Distancer le visible au Grand-Hornu

L’exposition collective Les Abeilles de l’Invisible rassemble au Musée des Arts Contemporains (MAC’s) du Grand-Hornu, en Belgique, une dizaine d’artistes qui se mettent en retrait du monde pour explorer, à partir de la matière même de leur création, un vaste univers où l’on voyage par la pensée. Les travaux de Jean-Pierre Bertrand (1937-2016), Maurice Blaussyld, Ricardo Brey, Jean-Marie Bytebier, Thierry De Cordier, Mario Merz (1925-2003), Fabrice Samyn, Sarkis, José María Sicilia, Daniel Turner et Angel Vergara sont à découvrir dans ce cadre jusqu’au 12 janvier 2020.

Comme l’évoque le magnifique titre emprunté à un poème de Rainer Maria Rilke, il y a des artistes qui s’expriment par l’invisible. Leur œuvre est une étincelle de l’alchimie qui se transmet au spectateur, un bouillonnement d’émotions et de sensations qui vont bien au-delà de ce qui est physiquement montré. La dizaine d’artistes réunis par Denis Gielen, le directeur du Mac’s, ont en commun cette quête de l’intériorité qui part de la matière, souvent brute. Et c’est ce dialogue qui touche.
L’impressionnante œuvre du Cubain Ricardo Brey fait de nous des voyeurs cosmiques. Saturne fracassée recrachant sur le sol des débris charbonneux, c’est tout ce qui subsiste d’un de ses enfants. Comme sortie de l’athanor de l’alchimiste, sa matière est cabossée et minérale et les planètes n’iront pas loin, elles sont retenues par des chaînes. Les vidéos de Sarkis touchent au mystère de l’art par sa simplicité. Un bol en faïence blanche et un pinceau qui caresse le bord en un cercle parfait. Le pigment noir qui se dissout dans l’eau suggère un voile éphémère avant de se déposer dans le fond pour former comme l’iris d’un œil qui regarde de l’intérieur. Avec le même procédé, il évoque les nuages que contemple le voyageur de Caspar Friedrich ou le kimono rouge d’une danseuse de Hokusai. Parfois, c’est la matière qui s’affirme, comme l’éperon de cire de Mario Merz, empreinte d’un des chênes plantés par Joseph Beuys à Cassel. La matière n’est plus que couleur, dans la transparence avec Angel Vergara ou dans l’opacité avec Jean-Pierre Bertrand. Paysages rêvés ou souvenirs de paysages, les superbes toiles de Jean-Marie Bytebier font apparaître des paysages en clair-obscur qui s’insinuent entre l’abstrait et figuratif. On sent dans la maîtrise de la touche picturale les fantômes des maîtres anciens.
Fabrice Samyn est présent avec trois séries d’œuvres très différentes et très réussies. Dans Untilted 01 Apr 2016 (Color of Time), c’est comme s’il avait pu mettre sous globe les infinies couleurs du ciel à chaque coup d’horloge. Dans son intense série Burning is shining, il crée des icônes sans Dieu sur des planches de bois brûlé et dans son installation murale de fleurs d’agave, une touche de couleur bleu ciel remplace les fleurs à la trop brève floraison. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

Installation signée Ricardo Brey.
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Les Abeilles de l’Invisible, jusqu’au 12 janvier 2020 au Mac’s, au Grand-Hornu en Belgique.

Crédits photos

Image d’ouverture : Au premier plan, Untilted 01 Apr 2016 (Color of Time) par Fabrice Samyn ; à l’arrière-plan, vidéo signée Sarkis © Fabrice Samyn, Sarkis, photo Philippe De Gobert – Installation signée Ricardo Brey © Ricardo Brey, photo Philippe De Gobert