36 degrés ou l’art digital en salon d’expérience

De jour ou de nuit, via la performance ou l’œuvre située, en appartement ou dans des espaces rares tenus au secret, le collectif 36degrés a bien l’intention de nous faire éprouver tout le potentiel émotionnel de l’art numérique, en marge du white cube où il est rarement convoqué, et bien au-delà des NFT qui l’ont galvaudé. Dernier jour pour expérimenter les « Atmosphères » d’un appartement ambiancé par le collectif pendant le confinement, avec l’engagement artistique et les œuvres de plus d’une trentaine d’artistes et DJ essentiels des cultures électroniques.

Au-dessus de la cheminée se reflète dans le grand miroir doré un essaim fantomatique de particules dansantes comme la murmuration d’un vol d’étourneaux  autour de l’immatérialité d’un carré noir (Black Squareconçu par Antoine Schmitt. Sous un globe posé sur un guéridon, est conservé le Harddiskmuseum de Solimàn Lopez comme l’ultime relique d’une technologie révolue, encore capable d’émuler sur un petit écran accroché au mur, d’étranges témoignages et retours d’expérience simulés comme ces cultures de peaux – ? – de Sabrina Ratté semblent nager dans le formol ou ce blob informe et tragique d’une tête confinée dont l’émancipation contrariée se heurte à la cloison des murs par le collectif russe 404 zéro.

Vue du couloir où est projetée par un mur de leds, l’œuvre du collectif Matière Noire ©orevo

Il règne dans cet appartement haussmannien, dont les vitres teintées du salon nous laissent distinguer l’architecture du Grand Palais, un sentiment de volupté – encensée par des expériences cinétiques multi-sensorielles d’une rare intensité éprouvées dans l’intimité des chambres -, mêlé d’une légère sensation de malaise nostalgique exacerbé par la déliquescence de l’époque autant que par la grâce esthétique d’un mobilier épuré, savamment inspiré par la modernité du siècle dernier et augmenté par un désir actuel d’interactions hybridées : tandis qu’un lampadaire détourné par Essences Vitesses réagit par des effusions de fumée roses rougeoyantes au son de nos paroles, au-dessus du bar un caisson sensible absorbe nos humeurs par des changements de couleurs évoquant (si ce n’est qu’à moi-même ) cette attraction-répulsion  enfantine pour ces fleurs violacées, les digitales, que l’on disait « empoisonner la forêt ». Curiosité, mystère et sensualité se dégagent des lieux, comme si le cabinet de curiosités avait envahi tout l’appartement que le fantôme des anciens occupants nous invite à explorer.

Vue du salon – Atmosphères par 36degrés ©photo : Pauline Desriac

Or la visite guidée d’Atmosphères sur le site est déjà une invitation à la rêverie ! Et puisque l’expérience touche à sa fin, voici l’adresse tenue secrète : 7 avenue du président Franklin D. Roosevelt, au 3e étage : Code3636. Présentez-vous à l’entrée, l’adhésion au club vous donnera le Sésame des prochains rendez-vous du collectif ! 

Black Square CliMax, performance interactive entre une humaine et une créature artificielle programmée pour ressentir le plaisir. Hortense Gauthier : corps, son – Antoine Schmitt : pixels, programmes. Atmosphères ©Photo : photo-Pauline Desriac

Exposition – performances : 15€ pour un accès illimité à l’exposition et aux DJ Sets. Lun-Mar-Mer-Dim : 10h – 18h / Jeu-Ven : 10h – 22h 
Sam : 10h – 17h. Soirées performances jusqu’à 23 h – 25 €.

Visuel d’ouverture : Le rêve de Neon Minuit, duo formé par deux artistes numériques Léon Deniseet Dorian ©capture Orevo.