Le Prix Espace Beaurepaire 2021 est à l’image des dernières expositions sur la période 2018-2019, avec une variété et une richesse d’expressions plastiques. Il reflète cependant plus que jamais les questionnements des artistes face à une situation inédite, imprévue qui les a obligées à rester à l’atelier sans pouvoir montrer leur travail pendant de longs mois. Chacune de ces 5 artistes, à leur façon, nous invite à regarder le monde qui nous entoure, à l’observer, le scruter, l’interroger, le mettre en scène. Elles font parler des matériaux différents qu’elles ont expérimentés, voire découverts pour certaines. Sans préméditation, le jury a choisi des œuvres où l’humain est presque totalement absent, ou en filigrane. Cette absence au monde l’a été pour tous ces derniers mois. Les artistes de par leur prescience et leur sensibilité expriment ce que nous pourrions percevoir ou ce que nous vivons sans être pour autant en mesure de le restituer. Leur habilité à être en symbiose avec le monde nous offre ainsi la possibilité de respirer un air nouveau. La création interroge et sublime. Les mondes flottants de Caroline Bouyer, entre réalité et imaginaire, sont composés d’une multitude de signes et fragments que l'artiste prélève en se promenant dans la vie, un carnet à la main. Les toiles de la série Vision nocturne de Clémence Arnold sont le fruit de ses visions. Elles ont été réalisées à partir de la vidéo d’un lieu devant lequel elle passe régulièrement et qui un jour lui est apparu différemment. Saskia Bertrand présente une série nommée Vestiges du jour dans les sanatoriums de l’ex-URSS, lieux abandonnés après la dislocation de l’empire soviétique, ils portent la marque du lent délitement de l’ex-URSS à l’orée du XXIe siècle et de l’éternelle nostalgie des diasporas russes d’hier et d’aujourd’hui. 55 jours d’éloignement. 55 jours d’emprisonnement. 55 jours entre quatre murs, avec une seule vue pour horizon, celle que Solenn Marrel entrevoyait depuis sa fenêtre et qu'elle croquait sur son carnet jour après jour. Cette succession de dessins lui a permis de saisir l’écoulement du temps et les infimes transformations qui l’accompagnent. Elisabeth Raphaël confie pour sa part : « Il m'a fallu de longues années, temps de recul nécessaire probablement, mise à distance de ma propre histoire, pour comprendre la raison d’être d’un travail artistique nourri de poésie, de philosophie et des textes bibliques. » Lauréate > Caroline Bouyer, gravure et dessin, Finalistes > Clémence Arnold, peinture et vidéo - Saskia Bertrand, photographie - Solenn Marrel, dessin - Elisabeth Raphaël, peinture et sculpture. Visuel > Caroline Bouyer , Mondes flottants.
Prix Espace Beaurepaire 2021, #4 | L’empire des Sens. L’empire des Signes

