« Romeo and Juliet nous aura saisi, tant par sa force plastique que par la nouveauté de l’image qui s’impose au regard. Une image nouvelle, si l’expression paraît pauvre c’est qu’elle touche l’essentiel. C’est bien de l’inédit qui nous est proposé ici, une ouverture dans le champ de la représentation. Je ne m’étendrai pas sur les modalités techniques de la paintography que Georges Dumas nous expose clairement dans le texte écrit et qui accompagne les travaux que montre le catalogue. Ce qui m’intéresse ici, c’est que son approche - le mélange de la photographie et de la peinture - est à la fois profondément pensé, et profondément sensible. Les images nées du croisement qu’il opère s’imposent : elles sont brillantes, au double sens du terme. Elles brillent, et troublent, comme il le dit lui-même, sciemment le regard, et elles participent d’une virtuosité formelle assez rare. (...) D’une toute autre manière agit, j’ai envie de dire “érotiquement” le travail d’Adrienne d’Arth. Ses nus fragiles, à la pâleur diaphanes, qui s’incarne au travers d’un rose aérien, d’une sorte de “blush” magique évoquant les joues rosissante d’une jeune lle qui se trouverait soudain nue. Nue devant le regard de qui la désire, et nue face à son propre désir, celui qu’elle ressent, à elle-même soudain dévoilé. Arth nous donne à voir un pur instant de grâce. C’est peut-être pourquoi placée devant ses nus chaque fois je frissonne. Il se passe quelque chose d’ineffable, au bord du dicible, qui ferait pâlir le moindre mot. (...) “The Moon”, ainsi me viennent ces mots quand je regarde le travail de Stéfany Brancaz. Le cycle, le sang, la chair et la chair des mots, le tissu intime et la trame des draps, ancestrale, qui accueille le sang des règles, le sang de l’hymen ou le corps du mourant. Madame Brancaz brode. Son fil de couturière s’aventure à figurer l’Eros et le Thanatos avec patience, telle Ariane, ou encore Pénélope se distrayant de l’absence. Travail au petit point, cousu main, elle tresse l’imaginaire et le symbole en des compositions singulières, telle une sorcière moderne arrimant son monde de sortilèges en de subtils gri-gris. La pensée magique, les symboles semblent son tissu, à laquelle elle offre une matière simple, essentielle, aux messages éternels. » Isabelle Floch, galeriste. Visuels : de gauche à droite, détails du Baiser (2017) de Georges Dumas, de Songe (2017) d’Adrienne Arth et de Nu-pieds (2017) de Stéfany Brancaz.
Georges Dumas, Adrienne Arth, Stéfany Brancaz | Eros

