Le titre de l'exposition de Daria Svertilova s’inspire du concept développé par l’historien français Pierre Nora, qui interrogeait la place de l’histoire dans la mémoire collective et désignait ces lieux et symboles chargés d’une valeur historique partagée, à l’échelle d’une nation comme d’un individu. « Je reprends ici ce concept en le transposant dans le contexte de l’Ukraine en guerre, pour poser une question : comment préserver la mémoire de lieux ravagés par les combats, quand la destruction, elle, ne s’arrête pas ? Au cœur de mon propos se trouvent des lieux qui n’existent plus dans leur forme physique – réduits à l’état de ruines – mais qui continuent de vivre dans les souvenirs et dans l’imaginaire des gens. Partant de l’échelle collective, j’ai travaillé à partir de cartes de localités du Donbas, témoignant de leur disparition progressive sur douze ans. La deuxième partie de l’exposition resserre le regard jusqu’à l’intime : mes propres rêves, consignés depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, font écho à certains de ces lieux représentés sur les cartes. J’ai choisi la forme du rêve pour parler de la tragédie de la guerre, car elle me semble un cauchemar – trop cruel, trop dévastateur pour en accepter la réalité. Données satellites, statistiques, journal intime et images symboliques se mêlent dans cette exposition pour faire coexister le réel et l’imaginaire. Ensemble, ils cherchent à montrer comment la destruction de la guerre se propage – des villes entières jusqu’à l’inconscient », explique l'artiste photographe. Visuel> Vue d'exposition. © Daria Svertilova
Daria Svertilova | Les lieux de mémoire

