Fake News, entre art et enquête

« La vérité existe. On n’invente que le mensonge. » Cette citation de Georges Braque, imprimée sur les murs de la fondation EDF, annonce le propos. Les fake news, phénomène qui consiste en la création intentionnelle d’informations erronées, poussent à une vigilance nouvelle. Pour l’exposition éponyme sont exposées jusqu’au 30 janvier 2022 une sélection d’œuvres qui s’inspirent, questionnent ou critiquent les processus d’infox. Documentaires et interviews de spécialistes se mêlent à l’art contemporain, pour un accrochage qui vise à informer et sensibiliser le public à ce phénomène.

Des écrans lumineux qui s’animent et nous aveuglent presque, à la manière d’un flux d’information incessant, nous accueillent. A l’entrée de l’exposition, des dessins de presse, satiriques ou dénonciateurs, introduisent le parcours dont le vert 255 sera le fil conducteur. Cette teinte, utilisée au cinéma ou sur Internet pour manipuler les images, se retrouve dans l’œuvre G255 d’Alain Josseau. L’artiste dévoile les coulisses de la manipulation d’images et déploie un espace où vérité et mensonge s’entremêlent. Espace que l’on observe dans Arab Spring #2, où Karl Haendel fait référence à la photographie de presse grâce à sa touche hyperréaliste, mais efface certaines parties de son œuvre. Ce vide laisse le spectateur faire sa propre conclusion : c’est grâce à cette imprécision laissant planer le doute que les fake news parviennent à convaincre.

Les infox inspirent aux artistes des manières de détourner le réel. Réfléchissant aux intentions qui font naître la désinformation, ils créent des procédés provoquant l’interrogation du public sur ce qu’il perçoit. L’art s’empare avec dérision et inventivité de ce sujet d’actualité brûlant : les activistes du groupe The Yes Men diffusent en 2008 une fausse édition du New York Times, dont les bonnes nouvelles annoncées interpellent les passants. Une critique du monde capitaliste que font également Bill Posters et Daniel Howe dans Big Dada, grâce à la technique du deep fake, qui modifie les captations vidéo d’un individu pour y faire correspondre n’importe quel discours. C’est de cette réalité manipulée que s’inspire Cristina De Middel : l’artiste, auparavant photojournaliste, assemble dans Afronauts un ensemble de documents autour du programme spatial qu’initie la Zambie en 1964. A nous de démêler le vrai du faux.

Sur les deux étages de la fondation EDF sont ainsi déployées des œuvres jouant avec notre crédulité, mais également des documents scientifiques ou cinématographiques comme des interviews d’experts, qui tentent de donner au spectateur des clés pour ressortir armé et informé contre ce phénomène.

G255, Alain Josseau, 2020. ©Alain Josseau, courtesy galerie Claire Gastaud. Photo Lorraine Svorayi
Fake truth, Tsila Hassine et Carmel Barnea Brezner Jonas, installation, 2019-2020 © T. Hassine et C. Barnea Brezner Jonas
Google Maps Hacks, Simon WECKERT, chariot rouge avec 99 smartphones, vidéo de la performance, 2020. ©Simon Weckert
Le poinçonneur de l’IA, Filipe Vilas-Boas, 2020. ©Filipe Vilas-Boas. Photo Lorraine Svorayi
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Fake News, jusqu’au 30 janvier 2022 à la Fondation EDF.

Crédits photos

Image d’ouverture : Visuel de l’exposition collective Fake News, Fondation EDF. ©Grégory Brandel