« Plusieurs fois par semaine, les gens me demandent : “Que peignez-vous ?” Et je leur réponds : “Des gens”. Je n’ai pas cherché à créer ces personnages emblématiques : ils se sont développés lentement, au fil du temps, jusqu’à être là, tout simplement. Je suis parfois assez partagé sur l’apparence de certains d’entre eux. Ces derniers temps, j’ai l’impression qu’ils changent d’aspect, qu’ils redeviennent plus naturalistes. C’est sûr que les gros yeux, les grosses lèvres, ultra-simplifiés, ça paraît ridicule… mais ce n’était pas intentionnel. Grâce à une forme de dépouillement extrême, l’absence d’observation de personnes réelles et les va-et-vient du pinceau, mes personnages se sont affirmés, et puis j’ai voulu peindre l’univers qu’ils habitent. Je dirais que c’est l’une des raisons pour lesquelles, comme avec Wesley ou William Copley - qui m’ont influencé par la suite - ce que l’on pourrait appeler un style organique s’est développé. J’ignore pourquoi, parce qu’ils n’ont pas l’air naturel. On ne fait rien d’autre que peupler cet univers ; l’innovation et toutes ces choses proviennent de ce système fermé. C’est le contraire de ces artistes qui, tous les deux-trois ans, développent un nouveau style de trait. C’est peut-être passionnant, mais mon cerveau ne marche pas comme ça. Je continue de trouver un nouveau souffle dans la répétition, en tombant dans ce trou sans fin de connexions. » Brian Calvin (propos confiés au critique et commissaire d’exposition Eric Troncy en 2015). Visuel : Untitled, Brian Calvin, 2018. Photo Hugard & Vanoverschelde.
Brian Calvin | Fugue

