Tracer, effacer, recommencer : ici, le dessin occupe le centre. Geste simple, répété, exercice de résistance où la norme est mise à l’épreuve. Les lignes s’accumulent et l’aléa crée des échappées. Le titre évoque la répétition mais résonne aussi avec l’idée de perpétuité : un temps clos, celui du monde carcéral. C’est une histoire sociale autant que formelle : le père de Nicolas Muller était surveillant pénitentiaire, et ce passé nourrit son attention aux figures qui disciplinent les corps et aux gestes mineurs qui s’en échappent. Entre privation et dégagement, les pièces maintiennent une ambiguïté : elles se conforment tout en s’ouvrant à la possibilité d’une émancipation. Chez Nicolas Muller, l’émancipation naît d’un geste minimal, presque anodin, mais chargé d’une forme de révolte. Par la répétition, voire l’obstination, il construit une allégorie de la contrainte et de sa transgression, tout en explorant la possibilité de produire une forme esthétique. La tension entre le geste spontané, expressif, révolté, et le cadre normé – voire autoritaire – qui l’enserre, ouvre une réflexion politique sur la gestion du paysage et de l’espace social. Cette exposition, principalement composée d’œuvres sur papier, prolonge les recherches sur le dessin, menées par l’artiste lors de son exposition personnelle À force au Musée Ariana, à Genève (2023-2024), dans lesquelles il abordait les questions de l’empreinte, de la réserve et son usage, de l’apparition et de l’effacement. Visuel> Nicolas Muller, Sans titre (Erased), 2025, graphite et gomme sur papier, 410 x 271 cm.
Nicolas Muller | Perpétuel

