

Quelques mots sur le personnage du peintre

« Il ne faut pas croire, les peintres de l’époque pensaient au cinéma, à la littérature. Tout cela était dans le vif de la pensée du moment. J’ai pris sans doute un train en marche. Le tableau est un miroir, mais j’y incarne un personnage non une discipline. Jouer cette histoire m’a libéré, d’une certaine manière m’a donné tous les courages car j’ai franchi cette zone entre la personne de l’état civil que nous sommes et la personne que l’on peut incarner. »

Vue de l’exposition En plein air, 2022. ©Jean Le Gac, photo Eric Sander

De l’influence du cinéma

« Est-ce que je crois en ce que je fais ? Oui, très fort, profondément. Mais pas plus qu’un acteur de cinéma déguisé en Buffalo Bill ne se prendrait pour lui… L’influence du cinéma est très forte. Quand vous êtes plasticien, vous perdez le mouvement, cette glissade lente ou rapide entre les différentes choses. L’univers du plasticien est lourd, pesant, je fais tout pour l’alléger, pour avoir ce glissant d’eau du cinéma… »

En conclusion…

« On peut conclure qu’il n’y a pas de cliché, de choses trop connues. Le réel est inépuisable, même les choses les plus convenues le sont, ainsi les vaches dans les près en Normandie ! Je n’ai pas été formé par l’impressionnisme, mais par le western, la bande dessinée. Nous vivons tous sur un acquis. J’ai longtemps emprunté des sentiers périphériques mais ça m’a tiré d’affaire. J’étais authentique. Un vieil artiste comme moi est préoccupé de défendre sa vie d’artiste jusqu’au bout. Il y a une survie à assurer. »

…et à propos de l’actualité tragique du monde

« Je veux croire que l’art puisse quelque chose. Au premier signe, je serai content, très content. »

Elles sont devenues de nouvelles œuvres (le voyage en ballon), 2018. ©Jean Le Gac, photo Eric Sander

Pour découvrir cet entretien avec Jean Le Gac, cliquez !

Lire aussi> Conversation avec Jean Le Gac, avril 2021.

Image d’ouverture> La sieste (sur les coussins de l’auto), détail, 2016. Collection particulière. ©Jean Le Gac, photo MLD

Contact> Saison d’art 2022, jusqu’au 30 octobre, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

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