Peter Regli | One day. One night.

Pour sa deuxième exposition à la galerie Art : Concept, Peter Regli qui s’est fait connaître par ses “Reality Hackings”, interventions souvent anonymes menées depuis les années 1990 dans l’espace public, brouille de nouveau nos écrans. Exit les bonshommes de neige de marbre, les buddhas rieurs et les bouquets de phallus. Les sculptures enfantines et pop ont laissé place à la brutalité abstraite de la pierre et de l’encre de Chine. Le ton aussi s’est obscurci. Un parfum de vie passée ou pétrifiée flotte : prises dans le métal les pierres n’accueilleront plus de festivités autour du feu, enfermées dans leur cage en bambou elles ne seront plus que des simulacres de volatiles. Le recours à la pierre est cependant moins surprenant. Si l’on retrace la pratique de l'artiste, la pierre y est omniprésente, souvent espiègle et taquine. Elle sert de béquille à un banc mexicain (RH No. 330, 2015), joue la fausse météorite dans les Alpes suisses (RH No. 30-24 Faked Meteorites, 1996) et s’introduit secrètement sur le site celtique de Vaison la Romaine (RH No. 194, 2002). En extérieur comme dans l’espace d’exposition, Regli joue avec nos représentations, nos attentes et notre capacité à chercher du familier dans le plus abstrait. Extraites de leur milieu naturel – le Chili, la Chine, le Canada ou autre contrée lointaine – et réintégrées dans un contexte qui leur est complétement étranger, ces pierres, symbole par excellence de l’inerte et de l’immuable, deviennent porteuses de significations nouvelles et paradoxales. Placées dans des cages, on les prend pour des oiseaux. Disposées en cercle sur le sol, elles évoquent un rite mystérieux ou un rassemblement préhistorique. Rien dans leur forme ou leur couleur objectives ne pointait pourtant dans cette direction. Au delà du phénomène identifié de la « paréidolie » – qui par ailleurs s’applique à n’importe quel élément naturel ou manufacturé – l'artiste s’intéresse avant tout à cette attraction sinon magique du moins inexpliquée qu’exercent les pierres sur l’Homme. En dépit de leur apparente inertie et froideur abstraite, nous entretenons avec elles un rapport affectif qui nous pousse à les collecter, à les empiler pour marquer notre passage ou à les conserver précieusement. Elles se ressemblent toutes, surtout dans leurs cages made in China. Pourtant elles affichent une infinie singularité, résistant tant bien que mal à la production en chaine et au mouvement mondialisé. Visuel : Peter Regli, Courtesy Peter Regli & Art : Concept, Paris.