Les photographies de Barbara Sabaté Montoriol font surgir des objets familiers, traces discrètes d’une histoire personnelle. Avec Liste de choses oubliées, l’artiste compose un inventaire sensible né du souvenir de sa grand-mère et de ces choses autrefois aimées que le temps a laissées de côté. « Ma pratique est lente et me plonge dans un état méditatif. Je m’autorise cette lenteur en déambulant dans des espaces chargés de mémoire, pour laisser advenir les émotions. » Entre photographie et écriture, elle construit ainsi une mémoire par fragments où les objets deviennent les dépositaires silencieux du passé. Cette interview est publiée dans le cadre du partenariat entre ArtsHebdoMédias et Corridor Éléphant.
Corridor Éléphant. – Que vous apporte l’acte de photographier ?
Barbara Sabaté Montoriol. – Photographier est pour moi un geste, le geste de photographier comme il y a le geste de dessiner ou de peindre. Il est le point d’orgue d’une observation lente, la joie de capturer une chose qui renvoie une vibration.
Comment est venue la création de cette « liste de choses oubliées » ?
Cette création est née du mélange d’impressions laissées par une exposition, deux livres de chevet, des souvenirs d’enfance et du désir de trouver les mots pour l’exprimer. Après l’exposition du Louvre Les Choses, Une histoire de la nature morte, en 2022, m’est venu le désir de rendre hommage à ma grand-mère en regardant et en capturant l’image des choses qu’elle a aimées. J’ai ainsi commencé à écrire une liste poétique qui a évolué à mesure des prises de vues, avec en tête les mots des « Choses qui font battre le cœur », dans les Notes de chevetde Sei Shônagon, et ceux du Vertige de la liste d’Umberto Eco.

Le post-traitement éloigne l’image du réel, pourquoi ce choix ?
Parce qu’il n’est pas question de réel dans ce travail, mais de tentative de retrouver des souvenirs, des impressions d’enfance. Les prises de vues, certaines in situ, d’autres à l’atelier, sont présentées à travers le filtre de clichés de petites fenêtres aux bords noircis laissant passer une lumière ténue dans ma cave où certains de ces objets avaient été… oubliés.
Pourquoi faire un livre ?
Parce qu’il me semble que le livre est le meilleur véhicule pour la photographie. Il est une capsule temporelle qui capture l’essence de mes émotions. L’intention est de construire une narration visuelle pour la partager avec ceux qui me feront la grâce de le regarder. Les mots et les images de la Liste, associés au travail conjoint du photographe et de l’éditeur, permettent de construire un petit univers qui se tient en lui-même.

Infos pratiques> Liste de choses oubliées de Barbara Sabaté Montoriol, éditions Corridor Éléphant. Format 21 x 15 cm, 54 pages, 33 photographies. 38 €.
Image d’ouverture> Détail d’une photographie issue de la série Liste de choses oubliées. © Barbara Sabaté Montoriol




