Isabelle Régnier ou peindre sur le vif

Entrer dans l’univers d’Isabelle Régnier, c’est pénétrer un espace où la peinture devient lumière, respiration et mémoire du paysage. Pour elle, peindre revient à éprouver la nature dans sa densité la plus charnelle, à laisser la couleur traduire le souffle du vent, le frémissement de la mer, la caresse du soleil sur la roche. De Stromboli à Trémiti, l’œuvre interroge la beauté du monde. Ce texte de Diana Quinby a été écrit pour notre partenaire TK-21.

Dès que nous entrons dans la maison d’Isabelle Régnier, notre regard est saisi par la présence des peintures qui recouvrent l’ensemble des murs : ceux de l’entrée, du salon-salle à manger et même du couloir qui mène vers la pièce modeste mais lumineuse qui lui sert d’atelier. Ces tableaux de formats intimes ou moyens, organisés en rangées serrées, à la verticale ou à l’horizontale selon la configuration des murs, nous invitent à partir en voyage avec l’artiste et à suivre son regard, si attentif à la lumière qui structure le relief des paysages.
Depuis vingt-cinq ans, Isabelle Régnier ne cesse de partir à la recherche de terrains escarpés et de mers profondes, notamment dans les îles Éoliennes, ou dans les îles Égades – Stromboli, Alicudi, Levanzo, pour n’en citer que quelques-unes – dont la splendeur sauvage inspire sa pratique. Sous son pinceau, les paysages rocheux de ces îles volcaniques deviennent étrangement sensuels. Le geste coloré capte l’intensité de la lumière, le relief de la côte et la profondeur de l’espace tout en traduisant une présence corporelle, voire charnelle, qui ne peut être que celle de l’artiste elle-même lorsqu’elle saisit le paysage sur le vif.

Stromboli 6, 2005. Peinture acrylique et pigment sur toile, 92 x 65 cm. ©Isabelle Régnier

D’une toile à une autre au sein d’une même série, Isabelle choisit un motif qu’elle décline sous un point de vue différent, sous une lumière différente. Dans les peintures de Stromboli, de 2004, c’est un îlot rocheux au large de la côte, ciselé par le clair-obscur matinal et dressé contre l’immensité de la mer et du ciel qui attire l’œil de l’artiste, tandis que dans la série d’Albarella, de 2013, ce sont les installations d’ostréiculture qui l’intéressent. Leur géométrie ponctue l’horizontalité du paysage marin et la quasi-uniformité du bleu laiteux des eaux peu profondes. D’autres séries – celles de Salina (2005), d’Ischia (2007), de Filicudi (2008) et plus récemment de Levanzo (2021), de Lampedusa (2022 et 2023) et des îles Tremiti (2025) – présentent un regard sans cesse renouvelé sur la mer depuis les collines et les hautes falaises. L’activité des nuages, le mouvement de l’eau et les aspérités de la côte que nous voyons dans ces tableaux se décomposent sous nos yeux en coups de pinceau énergiques et en riches matières colorées, exprimant ainsi une méditation sensorielle sur l’expérience de la nature.

Surf, 2025. Huile et tempera à l’œuf sur toile, 36 x 29 cm. ©Isabelle Régnier

Isabelle Régnier déploie ses peintures chez elle pour pouvoir les contempler et peut-être réfléchir à ses compositions futures, mais il y a une autre raison pour laquelle ses œuvres occupent tant de place sur les murs : pour éviter qu’elles jaunissent. « C’est l’une des premières choses que m’a dit mon professeur de peinture. La peinture à l’huile jaunit quand elle n’est pas exposée à la lumière, » explique-t-elle. Sa passion pour la peinture, sa maîtrise du médium et ses connaissances de l’histoire de l’art, elle les a acquises au fur et à mesure d’un parcours atypique qui l’a conduit d’un atelier d’enseignement privé à Paris jusqu’à la Sorbonne, en passant par l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville.

La suite de l’article de Diana Quinby est à lire dans TK-21, notre partenaire.

Site de l’artiste > www.isabelleregnier.com

Image d’ouverture> Lampedusa 14, acrylique et pigments sur papier, 36 x 51 cm, 2023. ©Isabelle Régnier