Des formes à l’écoute du vivant

À l’Espace Wilde, l’exposition Minéral, végétal, animal, à la confluence du vivant réunit Béatrice Bissara, Nathalie Joffre, Michal-Sophia Tobiass, Yann Toma et Giulia Zanvit, qui interrogent, chacun à leur manière, notre rapport sensible et symbolique au monde vivant. Entre attention aux matières, récits enfouis et préoccupations écologiques contemporaines, le parcours invite à repenser la manière dont nous percevons, habitons et interprétons notre environnement.

Jusqu’au 8 février, l’Espace Wilde convie actuellement le public à réinventer sa relation à la nature, en s’immergeant dans le parcours de l’exposition Minéral, végétal, animal, à la confluence du vivant. Invités par la commissaire d’exposition Chase Doolan, cinq artistes interrogent notre manière contemporaine d’être au monde, de l’observer et de le saisir. Le choix du lieu n’est pas une coïncidence. Fondé en 2022 en plein cœur de Paris, l’Espace Wilde attire la création artistique éphémère qui imagine de nouveaux univers dans l’optique du partage et de l’écoute, ainsi que de la construction d’un meilleur avenir. Il met en valeur l’engagement écologique, l’attention au vivant, ainsi que les questions sociétales et écologiques d’actualité.
Comment peut-on percevoir le monde vivant et quelles histoires peut-il nous confier ? Des questions qui nourrissent en continu les créations de Béatrice Bissara, Nathalie Joffre, Michal-Sophia Tobiass, Yann Toma et Giulia Zanvit. Ces dernières nous révèlent les facettes singulières du minéral, du végétal et de l’animal. Au croisement de l’investigation des grottes préhistoriques, de l’engagement écologique et de la philosophie du vivant, ces artistes enquêtent sur les arts de l’attention de notre espèce.
L’espace nous accueille avec les œuvres de Giulia Zanvit et de Béatrice Bissara, exposées au rez-de-chaussée. L’œuvre de Giulia Zanvit révèle une fascination authentique pour les couleurs et les motifs que la nature nous offre. À l’affût, telle une cueilleuse, elle métamorphose les trouvailles du vivant en œuvres qui captivent et interrogent notre regard. Ainsi, à l’aide de feuilles mortes ramassées et non retouchées, elle a composé des collages sur papier ancien, révélant avec finesse une abstraction géométrique. Comme dans sa peinture, notamment avec la série Attraversare, elle cherche à capturer l’essence de l’instant.

Giulia Zanvit, séries Attraversare et Au seuil ou Géométrie. ©Photo Polina Tkacheva

Dans la salle suivante, face aux œuvres de Béatrice Bissara, nous avons l’impression de nous retrouver dans une forêt enchantée. Des créatures hybrides bleues en céramique, mi-végétales, mi-animales, sont suspendues à côté de paysages sur toile. Les peintures ainsi que les sculptures révèlent une structure semblable à celle de la peau. Un « milieu où se rencontrent la matière, la lumière, le temps et la pulsation du vivant », selon les propos de l’artiste. Avec ce travail sur l’épiderme, elle déploie une philosophie de la porosité, où se côtoient le solide et le fluide, l’immobile et le dynamique. Une métamorphose se réalise « dans l’entre-deux ». Ainsi, à travers la peau, on respire, on ressent et on apprend le monde.

Béatrice Bissara, série Symbiose. © Photo Polina Tkacheva

Au premier étage s’étend la Chambre préhistorique de Nathalie Joffre dont la pratique artistique repose sur des recherches archéologiques. La grotte de Lascaux en particulier a nourri sa création, après qu’elle a découvert des calques d’André Glory à l’occasion de ses recherches pour Caverne, mon amour (2020). En travaillant avec les scientifiques, l’artiste produit des œuvres qui aident à revisiter ces habitats naturels et à mieux appréhender la manière dont ils étaient investis par nos lointains ancêtres. Dans la Chambre préhistorique, on trouve à la fois des objets collectés dans les environs de Lascaux, capables d’en dire presque autant sur la grotte mondialement connue que ses célèbres peintures rupestres, et des objets imaginaires qui achèvent d’immerger le spectateur dans son ambiance. On peut y découvrir une installation vidéo de la grotte, qui permet de la visualiser de l’intérieur. Le meuble Cachette, pour sa part, renferme notamment le sable bleu que Nathalie Joffre a ramassé et utilise pour mettre en valeur ses objets.

Nathalie Joffre, Cachette et Paysage post-archéologique. © Photo Polina Tkacheva e. ©Photo Polina Tkacheva

La salle suivante dévoile la création de Yann Toma. L’artiste-chercheur et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne propose une réflexion sur notre environnement et les conséquences écologiques désastreuses qu’il subit du fait des activités humaines. À ce sujet, l’artiste a créé une série de collages photographiques résultant de son travail de prospection et d’observation lors de marches en Roumanie. Référence à l’herbier de Cluj, dont les plantes sont restées confinées dans les placards protecteurs de l’herbarium depuis le XIXᵉ siècle. Un projet mené à l’aune du concept de Capitalocène, théorisé par Jason W. Moore, qui invite la société à penser une nouvelle politique écologique. En face, une vitrine pleine de contenants étranges emplis d’une mystérieuse poudre blanche attire le regard. Elle matérialise le CO2 enfoui à mille mètres sous terre, nous initiant à l’activité des volcans sous-marins !

Yann Toma, sculptures de CO2. © Photo Polina Tkacheva

 

Yann Toma, série Capitalocène. © Photo Polina Tkacheva

Le parcours se termine avec Michal-Sophia Tobiass et son projet consacré à la force magique du sel utilisé dans les rituels anciens. Selon certaines croyances, le sel permet d’entrer en lien avec les forces célestes du Soleil, de la Lune, des étoiles et des planètes ; il possède un pouvoir de guérison et peut être utilisé dans des rituels funéraires. L’installation Structure d’évaporation, composée de dix plats en terre disposés au sol, illustre la production de sel dans l’Europe du VIe au IIIemillénaire avant notre ère. La disposition générale des plats fait écho aux dix sefirot de la Kabbale juive qui représentent la circulation de l’énergie de l’invisible, du spirituel à la matière. Créé par l’influence de la Lune sur la mer et l’évaporation de l’eau provoquée par la chaleur du soleil, le sel est considéré dans des cultures anciennes comme une lumière figée. Il agit ici comme un intermédiaire entre le ciel et la terre.

Michal-Sophia Tobiass, vue du projet Ciel. ©Photo Polina Tkacheva

Infos pratiques> Du 4 au 8 février 2026, de14 h à 20 h, Espace Wilde, 4-6, rue François-Miron, 75004 Paris.
Image de couverture> Vue de l’exposition, œuvres de Béatrice Bissara. © Polina Tkacheva